21/10/2011 01:49:39
Quel leurre ?
Ceux qui disent, comme moi d’ailleurs, que la présidentielle du 9 octobre était un cirque, ont vu juste. N’avons-nous pas vu des saltimbanques envahir la scène pour amuser la galerie ? On ne va pas à une élection comme dans une partie de plaisir. On ne le dira jamais assez tant que le processus reste le même. Une élection est un combat qui nécessite d’importants moyens humains, financiers et matériels. Avec à la clé des stratèges aguerris, matois.
Le Messager
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Nous voici au lendemain d’une élection présidentielle qui nous rappelle la première du genre, en 1992. Avec « la victoire volée » qui a valu l’état d’urgence à Ntarikon, par Bamenda. Cette fois-ci, une dizaine des 22 autres challengers de Paul Biya, le président sortant, exige l’annulation pure et simple de la présidentielle du 09 octobre dernier. Pour étayer leur argumentaire, les signataires de ce qu’ils ont baptisé, « la Déclaration de Yaoundé » du 15 octobre, ont rappelé le catalogue des irrégularités qui ont émaillé le scrutin du 9 octobre. Aussi déclarent-ils qu’Elecam a complètement failli « à sa mission d’organiser une élection libre, juste et transparente… et, par conséquent, rejetons tout résultat que pourra déclarer le Conseil constitutionnel car nous sommes intimement convaincus qu’il n’y a pas eu élection présidentielle au Cameroun le 09 octobre 2011 ».

Ces alliés de circonstance demandent au Conseil constitutionnel d’annuler cette élection, suivant en cela les différentes requêtes qu’ils ont déposées sur la table du C.C. et, « au regard de l’article 99 de la loi n°92/010 du 17 septembre 1992 ». Dans le cas contraire ils appellent le peuple à manifester massivement en faveur de son droit « à participer à des élections libres et transparentes ».

En dépit de tout le respect que je dois à ces compatriotes parmi lesquels je compte de bons et sincères amis, je me dois de leur rappeler que nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude. Que de fois certains d’entre eux ont pompeusement annoncé une candidature unique de l’opposition. Initiative qui capote tout le temps au tout dernier moment. La dernière date de 2004 lorsqu’un pacte a été scellé sur un enfant à l’esplanade du stade omnisport de Douala. Adamou Ndam Njoya ayant eu l’onction de ses autres pairs, le « grand leader » Ni John Fru Ndi  a laissé la barque aux « petits leaders ».

Les auteurs de la Déclaration de Yaoundé du 15 octobre auraient dû répondre à l’appel de Dzongang Albert lancé au lendemain de la convocation du corps électoral. Appel par lequel le président de la Dynamique invitait les autres leaders de l’opposition à s’asseoir pour se donner un porte-étendard car battre le candidat du Rdpc dans un scrutin à un tour relève de la fiction. Personnellement, j’en suis à me demander ce qu’il est allé faire dans ce panier à crabes sorti on ne sait de quel marigot.

Encore Ndam Njoya et Fru Ndi dans une même embarcation après la rupture de 2004, c’est surréaliste. Fru Ndi a-t-il oublié que « a good Muna is a dead Muna » ? Il y a combien de temps que Mme Kahbang Walla est sorti du Sdf suite à des divergences de stratégie politique ? Qu’ont fait la majorité des leaders de l’opposition pour amener les électeurs à s’inscrire sur les listes électorales ? Le code électoral camerounais a-t-il favorablement évolué en 2011 ? Qu’est-ce qu’ils ont la mémoire courte ! Que diantre sont-ils allés faire dans cette mascarade ? S’ils ne voulaient pas servir de porteurs d’eau à Paul Biya.

Ceux qui disent, comme moi d’ailleurs, que la présidentielle du 9 octobre était un cirque, ont vu juste. N’avons-nous pas vu des saltimbanques envahir la scène pour amuser la galerie ? On ne va pas à une élection comme dans une partie de plaisir. On ne le dira jamais assez tant que le processus reste le même. Une élection est un combat qui nécessite d’importants moyens humains, financiers et matériels. Avec à la clé des stratèges aguerris, matois. Seul le parti au pouvoir dispose d’un tel arsenal en ce moment, suivi du Sdf. Les bonnes volontés qui, le temps d’un scrutin, rejoignent tel ou tel candidat ne sauraient suffire pour déboulonner Paul Biya. Si oui, avec un challenger crédible qui fédère au moins les partis politiques représentés à l’Assemblée nationale.

On dit que le monde n’est plus qu’un village planétaire. Mais les exemples d’ailleurs ne semblent ni inspirer, ni instruire les Camerounais pourtant réputés très intelligents. En Afrique sub-saharienne il y a quand même, depuis le déclenchement du vent d’Est en 1990, les exemples béninois, malien, botswanais, cap verdien, zambien. Pour ne citer que ceux-là. On ne gagne pas une élection avec sa seule « virginité politique » ni avec des slogans incandescents ou incendiaires. On se donne le tempérament de l’abeille et de la fourmi au travail : l’opiniâtreté et la patience, la persuasion aussi. Michael Sata, élu président de la Zambie le 20 septembre dernier s’est battu depuis 2001.  Année au cours de laquelle il a fait 3,3 % derrière Mwanawasa 28,7 % ; en 2006, il est monté à 29,4 % contre le même challenger 43 % ; en 2008 il est passé à 38,1% derrière Rupiah Banda 40,1 %. En 2011, celui qu’on appelle Cobra dans son pays remporte la mise devant Banda 43 % contre 36,1 %. Un tel exemple de persévérance, voire d’organisation ne peut-il pas faire des émules au Cameroun ? C’est pourtant depuis 1991 soit 10 ans avant Sata que Fru Ndi se bat sans succès.

Au Bénin, battu aux premières élections de l’ère de l’ouverture en 1991 par Nicéphore Soglo, Mathieu Kérékou revient au pouvoir cinq ans plus tard en prenant une belle revanche sur Soglo. Il est vrai qu’au Cameroun, le Rdpc contrôle tout le pays, avec les moyens de l’Etat, il n’en demeure pas moins que le régionalisme, le clanisme, le clientélisme et le tribalisme d’Etat constituent des blocages contre l’alternance politique. Elecam aura beau revoir ses méthodes de travail, en faisant plus d’effort d’amélioration du processus électoral, on sortira difficilement de l’ornière. On se leurre. Surtout en pensant  que le peuple mordra à l’appât que proposent les auteurs de la Déclaration de Yaoundé du 15 octobre. Depuis la sortie de la tripartite en 1992 les Camerounais ont sombré dans une apathie bien compréhensible vis à vis de la classe politique qui, pour eux, n’est essentiellement constituée que de « traîtres et d’opportunistes ». On verra bien tout à l’heure après la proclamation des résultats par la Cour suprême, qui descendra dans la rue pour protester contre ce résultat. Les leaders de l’opposition sont appelés à s’organiser mieux. Et c’est possible !

Le 9 octobre 2011 est désormais derrière nous. Cap sur juillet 2012 avec les municipales et législatives. En attendant les sénatoriales et, surtout la présidentielle d’octobre 2018. Eh oui ! n’oublions pas que le temps passe très vite et que ce n’est pas le jour du marché que l’on engraisse le coq ou le mouton destiné à la vente.

Jacques Doo Bell

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