07/10/2011 04:35:52
Dimanche, jour d'élection
Assurément nous vivons un tournant historique ou le destin des deux hommes va se jouer au sein des urnes que l’on dit confisquées. Assurément, nous vivons un tournant historique où la voie va se dégager pour la jeunesse qui piaffe d’impatience d’entrer dans l’arène. Nous sommes entrés en transition...
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Les presque septuagénaires s’en souviennent certainement. Durant le Tour de France 1962, au trente-huitième kilomètre d'un contre-la-montre qui en comptait soixante-huit entre Bourgoin et Lyon, Anquetil a rejoint Poulidor et l’a dépassé. Accélération. Cinquante mètres d'avance sur la meute, pas plus, et il remporte le tour.

Raymond Poulidor n'a jamais porté le maillot jaune. Il était connu comme l'éternel second, parce qu'il a terminé le Tour de France à la deuxième place à trois reprises devant Jacques Anquetil. Paul Anquetil Biya et John Poulidor Ndi vont croiser le fer dimanche pour la troisième fois, pour la ‘belle’. Fru Ndi brisera t-il le mythe de l’éternel second ? Biya confirmera t-il sa suprématie pour le dernier face à face entre un néo-septuagénaire et un néo-octogénaire ?

Assurément nous vivons un tournant historique ou le destin des deux hommes va se jouer au sein des urnes que l’on dit confisquées. Assurément, nous vivons un tournant historique où la voie va se dégager pour la jeunesse qui piaffe d’impatience d’entrer dans l’arène. Nous sommes entrés en transition...

La rivalité entre Poulidor et Anquetil est une légende dans le cyclisme français. Celle entre Paul Biya et Fru Ndi va entrer définitivement dans un des versants de  l’histoire du Cameroun. Poulidor Ndi est agressif et offensif. Anquetil Biya utilise sa ruse et son bluff audacieux pour l’emporter. Poulidor Ndi était démoralisé par la résistance d’Anquetil Biya et sa force mentale. Il y a eu une course en 1992. Poulidor  aurait pu faire tomber Anquetil, qui a tremblé dans ses appuis.

Anquetil a infailliblement battu Poulidor dans le Tour de France et pourtant Poulidor est resté le moins honni. Le Tour de France avait le défaut majeur de diviser le pays, jusque dans le moindre hameau, même dans les familles, dans les deux camps rivaux. Ceux qui se sont reconnus dans Jacques Anquetil aimaient sa priorité de style et d'élégance dans la façon dont il montait. Cette fluidité et l'aspect de la facilité sont à l'image du Cameroun de la facilité et des coups de pouces au destin. Les gens humbles se sont reconnus en Raymond Poulidor, dont le visage de paysan rustre représentait la vie qu’il mène dans les champs où il travaille sans repos, ni rêve ni trêve. Ses déclarations, pleine de bon sens, ont ravi les foules un temps, avant que son poing levé subisse la loi de l’attraction pour pointer vers le sol. Une grande partie du public a donc fini par se lasser de celui  qui symbolisait la malchance et la position éternelle de looser.

Et ce pays souffre du complexe de Poulidor.

Poulidor disait lui-même que les gens ne parleraient pas de  lui s'il avait gagné le Tour de France. Longtemps François Mitterrand a été le Poulidor de la politique quand il fut battu au second tour de l'élection présidentielle en 1965. Mais lui a ensuite gagné. Alors que Fru...

Poulidor a plusieurs fois reconnu que sa carrière a été handicapée par un manque d'ambition et par la domination psychologique de Jacques Anquetil. L'Anquetilisme de Biya, (riche et insolente) est à l’opposé du  poulidorisme (plus humble, plus proche du peuple) de Fru Ndi. Si le sommet de leur rivalité a été remarqué au début des années de braise, Poulidor est littéralement harcelé par les lieutenants d'Anquetil dans l'arrière-pays camerounais. Il faudra sans doute attendre la fin prochaine  de leur carrière politique respective pour que les deux hommes, aujourd’hui réconciliés autour du gâteau national, deviennent par la suite amis.

Contre toute attente, en 2008, Anquetil annonçait son défi de porter le maillot une fois de plus pour 2011. Exploit qu'il réalisera sans doute,  s'attirant les foudres des démocrates de demain qui lui reprocheront vivement de « tuer le Tour », et attisant aujourd’hui la colère des électeurs qui l'accueilleront à l'arrivée de la dernière étape au 9 octobre par l’indifférence que procure la routine. En 1964, la France est coupée en deux dans le Tour de France, entre pro-Anquetil et pro-Poulidor. En 2011, l’éternel challenger de Paul Biya va-t-il devenir le faire-valoir du pouvoir ? A moins qu’il brise le signe indien...

Dimanche, jour d’élection. La brise littorale promet de charrier son vent vers les urnes camerounaises, pour apporter l’onde de fraîcheur à ceux qui entendent changer le changement, et à ceux qui veulent conserver les acquis.

Dimanche jour d’élection. Les sons et les parfums doivent rester dans l’air du matin, pour danser une valse à l’honneur du renouvellement des forces politiques.

Dimanche jour d’élection : voici venu le jour de la ‘belle’ entre deux hommes. La troisième confrontation, l’ultime combat, le jour où les athéniens s’atteignirent. Les suiveurs sont prêts. Ceux d’Anquetil ont clairement choisi leur camp. C’est pour cela qu’ils sont entrés dans la mêlée, 15 millions en poche et la vie devant soi. Poulidor va-t-il franchir la ligne d’arrivée, comme toujours éternel second, en cavalier solitaire ? Lui qui a laissé tomber ses billes au passage ?

Au sein des partis de l’opposition n’y a-t-il pas un Camerounais dans la salle  pour tenir publiquement la selle de Poulidor et lui faire prendre de la vitesse afin d’arriver victorieux au sommet de ce haut col calciné ?

Il n’y a que deux adversaires. Mais il y a un seul Cameroun. Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va. Où va le Cameroun ?
 
Bon vendredi et à vendredi

Edking

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