17/10/2011 16:29:37
Cameroun: Les honneurs perdus de Pauline Biyong
Pauline Biyong a été la caricature de cette manière d’être jusqu’à l’extrême. En croyant trop gagner, elle a sans doute perdu tout ce qui lui permettait d’exister dans la société civile camerounaise : son honneur et sa crédibilité. Ainsi finissent tous ceux qui ne s’imposent jamais aucune limite.
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A force de dire une chose et de pratiquer son contraire, lorsqu’on lui en a donné l’occasion, Pauline Biyong s’est brûlée, étalant une fois de plus l’absence de convictions chez beaucoup d’élites camerounaises. A peine nommée et déjà virée. Le limogeage de Pauline Biyong du Conseil Electoral d’Elecam, le 07 octobre, a retenti comme un coup de tonnerre malgré la faute commise par la directrice de publication du journal La Cité et depuis peu membre du Conseil électoral d’Elecam.

Comme d’ordinaire, nombre de personnes pensaient que la dénonciation de sa campagne d’affichage en faveur de Paul Biya, par le quotidien Mutations, resterait impunie. Elle même en faisait peu de cas. Avant son limogeage, lorsque nous formons le dessein de rédiger un article sur cette affaire, elle nous répond au téléphone « Même si c’est pour n’importe quel article laissez-moi. Je m’en fous, je suis à Douala (le candidat Paul Biya s’y trouve aussi pour son deuxième meeting Ndlr). Après Douala, je pars pour Kribi », affirmait-elle.

Comme nombre de Camerounais, elle en était à croire que quoi que vous fassiez, l’impunité aidant, rien ne peut vous arriver. Un sentiment d’autant plus fort chez elle qu’elle est connue comme l’une des protégées du directeur du cabinet civil de la présidence de la République, Martin Belinga Eboutou. Pour sûr, elle se trompait lourdement avec les autres, oubliant que la tension perceptible avant l’élection présidentielle, les critiques récurrentes contre le quasi échec d’Elecam ne permettraient pas au président de la République de laisser passer une telle dérive, question de bien indiquer que l’organe électoral est une institution crédible.

Aussitôt nommée, Pauline Biyong avait montré un visage détestable qu’on lui connaissait peu. Selon une tradition bien camerounaise, elle donna une réception grandiose le jour de son installation, indiquant qu’il y avait là pour elle l’occasion de s’incruster dans la mangeoire. Son côté de plus en plus ubuesque allait s’illustrer davantage lorsqu’elle décida d’installer une plaque devant son domicile qui indiquait sa qualité de « MEMBRE DU CONSEIL ELECTORAL DE ELECTIONS CAMEROON », comme si sa promotion était une fin en soi.

D’autres témoignages font état de sa distance de plus en plus affichée vis-à-vis de nombre de personnes qui l’avaient côtoyée auparavant. Ainsi, dorénavant, à la Pauline Biyong qui vous appelait immédiatement par votre nom quand vous lui passiez un coup de fil s’est substituée la Pauline Biyong qui vous demande « c’est qui ? ». C’est donc que depuis sa nomination au Conseil électoral d’Elecam elle avait changé de portable et de répertoire téléphonique. L’adage ne dit–il pas que la vie sépare les gens doucement sans faire de bruits. Sauf que Pauline Biyong en a un peu trop fait, au point qu’elle ne s’est finalement pas séparé de ce milieu, son milieu, qu’elle commençait pourtant à abhorrer.

Au vrai, Pauline Biyong est l’exemple parfait de ces Camerounais qui n’ont cessé depuis 1990 de dire une chose tout en visant le contraire. A leur actif, il est une victoire dont nombre de personnes ont du mal à se relever aujourd’hui : le désintérêt pour la chose politique. Ces personnes, à force de ne songer qu’à leurs petits intérêts et démontrant à l’excès leur manque de conviction, ont transformé l’espace politique en un vaste marché où tout se vend, surtout les espoirs des Camerounais.

Pauline Biyong a été la caricature de cette manière d’être jusqu’à l’extrême. En croyant trop gagner, elle a sans doute perdu tout ce qui lui permettait d’exister dans la société civile camerounaise : son honneur et sa crédibilité. Ainsi finissent tous ceux qui ne s’imposent jamais aucune limite.

Guy Zogo

 

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