17/10/2011 02:15:28
Côte d'Ivoire: Sanglots pour un pouvoir à l'agonie
A quoi reconnaît-on un pouvoir à l’agonie ? Certes à ses muscles, à ses vociférations, à ses atermoiements, à ses peurs, à son égo, mais aussi et surtout à l’attitude de son vis-à-vis immédiat qu’est le peuple. Ne nous y trompons pas. Les temps passent, même les temps d’incertitude, les temps sombres, les temps d’emprisonnement et de négation des libertés, de la justice et de la démocratie.
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A quoi reconnaît-on un pouvoir à l’agonie ? Certes à ses muscles, à ses vociférations, à ses atermoiements, à ses peurs, à son égo, mais aussi et surtout à l’attitude de son vis-à-vis immédiat qu’est le peuple. Ne nous y trompons pas. Les temps passent, même les temps d’incertitude, les temps sombres, les temps d’emprisonnement et de négation des libertés, de la justice et de la démocratie.

On a déjà vu des hommes quitter le monde libre pour être jeté à la MACA, puis quitter la MACA pour aller au Palais présidentiel. C’est la théorie du vice versa que ceux qui ont les yeux pour voir ont vu à Abidjan. Seul le peuple demeure la boussole en tout temps.

Les muscles d'un pouvoir à l'agonie

Depuis 2002, on a vu tous leurs muscles, de gros muscles, entourés de gris-gris de toute sorte. Des gris-gris noirs en cuir, en argent, en fer, en tissus, en sang humain, on a tout vu. Des bras armés de kalachnikovs et des machettes qu’ils ne savent même pas fabriqués, prompts à ôter la vie d’innocentes personnes. Une nuit, alors que nous dormions sur nos deux oreilles, persuadés que le pire était derrière nous, surtout après qu’ils soient entrés dans le gouvernement d’union nationale, ils sont descendus dans le sud, semant désolation, haine, désordre partout et sans cause. Ils ont claironné partout qu’ils donnaient la mort pour réclamer justice, pour combattre l’ivoirité, au nom de Ouattara, pour le grand nord, etc. Le général Guéï est tombé sauvagement cette nuit là sans savoir ce qui lui arrivait.

Un ancien Chef d’État, abattu comme un chien, par des hommes sans foi ni loi, au détour d’un bosquet. Ils ont tué Maître Boga au bazooka, à l’arme lourde, éparpillant partout son corps déchiqueté. Ils ont aligné des gendarmes, leurs femmes et leurs enfants et les ont arrosés à la Kalatch. Ils ont divisé le pays en deux, ils ont instauré un régime de feu et de flamme de l’autre côté de la ligne de front, violant nos filles innocentes à Man et à Duékoué, pillant, volant les fruits de nos champs et de nos sous-sols. Ils cassaient nos banques à volonté dans l’indifférence complice, vendaient notre café, notre cacao et notre diamant au Burkina-Faso sans que cela ne gène outre mesure nos maîtres. Ils ont sorti leurs muscles à Lomé. Ils ont été adoubés à Linas-Marcoussis. Et ils ont rusé à Ouagadougou. Ils nous ont pris en otage, ils ont joué avec notre bonne foi. Aidés par la France et leurs marionnettes, ils règnent par les armes sur toute la Côte d’Ivoire depuis le 11 avril 2011. Ils pétaradent, ils font la pluie et le beau temps partout, dans nos champs, dans nos maisons, dans nos villes, dans nos rues, ils veulent même posséder et contrôler nos esprits et nos pensées. Quand ils arrivent dans nos maisons, ils s’installent sans autre forme de procès et nous mettent dehors. Ils sont à la fois policiers, gendarmes et juges. Ils ont la gâchette facile.

Quand ils arrêtent un automobiliste, c’est la panique à bord du véhicule. Si l’arrêt est brusque, un coup peut partir brusquement. Si l’arrêt tarde aussi, un coup peut partir. Et il n’y a rien, ils ne sont nullement inquiétés, ils sont irresponsables de leurs actes répréhensibles. Ils pourchassent et ils emprisonnent tout ce qui bouge, FPI, LMP, fonctionnaires, militaires, gendarmes, policiers, chauffeurs, femmes, enfants, etc. Tels sont les muscles d’un pouvoir à l’agonie.

Les peurs sont des signes qui ne trompent pas

La peur est un état affectif «qui accompagne la prise de conscience ou la représentation d’une menace ou d’un danger réel ou imaginaire». Elle résulte généralement de l’état d’une personne qui n’est pas assurée de ses faits et gestes et se traduit par des actes désordonnés, déraisonnés et nerveux. Il en est ainsi des nouvelles autorités ivoiriennes. Tous leurs faits et gestes transpirent la peur d’un pouvoir mal acquis comme s’ils craignaient le temps fatidique du jugement implacable du peuple. Mais ce jugement là arrive inexorablement.

Leurs peurs sont visibles à l’oeil nu. Il suffit de regarder toute cette chasse aux sorcières qu’ils organisent, cette justice inique de vainqueurs dont eux-mêmes ne se persuadent pas mais qu’ils exercent quand même pour se donner l’impression d’une assurance. Ils te convoquent un matin, et sans te signifier les griefs qu’ils ont contre toi, ils te déportent là où ils pensent que tu leur nuiras le moins. L’autre signe de leur peur, c’est l’omniprésence de leurs soldats partout dans les moindres coins et recoins du territoire national. Même nos villages et nos hameaux ont leur bataillon de FRCI et de Commandants de zone. Le matin, quand tu sors de ton village pour aller au champ, ils te contrôlent. Le soir, lorsque tu rentres des champs tout épuisé, ils te contrôlent encore.

