19/10/2011 03:40:22
Douala: Le choléra est de retour et fait des ravages
Après le ramdam fait tout autour de cette maladie il y a plusieurs mois, on l’a bien cru définitivement  boutée…ce n’était qu’un mirage. Car à Douala, il y a une résurgence du phénomène. Dans les hôpitaux, on se prépare avec les moyens du bord. Enquête.
Le Messager
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Après le ramdam fait tout autour de cette maladie il y a plusieurs mois, on l’a bien cru définitivement  boutée…ce n’était qu’un mirage. Car à Douala, il y a une résurgence du phénomène. Dans les hôpitaux, on se prépare avec les moyens du bord. Enquête.
 
Hier lundi au Centre médical d’arrondissement de Bonamoussadi du district de santé de la Cité des Palmiers à Douala, le personnel est sur le pied de guerre. Objectif affiché, parvenir à juguler définitivement cette maladie qui a visiblement la peau dure. Dans ce centre médical, on a opté pour une solution pour le moins originale voire pratique. Aussi, dès l’arrivée du visiteur, celui-ci est frappé par la présence des lits d’un autre genre. Une huitaine environ jonche le hall. Pour Charles Yanga, surveillant général dans cet établissement hospitalier, « ces lits sont fabriqués de manière à faciliter la tâche à nos patients. Dès leur internement, ils sont installés sur ces lits et ne sont plus tenus à se déplacer. Un trou étant prévu pour l’évacuation des besoins naturels». Et d’ajouter, « l’équipe tout entière est préparée à apporter une prise en charge efficiente aux patients qui choisissent de venir à Bonamoussadi ».

Malheureusement, les malades que le reporter du Messager a pu rencontrer dans ce centre médical sont couchés sur des matelas posés à même le sol pendant que ces lits de fortune sont dans le hall.
En dehors de ces lits, des mesures préventives sont prises. « Aussitôt son entrée dans le centre, selon qu’il est atteint de choléra de type A, B et C (le stade le plus avancé), il est immédiatement conduit dans l’une des deux salles réquisitionnées et réservées uniquement aux cholériques pour une prise en charge gratuite». Ce n’est pas tout, dans ces salles, le personnel soignant, les visiteurs et/ou garde-malades sont astreints au strict respect d’une nomenclature de règles d’hygiène : éviter tout contact avec les malades, le cas échéant, des bonbonnes d’eau au chlore installées à l’extérieur servent à se laver les mains. Deux serpillères  continuellement trempées à l’eau de chlore, sont disposées au seuil des portes de ces salles « spéciales » d’hospitalisation où tous ceux qui y rentrent et en ressortent nettoient leurs chaussures.  A côté de ces mesures, le surveillant général du centre médical de Bonamoussadi affirme qu’une batterie de  dispositions sont administrées dans les quartiers où l’entourage est sensibilisé par une équipe mobile affrétée par le district. Très souvent, même le véhicule qui a transporté le malade subi une cure de désinfection.
 
Amalgame

Actuellement, huit (8) malades sont hospitalisés, mais depuis le début du mois, vingt-et-un (21) cas ont été enregistrés. Et à en croire Charles Yanga, jusqu’ici, il n’y a pas eu de décès. Mais pour éviter la propagation de cette endémique, le praticien est formel : « Les uns et les autres doivent observer les règles élémentaires d’hygiène ». A savoir, consommer de l’eau potable ; laver les mains au savon avant et après les repas et au sortir des toilettes ; laver tous les aliments destinés à la consommation. Le tout dans une habitation propre.
 Aussi, sous un tout autre angle, il ne faut pas confondre le choléra à une gastro-entérite parce que, avise-t-il, « toute maladie diarrhéique n’est pas forcément le choléra ». Devant cette résurgence du choléra, tout amalgame est à éviter. D’où la nécessité de consulter à chaque alerte.
 
Focal. Le laxisme complice des pouvoirs publics

Alors qu’on parle de plus en plus des cas de choléra, non seulement à Douala mais aussi à Kribi et ailleurs dans l’arrière pays, force est de constater que les pouvoirs publics font montre d’un laxisme troublant. Si cette initiative de prévoir des lits spécifiques aux cholériques est louable, il convient de souligner qu’il est plus efficace de prévenir la maladie en amont que d’entreprendre des mesures curatives. La prévention passe par des mesures fortes et courageuses de l'Etat. Par exemple, cela est un secret de polichinelle, la nappe phréatique de la ville de Douala est polluée à plus de 80%, or dans les zones précaires où il y a une concentration démographique importante, il n’y a pas d’adduction d’eau, à la place des forages pollués.

Conséquence, pas d’eau potable à boire. Bien plus, lorsqu’on évoque une habitation saine et propre, a-t-on pensé un tant soit peu aux bas-fond et aux bidonvilles de nos villes ? Que fait l’Etat face à l’urbanisation des marécages et autres zones classées dangereuses,  à l’instar de Mabanda, Bessenguè-vallée, Bilongué à Douala et Etam-Bafia, Fanta-citron à Yaoundé ?  Au nez et à la barbe des autorités, tous ces quartiers sont envahis et les retombées, on les connaît. La recrudescence des maladies comme le choléra communément appelé « maladie de la saleté » dans les pays en guerre ou en crise politique, est compréhensible.  Mais les ravages du choléra paraissent plutôt incongrus pour un pays comme le Cameroun réputé havre de paix. Le contraste est pour le moins saisissant.

Jacques Willy NTOUAL

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