07/10/2011 04:23:43
Impréparation, improvisation, cafouillage et marché de dupes
Lamentable campagne pour une élection gagnée d’avance. C’est à donner la nausée à ceux qui ont une idée réelle des élections. Surtout d’une élection présidentielle. Mais comme le Cameroun, c’est le Cameroun
Le Messager
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C’est à donner la nausée à ceux qui ont une idée réelle des élections. Surtout d’une élection présidentielle. Mais comme le Cameroun, c’est le Cameroun, on peut se contenter de n’importe quoi : Pourvu que le résultat escompté, soit obtenu. On va faire comment ? C’est le pays !
 
Ainsi, le triste cirque qui est présenté aux Camerounais et au monde entier s’achève demain samedi, 8 octobre à zéro heure. Dimanche, 9 octobre, dès 8 heures, ceux qui ont pu obtenir une carte d’électeur iront voter, en espérant que le scrutin ira jusqu’à son terme à 18 heures. Au Cameroun du Renouveau, tout est possible. Nous avons encore à l’esprit cette élection législative de 2002 qui a bien démarré à 8 heures dans certaines circonscriptions pour être interrompue un peu plus d’une heure après. Entraînant par la même occasion le limogeage du ministre de l’Administration territoriale de l’époque. Un remake de cette histoire n’est pas souhaitable. Mais, tout est possible. Il faut déjà observer à deux jours de cette échéance et depuis l’ouverture de la campagne électorale, qu’on a rampé plus qu’on ne s’est élevé.

Certes, quelques têtes d’affiche parmi les 23 candidats ont mouillé le maillot, honorablement. On les a vus sillonner les dix régions pour « vendre » leur projet de société. D’autres ont choisi quelques localités où, semble-t-il, ont plus de chance de glaner une ou deux voix. Pendant que certains étaient « démocratiquement » interdits de meetings dans les « villages électoraux » acquis à la cause du « frère ». Et que dire de ces candidats sans préparation ni aucune organisation. Moins préparés que lorsqu’on se rend au marché du village. Le candidat président sortant, quant à lui, a laissé ses « esclaves » et « créatures » aller aux charbons défendre la cosa nostra. 23 candidats pour une élection présidentielle, c’est trop et ça fait quand même désordre. Ne parlons pas des prestations publiques ou médiatiques de « clowns » qui ont quand même eu à débourser des millions, juste pour amuser la galerie. Honnêtement, les Camerounais méritent mieux que cela.

Le régime du Renouveau doit cesser d’infantiliser les Camerounais. Ils méritent bien mieux que le spectacle qui se déroule sous leurs yeux depuis des mois, des années. Infantilisés et clochardisés, nombre de nos compatriotes n’attendent plus que la moindre occasion pour « se faire corrompre ». Comme dans nos marchés, les commerçants crient à tue-tête « venez me tromper », les « électeurs » invitent les candidats à les corrompre aussi. En cette période de campagne électorale ils n’assistent pas aux meetings pour écouter et apprécier le contenu des messages des candidats, leur projet de société. Ils attendent surtout la nourriture, la bière et, pourquoi pas, quelque chose pour garnir des poches désespérément vides. Les candidats ont beau leur expliquer qu’il faut oublier cette corruption-là, on leur répond « ah ! ce sont les discours qu’on mange ? » et le meeting finit souvent en queue de poisson. Faute de victuailles de la corruption. Mardi dernier à Maroua, l’élite Rdpc a mis en jeu un pagne et une somme de 5 000 francs pour chaque « mercenaire » candidat à l’accueil de Paul Biya, leur champion.

Les conducteurs de moto-taxis dont l’activité est perçue comme un pis – aller étaient de tous les rallys. Il suffisait de les gratifier d’un peu de carburant pour un tour de ville et d’une petite prime à la fin pour qu’ils changent allègrement de tee-shirts. Ainsi, Paul Biya, le « diable » à l’origine de tous leurs malheurs devenait le « messie »
attendu pour « changer leur vie ». Combien d’entre eux et de tous les autres qui accourent vers les candidats se sont fait inscrire sur les listes électorales ? Combien iront-ils voter ?

