21/10/2011 01:45:01
De cette érection pestilentielle à l'autre
Alors dis moi, ô Cameroun, Ô terre dis-moi mes précipices insondables. Blessures ou folies d’artistes ? Ô terre ! Dis-moi qu’après le rituel des soleils liturgiques où la margelle du pacte s’est rompue de soupirs accablés, Ô terre dis-moi mes précipices abyssaux.
Le Messager
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Avant de partir, viens prendre part au festin. Avant de t’en aller sur les chemins escarpés du repos, viens danser avec nous. Nous avons tout pour être heureux : un sol riche, un sous sol fabuleux, un ciel clément qui couve ses enfants de toutes les bénédictions ajournées.

Avant de danser le dernier tango, viens toucher du doigt ce pays mien où la rose pleure ses pétales, à l’ombre des palmiers géants. Viens t’allonger au bord de ce ruisseau où Narcisse admirait sa beauté sur l’onde clair au point de s’y noyer. Avant de t’en aller vers l’inconnu, chausse tes bottes  d’éboueurs, pour assainir la rue publique où des candidats déclarés non élus sont écartés des agapes nationales.

Je sais, sur le fond de vase, enfant de la misère et de la colère qui rêve sans trêve à côté de l’ère nue, enfant de la galère qui me fait peur dans cette ruelle du mal-être où règnent en maître des regards hagards, je voudrais te parler du pays mien qui marche à côté de ses pompes,  pour se regarder pédaler à vide.

Avant de partir, avant de danser le dernier tango, viens toucher du doigt le triangle national où la rose pleure ses pétales, dans la forêt où sanglote l’herbe. Et naissent odes et débordent sentences sacramentaires à l’entrejambe de la rue publique. A la mer se jettent des avalanches d’enfance sur le lit placide d’un caniveau.

Je sais il y a des mots sur toutes les lèvres pour les cœurs en supplice. Des mots pour toutes les odes, des mannes sur les toits  et des bribes de soleil au fond de la vallée du Ntem. Mais ici erre l’humus somnambule, le terroir funambule et la plèbe qui patauge, tandis qu’une mère pisse à côté de l’ère nue. Ferme les yeux et lâche la rampe.

Voici, la fange hurle son identité comme une coulée de vitriol  entre les deux rives du lac Nyos. Faites un pont, une parcelle d’espoir. Faites de moi un drain allogène, une mixture d’autochtone aussi. Je veux me renier futile pour extirper la peur de l’autre

Avant de partir, avant de danser le dernier tango, viens toucher du doigt cette rivière des crevettes, où la rose pleure ses pétales à l’ombre d’une guitare atone. Avant de t’en aller sur les chemins escarpés de l’abstention, viens danser avec nous. Nous avons tout pour être heureux, un sol riche, un sous sol fabuleux, un ciel clément qui couve ses enfants de doutes.

Au périmètre de l’axe lourd du sang des affiches dans leur décompte macabre, J’ai posé ma besace non loin d’une gouttière. Des succubes passent en trombe,  trombes d’agonie sur le bas-côté de la rue. Et je contemple le bris des convictions dans l’indifférence des mots tus. Nous vous regardons passer, passagers ankylosés du dialogue de sourds sur la rue publique. Bagnards errant au fond des bas-fonds, buvant au goulot des caniveaux
M’sieurs, dames, à vot’ bon cœur ! Un moignon d’humain cherche le chaînon manquant. Un disciple indécis sur les docs s’est ouvert les veines. Un fœtus agite la main pour quêter le salut. Son corps vibre au rythme de vos fétiches ; dans les cafés s’essoufflent des verres à moitié ivres autour des complaintes de buveurs en cage. Entre les galets coule un ruisseau ritualisant les pas d’hommes. Ô vous mutants exilés, guerriers du temps qui lasse, de quelle arche êtes-vous descendus avant le déluge ?

Viens toucher du doigt le mont Fako, où la rose pleure ses pétales à l’ombre des palmiers géants. Avant de t’en aller sur les chemins escarpés de l’abstinence, viens clamser avec nous.

Car je voudrais conférer aux maux la grossièreté des piroguiers. Ecrire sur le mur de la conscience les angoisses du jour. Dire le drame de ces êtres échoués à hauteur de l’errance, quand déjà parti le train siffle le tempo de l’infortune. Au coin d’une rue fulminent des êtres perclus de cicatrices et de rêves mutilés. Rêves immatures parlant de la racaille, prenant le ciel à rebours, avec la violence des mots insoumis que blessent les cailloux du chemin

En entailles bruyantes je voudrais rythmer la pétarade des motos de campagne électorale. Hurler ma solitude en fond indolore. Je rêve de traverser la rue pour te retrouver ô Cameroun, t’appeler par-dessus les murs de bétons armés qui ont fermé les pistes de notre enfance.

Car il faut voir la vie au-delà du mouroir. Effacer les déboires et la fiente sur les fentes urbaines où s’escriment les êtres et les choses. Du bout de ma fièvre je voudrais faire foule autour des nids de poule ici où fomente la mutinerie, campant l’errance comme prétexte à la vie.

Autour des élections tronquées le ciel libère l’espace de la parole. Derrière le tintamarre électoral la préfectorale danse la danse des urnes closes. Au son des voix confisquées, des candidats déclarés non élus, des élus délurés, des votants non partants au tiercé du pouvoir.

Et je dis : empreintes débiles, édiles faisandés, artistes de l’autoportrait, devant vous ma folie  incurable, folie ombrageuse, folie inscrite sur mes sépultures, signes vains de ce qui sera folie demain. Je suis cette folie de cumulus, une tige folle où naissent les branchages,  au concert des sirènes entre la rue et le palais sous un buisson ardent.

Entre épines et ronces, en aval des lambris dorés, il y a ces corps mordorés de chats-huants, la peau couverte de desquamations et de crachats de disette ; Il y a des fumeurs de njap, des rouleurs de mécaniques, et des jeûneurs sans pains de pains sans levain.

Au cachot du scrutin, il y a aussi le joug de la loi dans la moiteur de la jungle politique. Mais il y a aussi la lumière qui filtre de nos prisons. Il y a le limon des forces subtiles. Il y a les aiguilles de l’horloge, dans le mouvement mesuré des heures ensemencées. Il y aura entre ordures et cendres, les gravats du passé qui joncheront la rue publique.

Alors dis moi, ô Cameroun, Ô terre dis-moi mes précipices insondables. Blessures ou folies d’artistes ? Ô terre ! Dis-moi qu’après le rituel des soleils liturgiques où la margelle du pacte s’est rompue de soupirs accablés, Ô terre dis-moi mes précipices abyssaux.

Alors, de cette érection pestilentielle à l’autre quinquennat du bout de l’homme, naîtront odes et sentences à l’entrejambe de la rue publique...

Bon vendredi et à vendredi

Edking

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