07/10/2011 04:58:22
Visite du roi: Douala militarisť
« Vivement que Paul Biya rentre à Yaoundé ! ». C’est l’expression du ras-le-bol d’un habitant de Douala bloqué dans son véhicule hier matin, ne pouvant arriver à son lieu de travail. Il était 9 h 25. L’homme était bloqué au niveau du collège Saint-Esprit.
Le Messager
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« Vivement que Paul Biya rentre à Yaoundé ! ». C’est l’expression du ras-le-bol d’un habitant de Douala bloqué dans son véhicule hier matin, ne pouvant arriver à son lieu de travail. Il était 9 h 25. L’homme était bloqué au niveau du collège Saint-Esprit. 

Impossible de monter en voiture jusqu’à Bonanjo, le quartier administratif et siège de la plupart des grandes banques de la place. Depuis mardi soir, des éléments des unités d’élite des forces de défense ont été déversés à Douala par milliers. Bonanjo, où se trouve aussi le palais présidentiel, est en état de siège.

Des éléments de la garde présidentielle et ceux du Bataillon d’intervention rapide (Bir) ont pratiquement supplanté ceux de la garnison de Douala, armés jusqu’aux dents, visiblement nerveux, prêts à en découdre avec on ne sait quel puissant ennemi venu d’on ne sait quelle planète. Des hélicoptères de l’armée tournoyaient dans les airs en permanence. Est-ce encore l’individu qui a pris d’assaut le pont du Wouri l’autre jour et qui a fini par « être repoussé », selon le gouverneur du Littoral, par les forces armées qui fait peur ?

Bonanjo était une véritable forteresse avec des tanks de la Garde présidentielle au niveau de la montée Heymann (devenue aujourd’hui Dhl), de la direction générale de Camairco et de l’hôtel Le Méridien. Les béliers (mamy wata) de la police et de la gendarmerie avec leurs canons à eaux étaient postés partout et la Gp a pris position de toutes les issues. Les services publics et privés, les établissements scolaires ont été vidés de leur usagers – du moins ceux qui avaient réussi à y arriver avant la mise en place de ce dispositif de guerre. Toutes les voitures à destination de Bonanjo étaient bloquées à Akwa, Bali et Bonapriso provocant des files interminables.

Toujours est-il que cet environnement de guerre alimente les rumeurs les plus farfelues du genre « des éléments de la police spéciale ont infiltré les taxis, provoquant des conversations visant à piéger des anti-Biya ». Les colporteurs de ces rumeurs font même état des interpellations perpétrées ça et là. Sans préciser les noms des victimes ni leurs lieux de détention. Tout ceci en ajoute à cette psychose générée depuis des mois par ces discours sur la paix qui ont précédé le congrès du Rdpc et cette échéance électorale. Visiblement le pouvoir fait tout pour préparer les esprits à un cataclysme. Il faut dire que pour une campagne électorale dont les messages devaient être édérateurs, ce que les habitants de Douala ont vécu hier 6 octobre 2011 décourage plutôt.

Le candidat du peuple ou l’otage d’un clan ?

Excédé par ces tribulations, un citadin craque et lance : « il vient faire son show. Moi, je dois aller chercher de quoi nourrir mes enfants et je ne peux pas bouger ! » Un employé de banque témoigne « depuis le matin, pas grand monde devant les guichets en raison des difficultés d’accès à Bonanjo ». Ce qui a d’ailleurs entraîné la paralysie de la ville. On a entendu un autre demander «est-ce un candidat qui vient en campagne ? ». Autant les autres étaient accessibles, autant Paul Biya est lointain et fait plutôt peur. « A cause de lui, on ne peut même plus vaquer sereinement à ses occupations », s’insurge un autre. Et quelqu’un d’autre de rétorquer : « est-ce vraiment le candidat du peuple ou l’otage d’un clan ? »

Combien de milliards de francs Douala aura-t-elle perdu pour la seule journée d’hier. Difficile à évaluer. D’importants rendez-vous d’affaires ont été plombés puisqu’il était impossible dès 8 h 30, de partir  d’Akwa, le quartier des affaires, pour Bonanjo. Même le ciel s’est finalement retourné contre cette houleuse visite de campagne électorale. Depuis dimanche, un soleil de plomb fondu a grillé les fortes pluies qui ne tombaient plus que la nuit. Subitement, une forte averse s’est abattue sur la ville, dirait-on, pour tempérer l’enthousiasme des militants du Rdpc, obligés, pour les plus zélés, de se tremper pour leur champion.

Ils étaient nombreux, transportés comme du bétail des départements du Moungo, de la Sanaga Maritime et du Nkam, pour être déversés à Douala, convoyés  par des élites en mal de positionnement. Et pourtant faut-il remarquer qu’en 29 ans à la présidence de la République, Paul Biya n’a jamais mis les pieds ni à Nkongsamba, ni à Edéa, encore moins à Yabassi. Contrairement à son prédécesseur qui  y a été au moins une fois en son temps. On compte sur les doigts de la main les visites de Paul Biya dans la métropole économique.

Voilà qu’au moment où Paul Biya est présenté par ses « esclaves » et ses « créatures » comme « le choix du peuple », il n’aura battu campagne que dans deux capitales régionales et sous haute surveillance des forces de défense.C’est tout dire !

Jacques Doo Bell

NB: La titraille est de la rédaction de cameroonvoice

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