06/10/2011 05:43:43
L'exigence de radicalité
L'exigence de radicalité devrait entraîner la réaction salutaire qui mènerait l'Afrique et les africains à s'extraire de la prison juridique dans laquelle ils se maintiennent volontairement.
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Qu’on se le dise, qu’on le répète, qu’on le martèle : en elle-même, et elle seule, résident  salut et rédemption. Ils ne viendront ni des cieux, ni de l’Occident, ni d’aucun ailleurs.

Des cieux elle n’obtiendra ni écoute ni promesses ni réalisations.

De l’Occident elle n’obtiendra rien d’autre que ce qu’elle en a reçu depuis plus de cinq siècles : du sang, de la misère et des larmes.

De l’ailleurs elle n’obtiendra rien d’autre que cette longue dépossession de soi, qui aujourd’hui encore,  laisse ses fils et ses filles disséminés aux quatre coins de la planète , aveugles et inconscients du devoir qui est le leur





Sonnée par la violence déchainée sur son sol en cette année 2011, l’Afrique se rend à l’évidence : l’impérialisme occidental n’est pas mort, loin s’en faut. Les deux guerres, menées coup sur coup en Côte d’Ivoire et en Libye, en sont l’illustration frappante.

Elles dessinent en creux l’image d’une Afrique cinquième roue du carrosse de l’économie mondialisé, jouet mille fois cassé puis recollé de puissances occidentales désireuses de modeler le monde à leur seule convenance.
Cinquante ans après l’octroi d’indépendances de façade, l’Afrique n’a aucunement comblé ses retards sur les autres continents. Pire, sur bien des points les écarts se sont aggravés, sa mise sous tutelle apparait comme renforcée.

Les diagnostics ont été établis, diverses solutions ont été ébauchées, mais les décideurs africains, pratiquant la politique de l’autruche, refusent de se rendre à l’évidence, se révélant incapables de proposer au continent les moyens de son émancipation.

Pourtant, aujourd’hui plus que jamais, l’Afrique doit faire face à son destin et rejeter un passé de soumission. Elle se voit dans l’obligation de relever la tête et d’affronter avec courage les défis qui se présenteront à elle dans les décennies à venir. 

Les réflexions menées dès à présent et les actes posés en conformité avec ces dernières, conditionneront  la fin de sa séculaire et éprouvante servitude ou baliseront la poursuite d’une longue et sanglante agonie.

Qu’on se le dise, qu’on le répète, qu’on le martèle : en elle-même, et elle seule, résident  salut et rédemption. Ils ne viendront ni des cieux, ni de l’Occident, ni d’aucun ailleurs. Des cieux elle n’obtiendra ni écoute ni promesses ni réalisations. De l’Occident elle n’obtiendra rien d’autre que ce qu’elle en a reçu depuis plus de cinq siècles : du sang, de la misère et des larmes. De l’ailleurs elle n’obtiendra rien d’autre que cette longue dépossession de soi, qui aujourd’hui encore,  laisse ses fils et ses filles disséminés aux quatre coins de la planète , aveugles et inconscients du devoir qui est le leur.

La fin de l'Histoire ou le crépuscule des dieux

Il n’est nullement question pour elle et ses enfants d’entrer dans l’histoire de l’humanité. Ils en sont l’Alpha et l’Oméga, le point départ  et l’horizon, n’en déplaise aux bonnets d’âne  et autres cancres en histoire.
Loin des poncifs éculés sur son retard technologique ou civilisationnel, le continent noir a l’obligation et le devoir de s’affirmer afin de contester le leadership occidental.

Hier, un Occident sûr de lui et dominateur, imposait sa force, matérialisation de sa supériorité technologique, aujourd’hui il se débat avec l’énergie du désespoir contre lui-même, défendant avec barbarie une hégémonie mortifère et spoliatrice.

L’ordre qu’il impose à la planète n’est que l’expression d’un délitement moral profond, se superposant à un marasme économique et financier sans précédent. 

L’analyste cynique y décèlera les ultimes symptômes d’une vision pernicieuse de l'humanité au bord du gouffre, réduite à sa simple expression comptable : celle de l’homo economicus.

Dans sa pratique traditionnelle et hypocrite du double langage,  l’Occident continue de justifier  moralement et juridiquement ses menées prédatrices dans les pays pauvres qu’il vient secourir, mais bien évidemment riches puisqu’il les pille sans vergogne depuis plusieurs siècles. 

