16/10/2011 04:42:04
Tous rattrapés par l'Histoire
Que peut-on attendre des discours des deux (2) têtes de pont de la politique occidentale si ceux à qui ils s'adressent refusent sortir de leur « prison mentale » préférant ainsi l'ombre de la caverne à la lumière du jour?
Le nouveau courrier
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La citation de Carl Siger tirée de son essai sur la colonisation et qui a clos la première partie de mon propos est révélatrice de la conception que les occidentaux ont de l’Afrique. Il est clair pour eux que l’Afrique n’est qu’un vaste champ d’expérimentation de toutes les théories même celles qui peuvent heurter le bon sens et la raison humaine et qu’ailleurs on ne saurait tolérer.

L'afrique est aussi pour eux un immense vivier, une source intarissable de richesse qui a vocation de satisfaire uniquement aux exigeances de développement et de progrès de l'Occident. Elle est enfin un continent ou le mythe du développement est savamment entretenu par une élite intellectuelle, politique et sociale qui n'est qu'un agent de l'impérialiste occidental.

Ce qui me conforte dans cette conviction que l’âge d’or n’est pas pour demain, c’est le souvenir que j’ai de cette foule amassée aux abords du boulevard menant de l’aéroport à la Fondation Félix Houphouet Boigny de Yamoussoukro pour accueillir Nicolas Sarkozy comme un sauveur lors de la cérémonie d’investiture du chef de l’Etat Alassane Dramane Ouattara. C’est aussi le souvenir de ces braves populations convoyées à Yamoussoukro, arborant des t.shirt à l’effigie du président français Nicolas Sarkozy et brandissant des pancartes aux slogans emprunts de niaiseries.

Me reviennent aussi les images de pauvres chauffeurs de taxis aux véhicules pavoisés aux couleurs de la France et paradant dans les artères de la ville de Yamoussoukro dans un concert délirant de klaxons. Me reviennent également les images de cette foule composite qui a pris place dans l’Amphithéatre de la Fondation FHB et scandant le nom du président Nicolas Sarkozy au grand dam de la diplomatie française qui s’est vue dans l’obligation de rectifier le tir en rappelant à la fin de la cérémonie que la victoire revenait d’abord et avant tout aux Ivoiriens eux-mêmes.

Mais il était déjà trop tard car la forte médiatisation de  l’évènement, une grande première en Afrique, avait permis aux nombreux téléspectateurs à travers le monde entier de comprendre les véritables enjeux de ces élections présidentielles. Me reviennent enfin en mémoire les images de naïveté de pauvres libyens exubérants, ignorant les enjeux de la guerre à eux imposée, et saluant l’intervention de la France et de l’OTAN dans ce qui est en passe de devenir un autre bourbier après l’Irak et l’Afghanistan.

Que peut-on attendre des discours des deux (2) têtes de pont de la politique occidentale si ceux à qui ils s'adressent refusent sortir de leur "prison mentale" préférant ainsi l'ombre de la caverne à la lumière du jour?

Peut-on encore s’étonner de l’existence et de la persistance des contradictions  flagrantes entre les professions de foi et les pratiques réelles, entre les principes et les actes au regard des attitudes honteuses, totalement regressives et liberticides de femmes et d’hommes qui se dénantissent de leur liberté et aliènent leur indépendance ? Nicolas Sarkozy et Barack Obama ont bon droit de se blesser aux angles des articulations de leurs propres discours aussi longtemps que le comportement paradoxal de certains Africains continuera de mettre de l’eau au moulin de la machine néo-coloniale.

Arrêtons-nous un moment et faisons l’état des lieux de la démocratie que nos bienfaiteurs de toujours nous ont apportée dépuis le 11 Avril 2011 pour la Côte-d’Ivoire et le 15 Mai 2011 pour la Lybie. Pour ce qui est de la Côte-d’Ivoire, dépuis le 11 Avril 2011, l’insécurité rêgne sur l’étendue du territoire national. L’inflation a atteind un seuil intolérable grèvant ainsi le budget des ménages. Les populations vivent dans la précarité et sont constamment hantées par les incertitudes du lendemain. Les étudiants sont jetés à la rue et les universités fermées sans un calendrier précis de réouverture. Les activités économiques sont plombées, obligeant ainsi les opérateurs économiques dans les secteurs des PME-PMI à mettre la clé sous le paillasson. La pauvreté gagne du terrain, obligeant les couches sociales favorisées au repli social. Les ménages ne peuvent pas s’offrir trois (3) répas par jour conformement aux promesses faites dans les discours de campagne.

Les libertés individuelles sont quasiment inexistantes lorsqu’elles ne sont pas ménacées. Et pendant ce temps le café et le cacao peuvent sortir du Port Autonome d’Abidjan et être vendus en Hollande et dans certains pays d’Europe par nos bienfaiteurs sans en référer aux autorités en place.

Pendant ce temps on peut tranquillement exploiter l’or, le gaz et le pétrole ivoirien et garder le silence sur la quantité de barils produit par jour. Pendant ce temps on peut s’attacher les services des « conseillers » français, récommandés par la Métropole, dans les différentes institutions du pays et les Ministères de souveraineté. Pendant ce temps, l’armée française peut parader dans la ville d’Abidjan comme en territoire conquis et positionner ses chars autour de nos institutions parce que désormais en charge de la sécurité et de la defense du pays.

