20/10/2011 01:51:14
Contentieux électoral: Le pouvoir exulte, l'opposition gronde, et la rue attend
Pouvait-on contenir la boulimie du candidat Biya ? Fallait-il le laisser jouer solo sur une élection majeure qui engage le destin des camerounais sur sept ans et plus ?
Le Messager
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Pouvait-on contenir la boulimie du candidat Biya ? Fallait-il le laisser jouer solo sur une élection majeure qui engage le destin des camerounais sur sept ans et plus ?

Quoique l’on s’entende sur le fait que Biya aujourd’hui, c’est le mal camerounais, les avis sont partagés sur la suite de l’élection présidentielle du 09 octobre dernier. Mais quel que soit le cas de figure, boycott ou non, le peuple s’est massivement exprimé en faisant valoir son refus de cautionner une mascarade. Les Camerounais, dans leur immense majorité, ne sont pas allés aux urnes, contrairement à l’opposition qui s’est engouffré benoîtement dans un processus notoirement vicié à l’avance, en sachant qu’elle allait au casse-pipe, mais y est allé quand même.

D’où l’incompréhension des populations qui ne saisissent pas qu’on veuille les entraîner dans une aventure sans lendemain, faite de protestations et de dénonciations, pour exiger l’annulation totale de l’élection présidentielle du 9 octobre dernier. Quelle est la trame des revendications de l’aile dure de l’opposition ? Les challengers de Paul Biya s’indignent d’un faisceau d’irrégularités notées pendant le scrutin querellé, pour ratisser large en parlant entre autres d’Elecam incapable d’organiser une bonne élection, de la toute puissance disproportionnée  de la machine Biya, utilisant les moyens d’Etat pour atteindre ses buts, empêchant ses adversaires de se déployer honorablement sur le terrain etc.

Pour l’opposition, « Election’s Cameroon a failli complètement à sa mission d’organiser une élection présidentielle libre, juste et transparente le 9 octobre 2011, et par conséquent, rejetons tout résultat que pourra déclarer le Conseil constitutionnel, car nous sommes intimement convaincus qu’il n y a pas eu élection présidentielle au Cameroun le 9 octobre 2011»

Ce sont là des lieux communs connus de tous. On savait dès le départ que le régime ne ferait pas de cadeau à ses adversaires politiques. On savait que Biya contrôlerait le processus de bout en bout, distribuant les bons et les mauvais points à l’issue du scrutin. On a dénoncé du bout des lèvres ces manquements graves à la démocratie, sans trop insister et sans parler d’une voie commune pour amener le président à revoir ses ambitions à la baisse.

A ce propos, le Manidem disait déjà avant le scrutin, que « des élections crédibles ne pouvaient avoir lieu au Kamerun sans une concertation nationale préalable ayant pour but la mise en place de nouvelles institutions consensuelles et véritablement démocratiques ».

Aujourd’hui en accord avec les partis et associations signataires de la « Déclaration du Peuple Camerounais Souverain » et avec les partis signataires de la « Déclaration de Yaoundé », le Manidem évoque « l’annulation pure et simple du scrutin du 09 octobre 2011, et la mise en place d’un cadre de concertation pendant une période consensuelle de transition ».

Simple vue de l’esprit ou menace réelle ? Le pouvoir est ainsi accusé d’être « totalement inconscient des risques qu’il fait courir au pays. Son attitude faite d’arrogance, de passage en force, de mépris des populations, crée des frustrations génératrices de révoltes. En refusant d’accorder la moindre attention aux propositions légitimes de l’opposition et de la société civile, le pouvoir Rdpc allume le feu qui pourrait consumer  le pays »

Mais au-delà de ce que l’on savait de l’attitude sure et dominatrice du régime, voici des arguments irréfutables, des faits précis que même les observateurs ont eu à dénoncer : «plus de 70% de cartes d’électeurs non distribuées, les doublons constatées sur les listes électorales, l’installation des bureaux de vote dans les chefferies, en violation du code de bonne conduite, l’ouverture tardive des bureaux de vote, la mauvaise organisation matérielle du scrutin, l’établissement des cartes électorales en dehors des commissions légalement chargées de le faire, l’usage abusif et vexatoire des moyens de l’Etat par le candidat Biya pendant la campagne…»

Irrécusables, ces dénonciations reconnues même par les observateurs, mettent en mal la moralité politique, la moralité publique tout court. Les fraudes, les intimidations de toutes sortes, l’absence de matériel électoral le jour du vote etc. sont de nature à décrédibiliser gravement le scrutin, argumentent les leaders de l’opposition, non sans raison. Un gouvernement sérieux, soucieux de la démocratie et de l’opinion publique aurait dû s’assurer des fraudeurs indexés qui se baladaient avec plusieurs cartes de vote. La remise en cause de la sincérité du suffrage  devrait, selon l’opposition, conduire à «la révision de la loi électorale et la mise sur pied dans un délai de six mois d’un nouveau système électoral qui sera véritablement indépendant et accepté par tous et qui devra conduire la nouvelle élection présidentielle».

Il n’est jamais trop tard pour bien faire.  «Ce n’est pas parce qu’une femme a accouché de trois morts-nés qu’elle va refuser de concevoir parce qu’elle ne sait pas quand Dieu va lui donner l’enfant », dixit Albert Dzongang. Faut-il donc se contenter d’être mal élu et de trôner à Etoudi sans aucune légitimité ? Faut-il donc se contenter de ressasser les bavures et les déboires bien réels de l’opposition au lieu de faire droit à une élection juste et transparente ?

C’est de probité qu’il est question dans un pays ou la moralité publique a foutu le camp, depuis les élections controversées de 1992. Ce jour-là, le peuple avait décidé de chasser Biya sur ses installations par un vote massif en faveur de  l’Union pour le changement.  20 ans presque jour pour jour, le même peuple est revenu sur le dossier, mais par l’autre bout de la lorgnette, par une abstention massive contre le père du renouveau…Mais l’homme persiste et signe.

Edouard Kinguè

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