En son  temps, Francis Fukuyama avait théorisé  la fin de l’Histoire, sans toutefois en tirer toutes les conséquences. Il semblerait que la fin de l’Histoire décrite par le philosophe soit celle d'un Occident dominateur...

La démocratisation par les armes: une normalisation occidentale.

Ayant abandonné sa mission civilisatrice lui ayant permis de développer le commerce d’êtres humains et de rationnaliser l’asservissement de peuples entiers, il s’est découvert une autre ambition qui est tout à son déshonneur : la diffusion et la conversion des peuples arriérés d’Afrique à l’idéal démocratique.

Ce prosélytisme, prétendument désintéressé, est la nouvelle imposture intellectuelle qui  lui permet de perpétuer la ponction des richesses de pays arrimés malgré eux à la mondialisation et à faire fonctionner, tant bien que mal, son économie moribonde et sous perfusion.

La crise financière de novembre 2008 l’ayant acculé dans ses derniers retranchements, l’Occident exsangue, ruiné et à genoux vit aujourd’hui et plus que jamais au crochet de ses classes populaires et des peuples affamés des pays qu’il se propose, dans sa grande bonté, d’aider à se démocratiser.

La prise de contrôle de plus en plus effective des rênes de l’économie mondiale par les BRIC et leur tête de file, la Chine, est l’autre raison justifiant son activisme guerrier dans les pays dit «du Sud».  Son général en chef, le prix Nobel de la guerre, Barack Obama, est à la tête d’un état structurellement déficitaire, ayant opéré le choix délirant d’un libéralisme financier déshumanisant en guise d’évangile qui le pousse inexorablement vers une tombe si profonde qu’il sera impossible, voire inutile, de la combler.

Alors que le PIB de la planète s’élevait à 58000 milliards de dollars en 2009, la dette publique américaine se chiffrera, selon les prévisions les plus optimistes, à plus de 20000 milliards de dollars à l’horizon 2020.
Nul besoin d’être un Nobel d’économie pour prophétiser que les États-Unis ne rembourseront pas leur dette. Malheur à ceux qui seront désignés pour financer leur économie ou servir de béquille à celles de leurs alliés occidentaux. Nul n’ignore qu’ils sont aujourd’hui tout aussi endettés et  pour le plus grand malheur de l’Afrique, détenteur d’un armement tout aussi destructeur. Prenons ce pari : là où chutent les États-Unis, ainsi que l’Occident par effet d’entrainement, le diable même n’ira pas…

Un ordre mondial aux abois.

Alors que l’idée même du fonctionnement, réellement démocratique, de ses institutions politiques est de plus en plus discutée au sein de masses populaires révoltées mais désorganisées, l’Occident magnanime, se propose d’importer sa vision de la démocratie. Celle de la gestion de populations, esclaves du productivisme, soumises au dogme religieux de la croissance et de la consommation pour la consommation.  Il est cependant regrettable que ce nouveau prosélytisme politico-financier ne soit pas mené pacifiquement, bible économique et traités de droit constitutionnel à la main.

L’Occident a malheureusement choisi, en son âme et conscience, de diffuser sa bonne parole à l’aide de missiles et de bombes, de corruption et d’intimidation. Les libyens et les ivoiriens ayant apprécié les vertus de ce nouveau catéchisme, «chirurgicalement» implanté, en sont les derniers convertis. Le Tiers-monde légitimement inquiet, peut en contempler les dommages collatéraux.

Une observation approfondie laisse pourtant apparaître que ces derniers ne sont pas uniquement circonscrits aux peuples «rétrogrades» qui, religieusement, meurent d’être démocratisés. Les populations occidentales, distraites par les propagandes étatique et médiatique, sont loin de prendre conscience du rejet profond naissant plus au Sud et qui risque à tout moment de leur être retourné comme un boomerang.

La diplomatie des bombes, mise en œuvre par des dirigeants considérant l’Afrique comme une banque que l’on peut braquer lorsque le portefeuille se fait vide, est comprise et conspuée sur tout le continent. Les actuels et provisoires maitres du monde serait bien inspiré de saisir la portée de cette évidence : tant va l’Afrique à la caisse qu’elle finira par refuser de payer une prestation ayant pour seule contrepartie un droit inaliénable de crever de faim, de soif ou de maladie. Elle ne tolèrera plus que ses enfants fuyant misère, bombardements et guerres téléguidées depuis le Conseil de sécurité de l’ONU, aient pour unique alternative le droit se noyer à quelques encablures des côtes européennes, ou celui d’y accoster pour se muer en main-d’œuvre stigmatisée, taillable et corvéable à merci…

Une radicalité s’imposant comme une évidence.