Pendant ce temps on peut abonner la Côte-d’Ivoire au programme de l’endettement permanent alors même qu’elle était arrivée à se défaire des liens de ce système qui n’en finit pas de phagocyter les espoirs de développement du continent. Pendant ce temps des journalistes peuvent croupir en prison pour avoir organisé des débats sur le rapport monnaie et souveraineté dans un contexte d’indépendance.

Si tel est le visage de la décomocratie et qu'elle dit s'accompagner de la perte de dignité de l'homme, de ses droits les plus inaliénables, alors je me fais porte-parole d'une grande partie de la population ivoirienne qui ne revendique que le retour à l'ordre ancien.

C’est donc à juste titre que nombre d’observateurs de la scène politique pensent que la démocratie est une vue de l’esprit, une illusion tout autant qu’il est incongru de parler de son existence. A la tête de ces observateurs, le Sociologue Wilfredo Pareto qui, dans son ouvrage l’Esprit et la Société, volume IV, soutient que « la démocratie n’est pas plus définissable, pas moins mystérieuse, pas moins en déhors de la réalité que tant d’autres divinités et sa théologie ne manque pas plus qu’une autre de contradictions évidentes. Les fidèles de la démocratie ne se laissent pas guider par leur Dieu. Ce sont eux, au contraire, qui le mènent - et par le bout du nez, lui imposant les formes sous lesquelles elle doit se manifester ».

Si la côte d'Ivoire disposait de la liberté d'aministrer ses richesses, si l'on n'avait pas compromis son avenir par la politique de privatisation tous azimuts des annéees 90, elle ne serait pas entrain de se goberger dans les voies du sous-développement,pour emprunter l'expression à Axelle Kabou dans son ouvrage Et si l'Afrique refusait le développement.

Combien d’Ivoiriens savent-ils ce que l’ex EECI devenue CIE après privatisation rapporte annuellement à la France? Un des leaders de son secteur sur le continent, la CIE produit et commercialise l’énergie électrique sur l’ensemble du territoire de la Côted’Ivoire et certains pays de la sous-région dont le Ghana où elle détient 50% du marché, le Burkina Faso 20%, le Mali 15%, le Bénin 8% et le Togo 7%. Les chiffres d’affaires pour ces marchés en 2009 étaient respectivement de 235 000 milliards, 80 000 milliards, 65 500 milliards, 35 000 milliards et 30 000 milliards.

En 2010, elle a réalisé à l’exploitation 490 000 milliards de chiffres d’affaires. Si on ajoute à cela les chiffres d’affaires de la Sodeci et de Côte d’Ivoire Telecom que les Français ont fusionné avec Orange, vous obtenez des chiffres faramineux qui peuvent permettre à la Côte-d’Ivoire de construire son développement sans recourir à l’endettement. Et ce sont ces contrats-là que le président Gbagbo avait provisoirement révisités pour des raisons que vous savez en attendant de les remettre totalement à plat après les élections présidentielles de tous les défis. Vous comprenez aisément dès lors l’épilogue de la crise ivoirienne.

En ce qui concerne la Libye, pour la première fois de son histoire, le pays est réduit à solliciter de l’aide auprès des occidentaux en dépit de ses nombreux avoirs à l’étranger. Et devant l’immensité des besoins du pays, le CNT multiplie les appels à la levée du gel de ses avoirs, mais les occidentaux restent sourds à ses vociférations. La vérité qui se cache derrière cette attitude pour le moins curieuse, c’est que l’argent qu’on prête à la Libye n’est rien d’autre que ses propres avoirs déposés dans les banques occidentales et mués en dette.

Ce qu’il faut retenir de tous ces faits c’est que les maîtres du monde ne sont que des menteurs qui ont construit leur puissance, leur domination sur le mensonge, la falsification de l’Histoire. Depuis toujours on nous a menti, menti sur tout. On nous a menti sur notre histoire, sur notre culture, sur notre civilisation, sur nos indépendances, sur la démocratie. On nous a dit que les nations sont égales et que les hommes ont les mêmes droits. Mais on observe à partir des contradictions entre les discours officiels et les actes que tous les hommes n’ont pas les mêmes droits et que du commun lot il y en a qui ont droit au bien-être pendant que les autres sont comdamnés à la souffrance, à la misère comme des damnés de la terre. On nous a dit que nous étions indépendants. Mais on observe à partir de la conduite de la politique mondiale que les indépendances ne sont qu’un leurre, une coquille vide. On nous a dit que la démocratie était la seule alternative pour le développement de l’Afrique. Mais telle qu’appliquée sous nos tropiques par ceux-là mêmes qui se prévalent de son invention, on est bien obligé de faire le constat qu’elle sème à l’évidence désolation, misère et tragédie en Afrique. Toutes ces abérations et ces manquements graves posent la problématique des souverainetés nationales face aux impérialismes émergents.

La question qu'il faut se poser c'est comment les pays africains peuvent affirmer leur souverainetés à une époque ou on voit les gouvernements et des états renoncer à leurs souverainetés, ou plus que jamais se vérifie la théorie "des souverainetés limitées" de l'ancien président Soviétique Brejnev?

La tentation au désespoir est grande devant l’impasse de la situation, mais il ne faut surtout pas se laisser prendre au jeu de la capitulation parce que le but visé c’est la peur qui est une maladie, une maladie qui est ce qu’il y a de plus dangereux au monde. Dieu bénisse la Côte d’Ivoire et l’Afrique

Ghotta Yves Otché
ghottayvesotche@yahoo.fr

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