Le 7 août 2011, ils n’ont pas vu les populations de Lopou venir. Ils ont autorisé un défilé au cours de la commémoration des fêtes nationales, et voilà que ces entêtés de Adjoukrou se mettent à mimer la scène de l’arrestation du Président Laurent Gbagbo. Ce fut une frayeur indescriptible, la goute qui mit leur angoisse en émoi. Dès le lendemain, ils destituèrent le Sous-préfet. Elle n’avait qu’à savoir qu’il ne faut jamais courir le risque de laisser la liberté d’initiative à un Adjoukrou. Lâche-lui la bride et il te fait un enfant dans le dos.

Ils ont été également surpris à Koumassi par Yao Yao jules et ses amis. Alors ils se sont jurés qu’il ne les y reprendrait plus. Alors tout simplement, ils ont saccagé son deuxième meeting, ils ont fait taire sa sono qui diffusait un discours qu’ils ne voulaient plus entendre. Ils les ont molestés proprement et il ne s’est rien passé. Même le porte parole du gouvernement a salué leur prouesse et donné le tempo : tous les meetings qui ne loueront pas ADO seront traités de la même façon. Mais on fera mieux, on appellera la CPI à la rescousse pour éloigner l’Intrépide, celui qui empêche « la solution » de dormir. Il suffit de compter sur le français Sarkozy. N’est-ce pas qu’il nous débarrassa une première fois de ce Garçon?

Ce n’est pas tout. Ils sont trop nombreux au Ghana et ils y crient très fort et à  tue tête. Ils font peur, ils sont une menace. Ça ne se passera pas comme ça. On enverra des émissaires au Président John Atta Mills pour le persuader de les faire taire une fois pour toute, de les arrêter et de les extrader à Abidjan afin qu’on les déporte ici et là. On lui enverra plusieurs ambassades, y compris le frère Maçon de service. Et comme ce voisin ne veut rien entendre, on se rendra nous-mêmes chez lui pour le ramener à l’ordre, pour le mettre au pas, et si jamais il refusait, on lui enverrait la communauté internationale, l’ONU et Sarkozy. Telle est la peur, un état affectif qui met dans tous les états.

La volonté du peuple, la boussole du temps

Le peuple est le dépositaire et le destinataire ultime de tout pouvoir de tout temps et en tout temps. Un jour, il confie ce pouvoir à un homme ou à une femme pour un temps. Un autre jour, il le confie à un autre homme ou à une autre femme pour un autre temps. Et il confie ce pouvoir à cet homme ou à cette femme pour qu’il ou pour qu’elle le serve, jamais pour qu’il soit asservi. Il arrive qu’un homme ou une femme usurpe le pouvoir contre la volonté du peuple, le prenne de force, sans autre forme de procès, et l’exerce de façon égoïste, à son seul profit. On voit cela hélas souvent. L’histoire a connu des usurpateurs de pouvoir célèbres. Absalon fit un coup d’État contre son père, le roi David. Mais Dieu régla son compte. Plus près de nous, la liste des coups d’État perpétrés par des hommes illuminés que le peuple a condamnés à l’oubli s’allonge. Ils ont usé d’une brutalité sans nom pour s’assoir dans le fauteuil présidentiel.

Mais le sang du peuple qu’ils ont fait couler leur est tomber dessus. Et un jour où ils s’y attendaient le moins, ils sont tombés comme des mangues mûres. C’est que le jugement du peuple est implacable. Tôt ou tard, il finit par rattraper son homme.

C’est fou comme les usurpateurs de pouvoir se ressemblent partout et à travers les temps. Ils se croient plus malins. Ils n’ont pas de foi et n’observent aucune loi. Ce qu’ils veulent avant tout, c’est que leur gloire soit manifestée. Ce sont des prédateurs. Tranquillement, sournoisement, ils prennent racine, ils distribuent des discours mielleux, ils sont prêts à vendre mère et père pour atteindre leurs objectifs. Le sang versé ne les effraie pas. Au contraire, ils sont persuadés que le torrent de sang qu’ils versent affermit leur pouvoir. Ils sont menteurs, peu courageux pour assumer leurs actes, ils utilisent toujours les services d’un faire valoir dans leurs basses manoeuvres. Ils aiment se regarder dans leur propre miroir, s’enorgueillir de leur égo démesuré. Ils sont le centre du monde et toute contrariété leur donne des envies de meurtre.

Hélas il leur arrive d’arriver au pouvoir après un bain de sang incommensurable. Mais leur temps est compté. Tôt ou tard, ils finissent dans les caniveaux de l’histoire, lorsque passe le jugement implacable du peuple. Car comme Dieu, le peuple est jaloux du pouvoir dont lui seul est l’ultime dépositaire et destinataire. Seuls ceux qui sont patients voient se réaliser la prophétie des temps, la volonté du peuple, la boussole du temps.

Roger Gballou
rgballou@yahoo.fr

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