Les signes de rébellion qui établissent le réveil des consciences des populations et de celles de trop rares dirigeants africains, lassés de voir cette partie de poker menteur-voleur-tricheur perdurer à leur dépends exclusifs, sont évidents pour celui qui daigne se projeter au-delà des clichés caricaturaux dépeignant le monde noir.  La coterie criminelle ayant verrouillé l’Organisation des Nocifs Unis (ONU) et son Conseil d’insécurité pour convenance personnelle, ne pourra éternellement spolier et affamer une majorité d’êtres humains assoiffés de liberté et déterminés à obtenir une auto-détermination pleine et entière.

Se dessine donc naturellement, la nécessité pour  l’Afrique de s’élever de façon radicale contre le modèle dominant et de se désolidariser de cette conception de l’homme organisant un partage inique des richesses de la planète. Ne pouvant souscrire à la lecture universaliste corrompue qui plonge ses racines dans les impasses intellectuelles et conceptuelles de l’Occident, elle se voit contrainte de participer à l’élaboration d’un autre paradigme civilisationnel, concurrent et conforme à son humanisme.

Cette réflexion ne peut, et ne doit qu’être radicale dans ses fondements et dans son expression. Seule l’opposition frontale aux manifestations nocives de l’universalisme occidental peut dégager la voie qui mènera l’Afrique à sa véritable libération cela en suivant deux axes : l’affirmation et la défense par chaque pays de sa souveraineté territoriale et économique (par extension celle du continent) et la contestation d’un ordre juridique international a-démocratique en tant que fondement indépassable de l’iniquité des relations Nord/Sud.

Contre le principe de souveraineté limitée : Radicalisme et affirmation des souverainetés étatique et continentale...

Sans souveraineté un Etat n’est qu’un songe, une fiction, un concept dénué de contenu. Ne contrôlant qu’imparfaitement sa destinée, il est une cible de choix pour les manipulations venues de l’extérieur et un terrain de jeu dédié aux manœuvres des multinationales et des marchés financiers, laissés libres d’y imposer une mondialisation synonyme de servitude et de pauvreté pour les populations, autochtones.

En témoigne l’Afrique francophone qui vit avec une épée de Damoclès  planant au-dessus de son libre-arbitre : la menace de l’usage de la force armée par son ancien maitre, la France. La Côte d’Ivoire a été récemment le cadre où s’est illustré le principe de souveraineté limitée, clone de celui développé en son temps par l’Union Soviétique, adapté à la doctrine occidentale de maitrise de l’Afrique en ce début de XIXème siècle.

Les «négociations » précédant l’intervention aux relents coloniaux de la France, sous couvert d’une légalité onusienne discutable, n’étaient que de la poudre aux yeux. Pour les observateurs avertis l’usage de la force était une certitude, dès lors que l’administration Gbagbo, quelles que soient par ailleurs les interrogations qu’elle pouvait susciter, avait refusé de se plier à l’oukase sarkozienne.

La Côte d’Ivoire n’étant que partiellement détentrice de sa souveraineté, le champ de l’expérimentation de la démocratie par les armes était ouvert. Défaillants et pusillanimes, les pays composant L’UA(1), simples passe-plats des diktats occidentaux, choisirent de brader la souveraineté d’un pays membre, incapables de déterminer une position ferme rendant impossible l’intervention française, alors que la défense radicale de la souveraineté ivoirienne eut été la seule position à adopter.

La véritable primatie est d'être maître chez soi et de n'avoir jamais la ridicule prétention de l'être chez les autres.



-Talleyrand


Du précédent ivoirien découle un préalable pour lequel il ne peut y avoir d’aménagement : La France, doit être contrainte de retirer TOUT ses contingents militaires du sol, de l’air et des eaux africaines. Il doit être mis fin sans conditions aux accords de défense imposés au lendemain des indépendances.  Il ne saurait y avoir de discussions sur ce point. Les contingents français n’ont rien à faire en Afrique, sauf à y perpétuer ce qu’ils font depuis trop longtemps : la guerre aux peuples africains.

