04/10/2011 02:59:37
Financement de la campagne: Le dilemme des pontes du Rdpc
Le parti au pouvoir peut-il  vivre sans la mamelle de l’Etat ?
Le Messager
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En se présentant à l’élection présidentielle sans l’aval du congrès de son parti, Paul Biya a t-il voulu prendre des distances avec le Rdpc ? En envoyant ses troupes sans biscuits sur le terrain de la campagne, Paul Biya a-t-il voulu envoyer un message fort au comité central ? En disant lors de son discours au congrès que l’Epervier  va reprendre du service, le chef du parti a fini par introduire un trouble au sein des cadres de son parti, habitués à se nourrir directement et goulûment dans la mamelle de l’Etat.

Il semble donc que rien ne sera plus comme avant dans le parti des flammes. Désormais, il va falloir mouiller son maillot comme preuve de son engagement militant. Ayant reçu le message 5/5, le Premier ministre, Philémon Yang, accessoirement directeur de campagne, est descendu dans l’arène pour aller battre le rappel de ses ‘frères’ au Nord-Ouest. Un peu plus de 500 millions Fcfa sont tombés dans la cagnotte du parti, désormais ouverte aux contributions de ses commissions démembrées pour la campagne électorale pour la présidentielle du 9 octobre.

Tournant historique

Ce faisant, le Rdpc amorce un tournant historique, même si les fonctionnaires et autres techniciens de cette campagne, en mission dans les régions, sont nourris, logés et payés rubis sur ongle par l’Etat. Tournant historique parce que auparavant, ce sont les militants naturels et obligés du parti, responsables à des degrés divers dans la haute administration et dans les sociétés d’Etat, qui nourrissaient cette pieuvre du régime appelé aussi parti au pouvoir.

L’histoire est connue. Comme dans un jeu de quilles, les mécènes du parti par caisses de l’Etat interposées tombent depuis une demi-douzaine d’années, victimes d’un oiseau dont la rapacité inquisitoriale n’a d’égale que celle de ses victimes, qui servaient le régime tout en se servant aussi.

Mais chat échaudé craint l’eau froide. Les victimes de l’opération Epervier ont fait école. Aujourd’hui, les responsables regardent par deux fois avant de mettre la main dans…les caisses, ou même à la poche. Plusieurs hypothèses tendent à étayer la timidité des contributions financières à la campagne électorale actuelle, surtout quand on sait que le parti n’a pas levé le petit doigt pour défendre ses camarades englués dans l’opération Epervier, ne serait-ce qu’en évoquant la présomption d’innocence pour ceux qui ont été embastillés sans façon et se sont retrouvés englués dans des procès sans fin. Faut-il ajouter que le président du parti qui, on le sait,  est aussi président de la République sortant, promet de redoubler d’intensité dans la lutte contre la corruption en cas de victoire à la consultation de dimanche prochain ?
 
Contribuer ou ne pas contribuer ?

Alors les gestionnaires des caisses publiques, les hauts fonctionnaires et même tout ceux qui sont en mesure de financer la campagne présidentielle se demandent de quoi demain sera fait. S’ils contribuent, ils se feront remarquer soit en bien soit en mal, non seulement pour leur générosité, mais aussi pour le volume des dons qu’ils pourraient mettre à la disposition du candidat-président, en rapport avec leurs revenus.

Comme la déclaration des biens n’est pas encore inscrite dans l’agenda présidentiel, ce serait un couteau à double tranchant pour les généreux donateurs qui pourraient ainsi avoir à répondre de leur ‘magnanimité’ politique, en montrant leur aisance financière, même si c’est pour la cause de leur champion. D’autres avant eux se sont montrés généreux pour les mêmes causes et croupissent aujourd’hui dans les geôles infectes de la République.

Voici donc le Rdpc dans une sorte d’impasse artificielle où le parti devrait redevenir une formation normale, apprenant à ne plus vivre insolemment et ostensiblement au-dessus de ses moyens. Quelle que soit la poudre aux yeux que charrie ce nouveau profil, rien ne sera plus comme avant dans la conception prébendière du pouvoir. Le législateur étant appelé à mettre un certain ordre sur le financement des partis politiques afin que le jeu démocratique soit plus équilibré. Les financiers du Rdpc se retrouvent donc devant un vrai dilemme : contribuer et risquer les foudres des serres de l’Epervier ou ne pas contribuer et subir le courroux du prince ? That’s the question…

Focal.  Dons et charters au service de… la promotion individuelle
 
« Politic’s na njangui » disait  Simon Achidi Achu, ancien Premier ministre du Cameroun de 1992 à 1996. Le montant de la cagnotte  mobilisée par l’élite du Rassemblement démocratique du peuple Camerounais (Rdpc) de la région du Nord-Ouest a été estimé a plus d’un demi milliard. C’est sous l’impulsion du Premier ministre qui peut ainsi faire coup double : plaire à  Paul Biya en soutenant son élection à la magistrature suprême et sécuriser  sa place à l’immeuble Etoile.

L’argent privé et sans doute propre du Nord-Ouest est donc dans la cagnotte du candidat Paul Biya. L’homme d'affaires Baba Ahmadou Danpullo a à lui seul, offert  100 millions Fcfa, mais les élites d'autres régions ont été appelés à faire de même. Pourtant la mayonnaise tarde à prendre. A l’Est, Emmanuel Bondé, ministre de la Fonction publique continue à attendre que les générosités se manifestent.  A l’Ouest, les élites approchées pour une contribution du même type que celle du Nord-Ouest à la campagne de Paul Biya traînent des pieds. A Yaoundé, selon La Météo, le projet a tout simplement du mal à prendre. Dans la Lékié, les élites qui avaient déjà en mars 2011,  cotisés 265 millions Fcfa pour préparer la campagne électorale de Paul Biya, ont estimé avoir suffisamment donné.  Dans la région du Sud où l’initiative prise par les élites de financer la campagne de Paul Biya ne fédère pas tout le monde, certains traînent le pas, d’autres contribuent pratiquement à contre cœur. Selon un confrère, seuls 12 millions de Fcfa ont été collectés le 10 septembre dernier.

Politics na njangui ? Selon un observateur, « Pour lapidaire, folklorique et plaisante qu'elle paraît, cette boutade n'est pas pour autant erronée, bien au contraire ; c'est un slogan révélateur dont on ne peut mesurer l'importance qu'en essayant de mieux comprendre le message qu'il véhicule. D'emblée, cela veut dire que le jeu politique est un échange, mieux, un troc entre les populations et un parti politique ». Où entre le parti au pouvoir et les chercheurs d’emploi en col blanc.

L’autre politic’s na Njangui est souligné par les « charters de votants ». Il consiste dans le fait que certains « barons du régime » ou administrateurs territoriaux  recrutent des individus, ­ généralement des étudiants ­, des hommes en uniforme, des chômeurs, et les emmènent par convois dans leur région natale au moment des scrutins électoraux pour voter en faveur du parti. Les responsables de ces régions escomptent ainsi quelques promotions. « Parce que, souligne un observateur,  le mauvais score du parti politique au pouvoir dans une localité est interprété comme un désaveu des élites du coin par les populations, et parce que c'est un motif suffisant capable d'entraîner la disgrâce des responsables politiques, ceux-ci organisent, entre autres techniques de fraude électorale, des « charters de votants » ou louent des « électeurs internationaux » pour aller voter dans leur village d'origine ».

Edking

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