13/10/2011 04:55:56
Kribi. Les vraies raisons de l'abstention dans l'Océan
Leadership entre personnalités politiques, indemnisation du port en eau profonde et guerres intertribales constituent le cocktail qui aurait  découragé les populations de l’Océan à aller voter lors du scrutin du 9 octobre 2011.
Le Messager
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Leadership entre personnalités politiques, indemnisation du port en eau profonde et guerres intertribales constituent le cocktail qui aurait  découragé les populations de l’Océan à aller voter lors du scrutin du 9 octobre 2011.

On avait d’abord pensé que les populations de l’Océan, dans la région du Sud, n’avaient pas pu accomplir pleinement leur devoir civique dimanche 9 octobre 2011 à cause de la pluie. Que nenni ! Le taux d’abstention à l’élection présidentielle du 9 octobre 2011 dans cette ville balnéaire du pays est très élevé. Selon des informations puisées à bonnes sources, il est d’environ 40%. En discutant avec les habitants de Kribi, on se rend compte que l’abstention est due à des causes profondes.

Premièrement, les populations sont démobilisées à cause de la guerre de positionnement que se livrent les leaders politiques. Il faut savoir que les populations de l’Océan sont acquises en majorité au Rassemblement démocratique du peuple camerounais, (Rdpc). Or, il existe une franche « bagarre » entre Grégoire Mba Mba, président de la section Rdpc de l’Océan Sud-Est et d’autres responsables politiques comme Jules Doret Ndongo, secrétaire général des services du Premier ministre.

Pour le camp de Jules Doret Ndongo, Grégoire Mba Mba est « un impénitent qui croit pouvoir s’adresser à tout le monde de manière hautaine, même à un ministre de la République. En plus, il fait tout pour que ce ne soit que lui qu’on voit ici. Ce qui n’est pas normal ». Autre personnalité en froid avec M. Mba Mba, c’est Jean Célestin Watat. Opérateur économique, il est également président du cercle des élites et chef des communautés ressortissantes de l’Ouest résidant à Kribi (Cercok). La plus récente illustration de la rivalité entre les deux hommes, et dont tout Kribi est au courant, date de la campagne électorale. Jean Célestin Watat avait prévu un meeting avec ces communautés. Ce meeting avait été « annulé » par Grégoire Mba Mba, alors président de la coordination de la campagne électorale à Kribi II, avant d’être finalement autorisé par Jules Doret Ndongo, sous le couvert d’une « séance de travail avec les communautés allogènes de Kribi ».

Port de Kribi et rivalités tribales

Mais, ce n’est pas uniquement pour cette raison que l’Océan n’a pas voté en masse. Autre cause du fort taux d’abstention : les problèmes non encore résolus au sujet du port en eau profonde de Kribi. Ici, les populations condamnent le fait que l’on n’a pas encore procédé à l’indemnisation, ni au recasement des populations déguerpies du site du port. Un riverain nous expliquait à ce sujet, samedi 8 octobre lors de la pose de la première pierre du projet, qu’il y a eu de nombreuses irrégularités dans la répartition et l’octroi desdites indemnisations.

Pour les riverains, la cérémonie du 8 octobre n’aurait jamais dû se tenir avant d’avoir fini avec ce volet.
Par ailleurs, et c’est la troisième raison du boycott du scrutin, des rivalités intertribales existent entre les différentes communautés autochtones. Dans le département de l’Océan, on compte trois principales tribus : Mabi, Batanga et Iyassa. Les Batanga, pourtant minoritaires, exercent tout le temps une sorte de domination vis-à-vis de leurs « frères ». Selon un chef Mabi qui a voulu garder l’anonymat, du vivant du général Bénae Mpéké (un Batanga), personne ne pouvait lever le petit doigt contre une personne de sa tribu. Cette domination fait en sorte que les autres tribus, pourtant majoritaires, se rétractent quand il s’agit des affaires politiques, étant donné qu’elles n’ont rien en retour. Tous ceux qui sont allés dans les bureaux de vote ont ainsi marqué un semblant d’unité pour voter le candidat Biya. 

Coulisses. Des procès verbaux contre de l’argent

Décidément, il n’est pas évident pour les partis de l’opposition de se mouvoir sur le terrain en temps d’élection. Pour l’élection présidentielle du 9 octobre, le Social democratic front (Sdf) avait mobilisé des centaines de scrutateurs dans le département de l’Océan. Une fois le scrutin achevé, plusieurs de ces scrutateurs n’ont pas voulu remettre les procès verbaux à leurs coordinateurs. Et pour cause : l’indemnisation qu’on leur avait donné est insuffisante. Le Sdf avait prévu 1 000 Fcfa par personne pour la journée de dimanche. Les scrutateurs ont attendu d’avoir lesdits Pv pour exiger entre 5 000 Fcfa et 10 000 Fcfa, comme nous l’expliquait ce mardi 11 octobre Lucas Ndi, président provincial du Sdf pour le Sud. Drôle de militantisme !

Alain NOAH AWANA

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