03/10/2011 15:54:14
Présidentielles 2011: Chronique d'une élection confisquée
Paul Biya et son régime ont quasiment verrouillé le scrutin. Loin d’être équitable, le dispositif électoral plaide fatalement pour une reconduction inévitable de l’actuel locataire d’Etoudi.
Emergence
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Quand on fait le tour de Yaoundé, on se demande s’il y a plusieurs candidats à la présidentielle. Tant les affiches géantes du président sortant, Paul Biya, inondent la ville. A côté, on trouve une banderole d’Atangana Nsoé au centre de la ville. Des petites affiches des autres candidats Ndam Njoya, Bernard Muna, John Fru Ndi et autres
sont à peine visibles. Une hyper-présence qui trahit les moyens colossaux mis en jeu par le candidat du pouvoir. Pendant que les autres candidats attendent toujours la subvention de l’Etat que la loi leur autorise. Au moment où nous écrivons ces lignes, à 9 jours de l’élection, les autres candidats n’avaient toujours reçu les fonds publics pour leur campagne. Un traitement inéquitable qui profite à Paul Biya, lui qui a verrouillé le processus de bout en bout, pour s’assurer une victoire facile.

Elecam

En réalité, le président sortant avait déjà donné les couleurs depuis longtemps. Le 30 décembre 2008, environ 8 mois après la modification de la constitution qui lui permet de se représenter à vie, l’actuel Chef de l’Etat nomme par décret 12 personnalités presque toutes issues de son parti politique. Malgré les critiques, il reste sourd.

Il faudra attendre 3 ans plus tard, en plein printemps arabe, sous la menace du Sdf, principal parti de  l’opposition, qui entend perturber le scrutin et après la mise en garde d’Hillary Clinton sur la transparence électorale au Cameroun pour que Biya nomme 6 nouveaux membres. Mais, peu de temps avant, il a fait voter à l’Assemblée nationale, une disposition qui n’autorise pas Elecam à rendre public même les tendances. C’est donc à une instance vidée de sa vraie substance que Biya ajoute 6 nouveaux membres plus ou moins neutres. Il prend soin de garder les 12 membres qui lui sont favorables et ne bouscule pas la hiérarchie de la commission. Ni au
niveau de la direction générale, ni au niveau de la présidence du conseil électoral.

D’ailleurs, en attribuant le marché publicitaire de la campagne à Pauline Biyong, l’un des 6 nouveaux membres plus ou moins crédibles d’Elecam, le pouvoir a étalé sa volonté d’étouffer toute dissidence au sein de la commission électorale. Le SDF et le Cameroon’s People Party de Kah Walla demandent désormais la démission de Pauline Biyong. De quoi en rajouter au déficit de confiance que la classe politique a contre cet organe.

Calendrier électoral

Maître du calendrier électoral, Paul Biya a tout fait pour entretenir le flou sur le calendrier de l’élection. Alors que le débat enflait sur la possibilité d’un report, le pouvoir de Yaoundé n’a rien fait pour rassurer que l’élection aurait bel et bien lieu dans les délais constitutionnels. D’ailleurs, en reportant le congrès de son parti, Biya a brouillé davantage les cartes. Alors que son mandat à a tête de son parti s’achevait le 21 juillet date à laquelle il devait organiser un congrès et préciser ses intentions, il a fait faire un communiqué à son secrétaire général pour proroger son mandat à la tête du parti tout en indiquant que le congrès se tiendrait « avant l’élection présidentielle ». Sans en préciser la date.

Autre raison qui aurait pu faire croire à un report, ce n’est que le 8 août que le président sortant a promulgué la loi sur le vote des Camerounais de la diaspora. A deux mois seulement du vote. Enfin, les tergiversations du Sdf qui menaçait d’empêcher la tenue du scrutin n’a pas contribué à y voir clair. Contre toute attente, à deux semaines de la clôture des inscriptions sur les listes électorales, John Fru Ndi demande à ses partisans de s’inscrire « massivement » sur les listes électorales. Cette volte-face a bien sûr, laissé le terrain au parti au pouvoir qui a fait inscrire ses partisans.

En maintenant le flou sur sa candidature, en laissant le suspense sur un probable report de l’élection, en enlevant à Elecam le pouvoir de publier les tendances, en retardant les financements à allouer aux candidats, Paul Biya et son régime ont quasiment verrouillé le scrutin. Loin d’être équitable, le dispositif électoral plaide fatalement
pour une reconduction inévitable de l’actuel locataire d’Etoudi.

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