Tout ceci à cause de ce que nous avons écrit dans ce même espace, il y a  deux semaines exactement. Le parti-Etat : de l’Uc au Rdpc a donné de très mauvaises habitudes à ses soi-disants militants. Ceux-ci ne  savent plus que ce sont eux qui doivent alimenter la trésorerie du parti à travers l’achat de la carte de membre, des cotisations, des dons et des legs. Si les cadres du parti sont encore astreints à ces exigences, les militants de base sont convaincus de nos jours que c’est le parti qui doit les entretenir. On est arrivé à cette situation parce que le Renouveau a paupérisé les Camerounais afin de les tenir par l’estomac et par les couilles, comme l’a dit Achille Mbembe, politologue camerounais qui enseigne en Afrique du Sud et aux Etats-Unis.

A l’avènement du multipartisme en 1991, les partis d’opposition, en dehors de l’Upc des « fidèles » et du Sdf dans une certaine mesure qui n’ont pas souscrit à cette pratique, les autres n’ont pas cru devoir prêcher le contraire à leurs militants et sympathisants. Ils sont aussi tombés dans ce piège, les pieds joints. Malheureusement pour les leaders de l’opposition, ils ne disposent pas des moyens de l’Etat comme Paul Biya, ni de cadres nommés dans l’administration et les sociétés d’Etat pour « subventionner » leurs partis. Il faut apprendre à tous les militants, sans exception, qu’on entre dans un parti politique comme dans une église. Chaque fidèle apporte son obole à sa chapelle pour faire avancer l’idéologie de celle-ci.

On comprend pourquoi les meetings ne font pas foule. Les médias sont de facto des relais précieux pour faire passer les messages. C’est l’occasion une fois de plus d’apprécier le rôle de reliance, mieux de service public que jouent les médias privés, même privés de moyens matériels, financiers et humains. Nous ne nous attardons pas sur le contenu de ces messages. D’aucuns sont d’une mièvrerie enfantine. C’est à se demander s’ils sont élaborés par des hommes politiques pour une campagne électorale digne de ce nom. Et pour quelle élection ? La présidentielle. Dieu merci ! aucun hasard ne portera sur ce fauteuil un de ces candidats chasseurs de prime. C’est pourtant dommage que le Cameroun soit si éloigné de l’alternance politique.

L’image du pays n’en sort pas grandie du tout. Le spectacle donné par cette élection est des plus minables. Ce n’est pas évident qu’on a vu pire ailleurs sur la planète. Une fois encore, le régime du Renouveau a étalé au grand jour le niveau médiocre de certains de ceux  qui prétendent diriger le pays. Si on ne les a pas motivés pour brouiller la scène. Autant on voit des électeurs potentiels réclamer à manger et à boire aux candidats, autant on a vu des candidats tendre la main dans la rue pour demander le soutien financier des âmes généreuses.

Misérabilisme ! Tout se passe comme pour confirmer aux yeux du monde qu’au Cameroun, si ce n’est pas Paul Biya, c’est le chaos. Message véhiculé par l’élite du Rdpc et leurs affidés . On verra sans doute pire à la fin du scrutin lorsque les candidats auront touché la seconde tranche des 30 millions de francs destinés au financement de la campagne. Déjà que c’est presque insignifiant pour une telle opération dans un triangle de 475 000 km2 où sont logées dix régions. Au lieu de se montrer honnêtes avec leurs amis et collaborateurs de circonstance, certains de nos candidats vont disparaître de la circulation, le temps d’aller se la couler douce avec les fonds de campagne versés par le gouvernement. Au risque d’être poursuivis en justice pour abus de biens sociaux
ou détournements de fonds publics.

C’est aussi cela le Cameroun du Renouveau où le scandale et l’incivisme font partie du quotidien. On va faire comment ?

Jacques Doo Bell

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