14/10/2011 04:12:38
Présidentielles 2011: Tous, nous avons bu la tasse
Y a-t-il vraiment de quoi pavoiser au sortir de cette élection ?
Le Messager
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Y a-t-il vraiment de quoi pavoiser au sortir de cette élection ? Je ne le pense pas. Au vu des dysfonctionnements qui ont émaillé le processus mis en place par Elecam, tout le monde voyait bien qu’on allait droit au mur. Raison pour laquelle des leaders politiques clairvoyants et prudents, à tort ou à raison ont souhaité vivement le report du scrutin au premier trimestre de l’an 2012.

Les faits prouvent malheureusement qu’un report n’allait pas contribuer à améliorer grand chose. Pendant que de hauts responsables du pays formulaient des critiques dans les salons, pratiquement à huis clos, d’autres se comportaient comme le grand oiseau coureur du désert qui, face au danger, se cache la tête sous son aile. Comme pour dire advienne que pourra. La majorité des futurs candidats ont brillé par leur absence sur le terrain.

Pas de sensibilisation de l’opinion à s’inscrire sur les listes électorales. En dehors du Rdpc qui faisait des pieds et des mains pour amener ses militants et sympathisants à avoir la carte nationale d’identité, document incontournable pour s’inscrire sur ces listes, le Sdf faisait de la surenchère. Tantôt, il appelait ses adhérents à boycotter l’inscription sur les listes électorales parce que ce parti, n’entendait pas prendre part à une élection organisée par Elecam.

Finalement...

Paul Biya voteQuant aux autres formations politiques, en dehors de la candidate Edith Kabang Wallah et son Pcc, c’est à peine qu’on a vu les autres leaders mobiliser le peuple électeur. Tous attendaient la convocation du corps électoral pour, comme des moutons de Panurge, se jeter dans l’arène. Avec au finish le résultat connu d’avance : la réélection  du candidat du Rdpc : M. Paul Biya. Quel gâchis !

Les recours en annulation et tout ce que nous brandissent aujourd’hui les leaders de  l’opposition est vraiment sans objet et n’ont aucune chance de prospérer. On l’a vu par le passé. Les appréciations mi-figue mi-raisin des observateurs internationaux à travers nos médias ne sont que de la pommade pour atténuer la douleur des nombreux Camerounais qui ne comptent plus que sur le temps pour voir si un jour ils verront le changement auquel ils ont cru un 6 novembre 1982.

A-t-on vu pire élection dans ce pays ? De mémoire d’observateur, jamais !    L’Onel en son temps a nettement mieux fait que Elecam. Quand M. Fonkam Azu’u se dit satisfait d’un scrutin qui n’a pas connu de « dysfonctionnement majeur », de qui se moque-t-il ? Décidément, le ridicule ne tue pas.  Dans la perspective d’inscrire le maximum d’électeurs possible, Elecam est allée les pêcher à des endroits et aux conditions incommodes qui ne permettaient pas aux « inscrits des bars », par exemple, de savoir où retirer leurs cartes d’électeur. Conséquence : des milliers de cartes se sont retrouvées dans la nature. Très loin de leurs « légitimes » propriétaires.

Que dire de l’administration qui a provoqué la peur au sein de la population. En effet, un communiqué de l’autorité administrative a interdit toutes les activités y compris le transport urbain. Nombreux sont des électeurs qui se sont terrés chez eux par prudence.

De mémoire d’observateur et de tout bon électeur, les bureaux de vote ont toujours ouvert dès 8 h dans ce pays le jour du scrutin. Pour refermer à 18 heures. En cas de retard, on jouait les prolongations. On a rarement connu des retards de plus d’une heure.  Avec Elecam, on a enregistré des retards de deux, trois, quatre heures, voire plus. Le cas le plus patent a été enregistré à  Ndobo, à Douala IV.

Que dire de la stratégie de distribution des cartes inaugurée par Elecam. Elle a été des plus calamiteuses.  On a noté des cartes indisponibles malgré la disponibilité des récépissés ; la désorientation des électeurs au moment du retrait de la carte ; l’obligation d’arrêter à 18 heures un scrutin qui a commencé avec les retards signalés plus haut. Parce que Elecam a bien prévu des lampes-tempêtes, mais pas de pétrole, jusqu’à la tombée de la nuit. S’il y a eu du retard à l’ouverture des centres et bureaux de vote, c’est en grande partie en raison de l’acheminement non moins tardif du matériel électoral : urnes, isoloirs, bulletins et aussi en raison de l’arrivée tardive de certains responsables des bureaux de vote ou des représentants de l’administration et des partis politique. Il faut tirer une fière chandelle à la police qui, devant l’insuffisance des moyens logistiques d’Elecam a mis spontanément ses véhicules à disposition pour distribuer le matériel.  Le diable se cache dans les détails, dit-on.

Nous n’entrerons pas ici dans ceux qui ont amené par exemple le maire de la Commune d’arrondissement de Mbonge dans le Sud-Ouest à dire que « être indépendant ne veut pas dire qu’on ne doit pas collaborer ». Le  délégué du gouvernement de la Commune urbaine de Kumba confie pour sa par que « Elecam doit admettre ses insuffisances et y apporter des améliorations pour ne pas dire des corrections lors des prochaines échéances électorales,  afin d’éviter des mouvements d’humeur ». Pour la présidente de la section Ofrdpc Fako III « Elecam a certes fait de son mieux. Mais son mieux n’est pas satisfaisant… Les manquements sont énormes, notamment au niveau de la distribution des cartes électorales. Ce qui laisse croire que cet organe manque de personnel qualifié… ».

Dans un pays où l’on organise des élections depuis les années 40 ou 50, c’est ahurissant et M. Fonkam Azu’u n’a pas de quoi revendiquer une once de gloriole. Maintenant que tous nous avons bu la tasse, reste l’avenir à préparer et tous, nous sommes interpellés : électeurs, leaders politiques, Elecam. Les municipales et législatives en 2012 déjà dans moins d’un an ; les sénatoriales quand M. Biya va les fixer. Tout le monde doit se mettre sereinement et intelligemment au travail. On a découvert le 9 octobre 2011 que des Camerounais ne savaient pas comment voter. D’autre confus devant les bulletins de… 23 candidats

Un travail de base s’impose aux partis politiques et à l’organe qui a la charge de gérer le processus électoral. Le rôle des médias dans une telle campagne est déterminante. Il faudra soigner l’image du Cameroun davantage écornée par le médiocre spectacle que nous venons d’étaler à la face du monde le 9 octobre 2011.

Jacques Doo Bell

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