En cette période électorale, le peuple français doit en prendre conscience et amener ses dirigeants à la raison afin que ces derniers prennent les mesures adéquates et à bref délais. Les peuples africains seront tenus de renforcer et réorganiser les liens avec leurs diasporas, notamment en France, afin que ces dernières fassent écho à cette demande.

Partant, il ne peut se concevoir de leader politique d’Afrique francophone qui ne fasse de ce même principe une condition de base de son engagement et de son action politique. Il n’y a dans cette matière point de place pour la demi-mesure. La fin de la présence militaire, officielle ou officieuse de la France, est la condition essentielle d’une Afrique libre.

Cette présence, subie et honnie par les peuples africains s’analysant comme une déclaration de guerre permanente, tout du moins larvée, chape de plomb reposant sur les actions gouvernementales.
Une réponse radicale doit donc y être apportée. Le temps de la négociation ne pouvant s’éterniser indéfiniment, les africains sont en droit d’user de tous les arguments et moyens à leur disposition, y compris la violence, afin de mettre un terme à ce colonialisme qui ne veut pas mourir…

Parallèlement, il est navrant de constater que l’Afrique, n’ayant pas réglé le problème de cette occupation militaire, s’embarque allègrement dans une autre galère, américaine cette fois, avec l’installation sur son sol de l’AFRICOM. L’Afrique va avoir son Guantanamo, puisque le nouveau jouet de l’Oncle Sam chargé de stabiliser ses positions sur le continent noir y est déjà présent !

Une nouvelle fois, la classe dirigeante africaine s’est roulée dans la fange, bradant la souveraineté du continent pour un plat d’atiéké. Ceux de ses membres ayant permis cette colonisation qui ne dit pas son nom par le bandit yankee, en demeureront responsables à la barre du Tribunal de l’Histoire.

Il est navrant de constater que les peuples africains attendent  comme le messie la venue de leaders dévoués, plaçant la souveraineté continentale au premier rang de leurs préoccupations et percevant l'impérative nécessité d'une position radicale vis-à-vis de l'Occident.

Aussi ce radicalisme panafricain doit tel un catéchisme être inculqué aux masses africaines. Ce n’est que le constat d’une réalité prosaïque traduite en langage politique: Il est illogique et illusoire de concevoir l'Occident comme un partenaire alors que l'on se situe en position d'infériorité, et tout autant irresponsable d'établir des relations qui ne respectent pas la défense stricte des intérêts africains.

La souveraineté économique : creuset d’une nouvelle Afrique.

La souveraineté territoriale et politique n’étant qu’une vue de l’esprit sans la souveraineté économique,  l’exigence de radicalité doit s’exprimer de toute urgence sur les plans monétaire et financier ainsi que sur celui de l’exploitation des ressources naturelles du continent. Le franc CFA, qui n’est que l’imposition aux africains des techniques de spoliations financières héritées du IIIème Reich par le Général De Gaulle, doit être démantelé au profit de monnaies africainesmises en place et contrôlées par les africains.

C’est le grand déshonneur de la France que de piller les finances de l’Afrique francophone, se faisant dans ce domaine l’héritière du nazisme monétaire. Cette monnaie, au-delà du symbole patent de la survivance du passé colonial, est une véritable escroquerie maintenant les économies africaines sous domination (2).

Une voie et une seule se présente pour les responsables politiques africains, celle de la rupture sans condition et la plus prompte possible de ce lien vassalique. La France ne mettra un terme à ce pacte que lorsqu’il lui en coutera, ce qui n’est pas à prévoir dans un futur proche.

Aux africains de rejeter cette monnaie, quel qu’en soit le prix, qui au passage n’est autre que celui de leur liberté. Il va sans dire que les contrats de concession et d’exploitation des ressources minières ou de matière première sont à dénoncer et renégocier, sur la base exclusive de l’intérêt des états et populations africaines. Le gouvernement algérien opérant la nationalisation de la Sonatrach et des hydrocarbures en 1971, Evo Morales et Hugo Chavez de nos jours, sont des modèles à suivre dans le sens où ils ont su faire preuve de radicalisme lorsqu’il s’est agi des intérêts vitaux de leurs pays respectifs.

