17/10/2011 19:16:20
Côte d'Ivoire: Le visage hideux d'une dictature
Les signaux sont très alarmants. Et la Côte d'Ivoire est visiblement en train d'entrer de plain-pied dans le cercle des Etats où règne la dictature. La énième répression dont ont été victimes des partisans Gbagbo, samedi dernier à Yopougon, a fini par convaincre plus d'un.  
Le Nouveau courrier
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

La jeunesse du Front populaire ivoirien (Jfpi) avait appelé tous ses militants et tous les Ivoiriens épris de liberté et de justice à un grand rassemblement à la place CP1 de Yopougon, qui devait se tenir samedi dernier. Une insulte pour le parti-Etat, le Rdr, qui voyait en ce meeting un crime de lèse-majesté. Les déclarations faites aussi bien par les responsables que les militants de ce parti étaient transparentes : quelque chose se préparait contre les démocrates ivoiriens. Ce qui sera presque confirmé par la «déclaration de guerre» d'Hamed Bakayoko, ministre de l'Intérieur d'Alassane Ouattara.

Sentant visiblement un remake du 18 février 1992 beaucoup plus tragique, les responsables du Fpi ont la sagesse de reporter sine die ce grand rassemblement, le matin même du samedi, au cours d'une conférence de presse au Cnrd. Entretemps, le pouvoir avait actionné sa machine à réprimer pour le sale boulot sur le terrain.

Tout commence dans la nuit de vendredi à samedi dernier. Une horde d'individus armés de barres de fer, bois et même d'armes à feu se déportent vers minuit dans les environs de la mythique Place CP1 à la Sicogi Bloc célibataire. Le «Commando de la terreur», composé d'éléments Frci et de partisans de Ouattara, croyant avoir affaire à des partisans de Laurent Gbagbo venus veiller sur place, s'en prend à toutes les personnes se trouvant dans les maquis et buvettes bordant la place du meeting, sans sommation». Les chaises volent, tables, verres et bouteilles sont cassés. Mais très vite, le commando se disperse après son forfait. La police arrive sur les lieux, selon des témoignages, vers 1 heure du matin pour calmer les esprits.

Des éléments Frci «enragés»

Dès 6 heures du matin, le samedi, plusieurs quartiers de Yopougon étaient «bouclés» par les Frci. Avec des check-points par endroits. Ils avaient pour mission d'empêcher de rallier la place CP1. Des patrouilles incessantes dans les ruelles de la commune. Un groupe de jeunes a été interpellé au quartier Maroc par des éléments Frci, parce que soupçonnés de se rendre à la place du meeting de la Jfpi. Ces éléments Frci visiblement excités ne cachaient pas leur joie de «faire la peau» aux «supporters» de Gbagbo. «Ils ont les foutaises. On va leur montrer qui a pays-là maintenant », lançait un des nombreux éléments Frci qui ont envahi vers 10 heures les alentours de la Place CP1. Au moment où plusieurs membres de la direction du Fpi co-animaient une conférence de presse au siège du Cnrd pour informer du report, pour des questions sécuritaires, du meeting, la place CP1 et ses environs avaient des allures de champ de bataille. Plusieurs militants Rdr et éléments Frci à bord de véhicules 4x4 ont fait irruption sur les lieux. Saccageant le podium et les bâches qui étaient en train d'être dressés sur l'espace. «Vous-là, c'est votre mort que vous cherchez non ? », lance un des chefs de l'expédition à l'endroit des jeunes présents sur la pace. C'est le début d'une répression barbare. A l'aide crosses de kalachnikov, ils distribuent des coups sur les visages, dans les côtes, les parties intimes... ça court de partout dans le but d'éviter d'être victimes des envoyés du pouvoir. Passants, riverains ou manifestants, tout le  monde subit le courroux des maîtres du moment.

Une dame se rendant chez elle, est prise en tenaille par deux éléments des Frci. L'un se sert de la crosse de sa kalache et lui assène des coups aux visages, elle tombe et perd connaissance. C'est l'arrivée d'un cargo de la gendarmerie nationale, corps d'élite, qui va calmer les «chiens de guerre», encore assoiffés de sang et de dépouilles. Un gendarme arrive à la rescousse de la victime. L'un des agresseurs prend la fuite, l'autre est maîtrisé, désarmé et arrêté. La victime est évacuée dans une clinique non loin de là. Nous sommes aux alentours de 14 heures.

La barbarie s'étend dans les foyers des riverains

Les militants, sympathisants du Fpi/Cnrd et les Ivoiriens qui nont pas été informés du report de dernière minute du meeting, affluaient vers le lieu de la manifestation, malgré la forte mobilisation des Frci. Pour rejoindre ceux qui depuis quelques heures, étaient pris à partie par les éléments des Frci. Rassemblés désormais à l'opposé de la place CP1, quelques 300 manifestants réclamaient la confirmation du meeting de la bouche des responsables du Fpi. Un renfort important de trois cargos des Frci arrivent sur les lieux par diverses voies pour prendre en sandwich les jeunes. Ils tirent en l'air sans succès, pour disperser le regroupement spontané. A l'aide des crosses des fusils, ils prennent en chasse les jeunes. Course-poursuite dans les rues du quartier. Puis, les éléments des Frci pénètrent dans les résidences des riverains, tabassent tous ceux qui sont jeunes et supposés venus assister au meeting.

Et pendant ce temps, meeting grandeur-nature du Rhdp à Ficgayo

Selon des témoins, plusieurs blessés ont été enregistrés, dont deux blessés par balles qui ont été évacués d'urgence. Il a fallu l'intervention d'une délégation du Fpi conduite par Eugène Djué pour faire baisser la tension, en expliquant les raisons profondes qui ont justifié le report du meeting. Alors que les partisans de Laurent Gbagbo étaient la cible de violences perpétrées par des éléments Frci et des badauds pro-Ouattara, à quelques 800 mètres de là, à la place Ficgayo de Yopougon, se tenait un gigameeting du Rhdp. Dont le parrain n'était autre que le ministre de l'Intérieur qui a affirmé ne pas disposer de forces de police pour encadrer un meeting de l'opposition. Pas moins de 22 bâches étaient dressées sur l'esplanade de Ficgayo où avaient été convoyés des centaines de partisans de Ouattara, tous vêtus à l'effigie de leur champion. Et un important dispositif sécuritaire, constitué de deux détachements des Frci, un  détachement de la gendarmerie et un autre détachement de la police. Ajoutée à tout cela, la milice Dozo bien présente au rassemblement des pro-Ouattara. Plus que jamais, on est dans la Côte d'Ivoire des «vainqueurs», dont les prémisses dictatoriales et l'environnement de terreur sautent désormais aux visages de tous les observateurs honnêtes.

Gérard Koné

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE