11/10/2011 02:50:31
Cameroun. Attaques armées: existe-il un risque sécuritaire ?
Entre récurrence des attaques, enlèvements physiques et recrudescence de l’activité terroriste à l’intérieur des frontières nationales, la psychose prend du relief. Entre menaces réelles, surenchères et manœuvres politiciennes, la menace sécuritaire est-elle réelle au Cameroun ?
Le Messager
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Entre récurrence des attaques, enlèvements physiques et recrudescence de l’activité terroriste à l’intérieur des frontières nationales, la psychose prend du relief. Entre menaces réelles, surenchères et manœuvres politiciennes, la menace sécuritaire est-elle réelle au Cameroun ?
 
C’est d’une autre attaque dont parle le quotidien Mutations dans son édition n° 3008 du 10 octobre 2011. Une attaque qu’on aura peu évoquée. Pourtant, le journal de la rue de l’aéroport précise que dans la longue liste d’attaques et de prise d’otages que connaît le Cameroun depuis quelques années, c’est un navire camerounais qui a été attaqué le samedi 27 août 2011 dans la région de Calabar au Nigeria. Selon cette source sept pirates ont pris le contrôle d’un navire et ont enlevé son commandant. Le timonier du Monica express a heureusement été relaxé par ses bourreaux grâce aux négociations engagées par son entreprise employeur, la Corner water shipping company Ltd.

L’attention nationale est plutôt focalisée sur l’attaque d’une unité de gendarmes en faction à Isanguele dans la péninsule de Bakassi. Pour les faits, un groupe de personnes armées et non identifiées a attaqué une unité de gendarmes commis à la surveillance d’opérations électorales dans cette région faisant des morts parmi les pandores camerounais alors que les assaillants emportaient du matériel militaire propriété de l’armée camerounaise. Des faits certifiés par le ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation (Minatd). Marafa Hamidou Yaya appelle les populations à la vigilance tout en indiquant que des mesures auraient été prises pour assurer la sécurité des biens et des personnes dans cette partie du Cameroun.
 
La mort des gendarmes camerounais à Isanguele et l’enlèvement du matériel militaire camerounais interviennent quelques semaines après la sortie d’un groupe de personnes non identifiées sur le pont du Wouri, le 29 septembre dernier. Des sources concordantes rencontrées par Le Messager après cette sortie faisaient état de trois individus arrivés sur le pont du Wouri aux premières heures de la matinée du 29 septembre. «  Deux personnes sont arrivées sur le pont. elles ont été rejointes par un autre individu. Après avoir installé une banderole appelant au départ de Biya, la troisième personne à tiré des coups de feu en l’air tandis que ses complices s’évanouissaient dans la nature ». Nos sources précisent que la troisième personne aurait alors enfilé un scaphandre et plongé dans le fleuve Wouri. Une activité qui avait mobilisé l’essentiel des forces de première, deuxième et troisième catégorie en position dans la ville de Douala.
 
Quelques mois avant, la zone de Bonabéri avait connu la visite d’autres « assaillants » qui pendant des heures, avaient paralysé cette partie de la ville de Douala emportant par la suite un important butin soustrait dans les locaux de l’agence Ecobank de Bonabéri. Selon des observateurs, cette opération spectaculaire rappelait l’attaque de nombreuses banques dans la ville de Limbé quelques mois plus tôt. Si les experts s’accordaient sur les similitudes du mode opératoire, la fuite des assaillants en rajoutait à la polémique autour de ses attaques. Des attaques qui venaient compléter la longue liste de celles connues sur les côtes camerounaises.

Du golfe de Guinée à l’hinterland camerounais
 
Pour l’essentiel, l’opinion garde à l’esprit les multiples revendications des groupes plus ou moins connus de « pirates » et autres « assaillants » dont la dénomination parait étroitement liée au Delta du Niger. Le hit parade de ces revendications étant tenu par le «Bakassi Freedom fighters». Toutefois, cette zone que les observateurs avertis assimilent au nœud de résistance de la zone conflictuelle de Bakassi est pourtant acquise au Cameroun et, selon la communication officielle, hautement sécurisée par les forces de défense camerounaises.

C’est une nouvelle ère qui semble voir le jour dans la litanie d’attaques, prises d’otages et autres agressions que connaît le Cameroun depuis quelques années. Au plan spatial, les supposés rebelles qui dictaient la loi sur les côtes nationales ont intégré l’intérieur du pays et peuvent désormais se mouvoir sans grand risque à travers le territoire. En outre, la polémique autour de l’origine des armes utilisées lors des différentes attaques fait de moins en moins l’objet de supputations. Dans le cadre des attaques de Bonabéri et du « show » sur le pont du Wouri, des sources proches des forces de sécurité soupçonnent leur provenance des casernes de la République. Quelques heures après  la pose de la banderole sur le pont  et la salve tirée, c’est une organisation dénommée Armée de libération du peuple camerounais (Alpc) qui revendiquait le fait vécu sur ce pont quelques heures plus tôt. Une revendication faite quelques temps après par d’autres groupes se positionnant comme des groupes rebelles. Une thèse qui semble réfutée par les sources officielles. Dans une correspondance adressée aux Nations-Unies citée par un confrère, le gouvernement camerounais présente « l’Homme du pont sur le Wouri » comme « le premier maître (adjudant chef de marine)Bedim Sylvain en service à la caserne de la base navale de Limbé ».
 
Psychose virtuelle ?
 
Si la récurrence, la cohérence et la logique des faits semblent disputer la vedette à l’illogisme des attaques perpétrées sur le territoire camerounais depuis quelques années, il demeure que la campagne officielle menée par les officiels suscite quelques interrogations. Sous quel prisme apprécier la campagne pour la paix clamée bien avant l’entame du processus électoral pour la présidentielle en cours ? Y auraient-ils quelques raisons de douter de la quiétude sociopolitique camerounaise mise en exergue dans le discours politique camerounais ? Des préoccupations amplifiées par la grogne qui couve dans la grande muette et les attentes des services de sécurité traditionnels.

Au moment où des sources introduites évoquent la polémique existante entre les cadres de l’armée et les hommes de rang au sujet de la redistribution des primes allouées aux opérations de l’armée au titre du processus en cours, n’y a-t-il pas lieu d’interroger la volonté réelle des ressources en présence pour la préservation de l’intégrité territoriale du pays ? Dans le contexte sociopolitique actuel, la mise en exergue de la problématique de paix et de stabilité prônée, par le parti au pouvoir, ne répond-elle pas à une stratégie  de surenchère sociopolitique savamment destinée à distraire les esprits dans les enjeux sociaux, politiques et économiques en cours ?

Joseph Olinga

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