23/07/2009 15:16:57
Niger : Les syndicats reconduisent leur grève anti-référendum
APA-Niamey (Niger) Déboutées par la justice qui a déclaré leur grève « illégale », les sept centrales syndicales du Niger ont reconduit pour les 30 et 31 juillet leur mouvement de grève générale en protestation contre la tenue du référendum envisagé par le Président Mamadou Tandja pour adopter une nouvelle constitution qui lui permettrait de rester au pouvoir, a appris APA jeudi de sources syndicales.
APA (Agence de Presse Africaine)
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Mercredi, un juge du tribunal de Niamey saisi par l’Etat du Niger a qualifié « d’illégale » la grève générale de deux jours lancée à partir de ce jeudi par les syndicats pour demander l’abandon du référendum constitutionnel.

Dans une décision publiée jeudi, au sortir de leur assemblée générale, les centrales syndicales ont décidé de déposer un nouveau préavis de grève de « 48 heures pour les 30 et 31 juillet prochains, avec les mêmes revendications », a indiqué Chaibou Tankari, secrétaire de l’Union des syndicats progressistes du Niger (USPTN).

La décision judiciaire qui déclare « illégale » le mouvement « sera attaquée en justice (..). Nous sommes certains que le référendum envisagé par le Président Tandja est une menace sérieuse pour les travailleurs et la stabilité démocratique de notre pays ».

« Tous les secteurs, qu’ils soient du public, parapaublic, privé ou informel vont en débrayage au cours de ce mouvement pour lequel nous ne doutons pas de la mobilisation générale de nos militants », a affirmé M.Tankari.

En dépit du renoncement à la grève générale, le transport urbain a été momentanément perturbé ce jeudi au niveau de certains axes de Niamey où les taxis et les bus de transports interurbains sont devenus rares, plusieurs chauffeurs syndiqués n’étant pas informés de la décision judiciaire publiée tard dans la soirée de mercredi.

Le même constat était perceptible au niveau de certains centres médicaux où le personnel soignant n’est pas arrivé en grand nombre. Toutefois, la vie semble reprendre son cours normal au niveau de ces établissements sanitaires, comme à l’hôpital régional de la Poudrière, à la périphérie de Niamey, a constaté APA.

C’est la troisième fois, en l’espace d’un mois, que les sept centrales syndicales réunies en une Intersyndicale des travailleurs du Niger appellent à une grève générale pour exiger l’abandon du référendum constitutionnel envisagé par le Président Tandja.

La pomme de discorde entre les travailleurs et le pouvoir de Niamey se trouve dans la décision prise par le Chef de l’Etat et fixant au 4 août un référendum pour une nouvelle constitution qui lui permettra d’exercer ses fonctions présidentielles jusqu’en 2012, alors qu’il devait se retirer du pouvoir au terme de son deuxième quinquennat qui expire le 22 décembre, selon la Constitution actuelle.

Le nouveau texte consacre également l’entrée dans une sixième république marquée par la non limitation des mandats présidentiels contrairement à l’actuelle loi fondamentale qui limite le mandat présidentiel à deux de cinq ans une fois renouvelable.

Désavoué par la Cour constitutionnelle, la plus haute juridiction du pays, le Président Tandja, ex-colonel de l’armée de 71 ans, s’est accordé, en fin juin dernier, des « pouvoirs exceptionnels » en vertu desquels il a décidé de gouverner par décrets et ordonnances, en l’absence du parlement qu’il a dissout depuis le 26 mai dernier. En même temps, il a dissout la Cour constitutionnelle et modifié le code électoral.

Mardi, une mission conjointe des Nations Unies, de l’Union africaine et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO a exprimé les « vives préoccupations» de la communauté internationale sur la situation politique au Niger, après avoir rencontré le Président Tandja ainsi que les responsables des partis politiques et associations du pays.

Devant un groupe de journalistes de six pays d’Afrique de l’Ouest qu’il a reçus le 21 juillet à son Palais, le dirigeant nigérien a justifié son projet par les « incessants appels du peuple » qui réclame un référendum pour lui accorder quelques années de plus en vue de « parachever » divers chantiers lancés dans le cadre de la construction nationale.

« On est en train de vouloir que je recule (...) parce que l'opinion internationale veut que je le fasse, mais je ne le ferai jamais », a-t-il affirmé, ajoutant que « si le oui l’emporte je suis retenu (…) et si le non passe, je suis libéré ».

L’opposition a qualifié la tenue de ce référendum de « coup d’Etat » et appelé ses militants à « empêcher » son déroulement dans toutes les huit régions du pays.

Après les condamnations de Paris, Washington, Ottawa et Berne, l’Union européenne, qui a déjà exprimé sa « plus vive préoccupation », a décidé de bloquer le versement d’une aide destinée aux dépenses de l’Etat nigérien. Le montant de cette aide s’évalue, selon des sources officieuses à une dizaine de millions d’euros destinés à appuyer le budget national.

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