La contestation d’un ordre juridique international a-démocratique, fondement du déséquilibre Nord /Sud…

L’exigence de radicalisme s’impose tout naturellement au niveau des relations Nord-Sud pour les Etats africains. Elle se caractérisera par une opposition résolue, quasi autiste, à l’ordonnancement juridique international tel qu’imposé au continent noir, le maintenant en position de perpétuelle domination.

Point n’est besoin de démontrer ses limites et insuffisances ou encore l’inégalité consubstantielle de ses principes directeurs, principes qui handicapent de façon insurmontable les pays en voie de développement. L'histoire a enseigné une règle essentielle aux peuples africains : il n'y a jamais eu de place pour la morale dans les relations inter-étatiques établies par l’Occident.

De cette absence de moralité des relations internationales, découle l'axiome énoncé par le General de Gaulle (Les Etats n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts) et le caractère a-démocratique d’un droit international, expression de la suprématie occidentale.

Dès lors, les intérêts bien compris des peuples africains, ne peuvent être défendus que par des hommes et des femmes ayant tiré tous les enseignements de cette règle et de l’axiome qui en découle. Il n'est aujourd'hui d'aucune utilité, pour les pays africains sous tutelles économiques ou militaires, de faire partie de cet ordre international reposant sur la ruse juridique, crée par et pourl'Occident.

L'exigence de radicalité devrait entraîner la réaction salutaire qui mènerait l'Afrique et les africains à s'extraire de la prison juridique dans laquelle ils se maintiennent volontairement.  L’unique motivation de l'Occident étant la promotion légitime de ses intérêts au niveau international, et se faisant, dans la plus stricte amoralité, il est de l'ordre de la sagesse la plus élémentaire de s'en écarter.

Pour une véritable démocratie à l’échelle internationale : le retrait.

Partant, il est impératif pour les pays africains de tirer les conséquences de la nocivité ontologique de l’espace privilégié où s’exprime cette légalité internationale douteuse : l'Organisation Nations-Unies. Ses organes et démembrements sont autant de chevaux de Troie qui permettent une mise sous tutelle qui ne cesse d'être sophistiquée.

Une politique de la chaise vide et de non-respect de l'impérialisme né de l'ordre onusien, marquera une étape symbolique, mais forte, de la prise de conscience des classes dirigeantes africaines.

Il ne s'agit pas d’instaurer une politique de non-alignement relevant de la gesticulation pseudo-révolutionnaire, mais au contraire de reconnaitre l'absence fondamentale d’équité et de démocratie au sein de l'ordre juridique international façonné par l'Occident. Quel peut-être l’intérêt des africains de siéger au sein d’institutions internationales, instrumentalisées et ne défendant que des intérêts fondamentalement antagonistes aux leurs?
Institutions où ils ne sont ni entendus et écoutés ? Il n’y en a aucun, sauf à permettre à une classe de fonctionnaires internationaux africains de se faire retourner plus ou moins aisément, consciemment ou non, afin de devenir à moyen ou à long terme, à l’instar de M. Ouattara, une cinquième colonne œuvrant objectivement contre les intérêts de leurs pays d’origine.

Il serait donc souhaitable pour les pays africains, de se retirer collectivement des instances internationales. La conditionnalité première de toute réintégration au «Machin», comme le nommait le Général De Gaulle, se verrait remplie uniquement lorsque serait obtenue une place de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations-Unies.

La politique de la chaise vide, si elle peut faire peur aux plus frileux, répond à l’objectif d’une action conforme aux intérêts des peuples africains.  Le constat de la permanence de l'antagonisme fondamental des leurs intérêts avec ceux de l'Occident, devrait pousser les dirigeants africains à apprendre à dire non et à se responsabiliser.
Les références à la morale ou à l’éthique en droit international ne servent qu'à bercer les peuples, qui tels des enfants, aiment qu'on leur raconte des fables pour les mieux endormir.

Mollesse et inconséquence : marqueurs d’une action politique dépassée.

Énoncée par  le Secrétaire Général de l’UA, M. Jean Ping, la proposition de création d’une Cour Pénale Internationale pour l’Afrique n’est qu’une gesticulation de décideurs inconséquents, n’ayant pas le courage ou la volonté de tirer toutes les conséquences de la réalité internationale.

