14/10/2011 15:14:56
Logique répréssive: des agents secrets français sont arrivés au cameroun
Le contexte dans lequel cet ancien brigadier, qui fut jadis l’homme de confiance et directeur de cabinet de Charles Pasqua (ancien ministre français de l’intérieur, héritier de feu Jacques Foccart, le célèbre patron des services secrets français et «père spirituel» de Nicolas Sarkozy), débarque à Yaoundé, «à l’invitation du cabinet civil de la présidence de la République» est loin d’être un fait anodin.
Camerpress
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Daniel Léandri

Face à des manoeuvres de destabilisation post-électorale attribuées aux Etats-Unis, le pouvoir active ses réseaux hexagonaux. A bord d’un vol d’Air France, Daniel Léandri a atterri avant-hier mercredi à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen. En temps normal, la présence de ce citoyen français d’origine corse en terre camerounaise serait un épiphénomène. Mais le contexte dans lequel cet ancien brigadier, qui fut jadis l’homme de confiance et directeur de cabinet de Charles Pasqua (ancien ministre français de l’intérieur, héritier de feu Jacques Foccart, le célèbre patron des services secrets français et «père spirituel» de Nicolas Sarkozy), débarque à Yaoundé, «à l’invitation du cabinet civil de la présidence de la République» est loin d’être un fait anodin.

En effet, en dépit du calme qui règne sur l’ensemble du territoire national depuis le 9 octobre dernier, date de l’élection présidentielle, le pouvoir de Yaoundé, notamment les services de renseignements, les forces de sécurité et de défense sont «en état d’alerte», en prévision de troubles qui pourraient survenir après la proclamation des résultats, le 21 octobre prochain. En témoigne, le grand déploiement de policiers et de gendarmes, à certaines heures de la journée, dans les principales métropoles, Yaoundé et Douala, et dans d’autres agglomérations du pays.

Réputé discret et aguerri aux «interventions spéciales», Daniel Léandri, bien connu dans les réseaux de la Françafrique, serait, d’après les sources qui le signalent à Yaoundé, parmi les «penseurs» de la stratégie du pouvoir de Yaoundé, visant à étouffer dans l’?uf toute perspective de crise post-électorale au Cameroun.
Une stratégie huilée au fil des jours en ce moment où, ainsi que l’indiquait l’hebdomadaire Repères, dans son édition de mercredi dernier, «des mouvements inhabituels et qui ont paru suspects aux barbouzes camerounaises, des agents de [la] célèbre agence de renseignement [la Cia], bras armé de la politique étrangère des Etats-Unis, ont été enregistrés depuis quelque temps». Allant dans ce sens, nos sources affirment que «les Américains misent sur un soulèvement populaire pour intervenir au Cameroun».

Ce que dément formellement Isabelle Kame Domguia, chargée de communication à l’ambassade des Etats-Unis à Yaoundé : «Nous avons lu ces allégations dans les journaux comme tout le monde. Nous disons simplement que les Etats-Unis et le Cameroun entretiennent depuis des années des relations multidimensionnelles et mutuellement bénéfiques. Cette coopération s’exprime dans plusieurs domaines. Tout ce qui ne s’inscrit pas dans ces domaines ne relève pas de nous. Dans ce sens, l’ambassadeur des Etats-Unis fera une communication mercredi prochain sur les droits de l’homme et la société civile au Cameroun. Il apportera à cette occasion des éclaircissements sur la rencontre de la société civile camerounaise, qui s’est tenue dans les locaux de l’ambassade tout dernièrement. Il s’étendra également sur certains développements de la presse, question de dissiper toutes les mauvaises interprétations».

Cela dit, selon des sources généralement bien informées, l’arrivée au Cameroun du Daniel Léandri, qui a travaillé à la direction générale de la police française, au service de coopération technique internationale de police, où il s’est occupé des relations avec les polices étrangères, notamment africaines, avant de prendre sa retraite en 1998, intervient après la commande et la livraison expresse d’un nombre important de matériel anti-émeutes passée par les autorités camerounaises auprès de la France. L’Hexagone, qui, du point de vue de la «diplomatie formelle», a réagi par le biais du ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et européennes mardi dernier à l’Assemblée nationale française.

Alain Juppé indiquait alors devant les députés que «La France a suivi avec une particulière attention le déroulement des élections au Cameroun dimanche dernier. Il est encore trop tôt pour parler des résultats. Le taux de participation n’est pas encore connu. Ce que je peux vous dire, c’est que, selon l’Organisation internationale de la Francophonie et le Commonwealth, qui ont suivi le déroulement de ces élections, on peut considérer aujourd’hui qu’elles ont eu lieu dans des conditions acceptables. Nous appelons donc la population, la presse camerounaise et tous les acteurs politiques à faire preuve, jusqu’au 24 octobre, date de proclamation des résultats, et au-delà bien sûr, de modération et à éviter tout recours à la violence pour faire valoir leurs vues».

L’appel à la non violence lancé par M. Juppé au Palais Bourbon mardi dernier autorise en tout cas à penser que les lendemains de la présidentielle sont perçus comme incertains et, à cet égard, aucune précaution n’est de trop dans les cercles du pouvoir de Yaoundé.

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