Ce n’est un mystère pour personne : cette cour placée sous l’égide de l’ONU, où certains membres du Conseil de Sécurité ne risquent aucune poursuite devant la CPI (Les États-Unis ne sont pas signataires du traité la mettant en place), ne serait qu’un avatar tropical de la Cour de la Haye, financièrement soutenue par les mêmes maitres.
Une juridiction africaine, chargée juger les violations du droit international, doit impérativement être placée sous les auspices d’une organisation intégrée continentale qui ne peut être l’UA actuelle. Cette dernière, à l'heure actuelle largement financée par l’UE, a vocation à évoluer vers une structure véritablement panafricaine et indépendante.

La volte-face opérée à propos de la reconnaissance du CNT, est la démonstration du principe établissant que la main qui paye est toujours au-dessus de la main qui reçoit.  Il est plus que temps pour l’Afrique de briser cette chaine. Son émancipation impose des gestes de courage et de rupture clairs, marquant le rejet d’une acceptation béate de cet ordre international à l’universalisme parcellaire et superficiel, ignorant ses recommandations tendant à la résolution des problématiques la concernant.

Les chefs d'Etats africains, tétanisés par la crainte de s’opposer à leurs maitres, sont dans une large mesure, responsables des deux incursions occidentales en Côte d’Ivoire en Libye. L’acceptation par les ploutocratures africaines de la pseudo-légalité internationale, conditionne le mépris ostentatoire des occidentaux vis-à-vis des velléités de règlement alternatif des conflits continentaux, dédain qui a pu être observé durant la crise libyenne.

L’Occident n’avait pourtant aucune légitimité pour envoyer ses troupes sur le sol africain, nonobstant celle reposant sur la ruse juridique, essence même de son droit international. L’exigence de radicalité impose aux africains de s’extraire de cette légalité infantilisante et avilissante, tant que leurs voix n’y seront pas respectées. 
Barack Obama et Nicolas Sarkozy ne peuvent envoyer des soldats en Tchétchénie, en Géorgie ou au Tibet,  il est inacceptable qu’ils le fassent en Afrique.

Mise à part l’inconséquence de ses dirigeants, rien n’empêchera l’Afrique de s’organiser pour ne plus être un objet du droit international et en devenir un véritable acteur...

Remémorons-nous Frantz Fanon...

Fondement de l’Afrique de demain, voulue et attendue par ses peuples, cette exigence de radicalité sera reconnue et appliquée par une génération d’hommes et de femmes se différenciant de ceux qui aujourd’hui, disposent du pouvoir pour n'en rien faire.

D’une autre époque ils considèrent les chefs d’état occidentaux avec crainte et révérence. Une nouvelle race de leaders doit émerger.

N’ayant pas la hantise de résoudre cette équation qui établit sans erreur possible que l’Occident est un ennemi objectif de l’Afrique, ils agiront alors avec l’intransigeance requise. On ne transige pas avec celui qui vous cause le plus grand tort, on ne biaise pas avec celui qui par les effets directs ou indirects de sa politique, affame ou massacre votre peuple.

L’Afrique ne se relèvera qu’à travers l’implication de femmes et d’hommes ne vivant pas leur négritude en pointillés, ne sacrifiant pas leur peuple sur l’autel d’un universalisme à bout de souffle, symbole d’un humanisme à deux vitesses. Au-delà de cette radicalité agissante, la pensée la nourrissant se devra également de l’être. L’exigence de radicalité commande une approche africaine pour une alternative africaine.

L’abandon du modèle occidental dans son architecture essentielle, comme seul fondement du bonheur humain, est consubstantiel  de cette renaissance politique et civilisationnelle. Un véritable nationalisme panafricain de combat, dégagé du passéisme benêt emplit du souvenir nostalgique de luttes pour les indépendances mythifiées et romancées, en délimitera le champ conceptuel. Ce panafricanisme de combat est la condition de base de l'exigence de radicalité, le reflet du miroir tendu par l’Occident n’étant qu’une image déformée, avilissante et dévalorisante de l’homme africain.

Ne payons pas de tribut à l’Europe en créant des États, des institutions et des sociétés qui s’en inspirent. L’humanité attend autre chose de nous que cette imitation caricaturale et dans l’ensemble obscène. Voilà ce qu’écrivait Frantz Fanon en 1960, il est plus que temps pour l’Afrique et ses enfants de redécouvrir cette parole et de se la réapproprier.

De façon radicale...

Ahouansou Séyivé


(1) L’UA : Union Africaine
(2) Se référer à l’ouvrage de Nicolas Agbohou Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique.

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