24/07/2009 16:09:31
1982 - 2009 : Biya, Mitterrand, Chirac et Sarkozy
Un aperçu des rapports entre le chef de l’Etat camerounais et ses différents homologues français.
Le Jour
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La bienveillance salvatrice : Plutôt bonne, la relation culmine avec le soutien décisif apporté au locataire d'Etoudi quand il en avait le plus besoin.

"Bienvenue ooo! Bienvenue ooo! Bienvenue ooo à Mitterrand au Cameroun..." La chanson est restée dans les esprits. Spécialement composée par un groupe de femmes de Yaoundé, cet air accompagne un pagne commémoratif. La visite de François Mitterrand au Cameroun en août 1983 est en effet restée mémorable. Une visite en grandes pompes pour laquelle le président français avait embarqué Yannick Noah, tout récent vainqueur du tournoi de tennis Roland Garros, symbole vivant et brillant des relations franco-camerounaises.

Président depuis un peu plus d’un an, Paul Biya est heureux de recevoir ce président de gauche dont il se sent, pour cette raison même, proche. L’avènement de François Mitterrand le 10 mai 1981 est porteur de bien d’espoirs chez les dissidents africains installés dans l’Hexagone en particulier. Ça ne dérange pas beaucoup Paul Biya qui, lui-même, dans le discours, incite les opposants à revenir au Cameroun. La rupture ? Peut-être bien. Surtout que la veille de l’arrivée de François Mitterrand, Paul Biya se débarrasse d’un bon nombre de barons fidèles à son prédécesseur Ahmadou Ahidjo. L’ancien chef de l’Etat s’est retiré dans sa ville natale de Garoua où François Mitterrand ira le rencontrer au cours de la visite. Mais pour le chef de l’Etat français, le choix est fait : c’est Biya. A qui il dit d’ailleurs : « Nous sommes à l’aise avec vous ».

Il ne devait pas en être autant avec le prédécesseur de Paul Biya. François Mitterrand est même soupçonné d’avoir poussé Ahmadou Ahidjo vers la porte. Rattrapée par la réalité, il referme la parenthèse Jean-Pierre Cot, éphémère ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures chargé de la Coopération et du Développement, dont le discours novateur menace un temps les intérêts de la France et la pérennité de la Françafrique. Lorsque en 1984, le président Biya échappe à une tentative de coup d’Etat, les socialistes français semblent voir derrière le putsch la main des gaullistes désireux de réinstaller Ahmadou Ahidjo au pouvoir. Le président Biya s’en sort. La même année, un ambassadeur, Yvon Omnès, s’installe à la résidence de France sur le plateau Atemengue. Il y reste près de dix ans et devient le symbole même de la relation bienveillante entre les deux pays et leurs présidents.

Paul Biya est présent à la Baule, le 20 juin 1990, lorsque « Tonton » prononce le fameux discours : «Je conclurai, Mesdames et Messieurs, en disant que la France liera son effort de contribution aux efforts qui seront accomplis pour aller vers plus de liberté. » Démocratie donc. Paul Biya s’y met et déclare, sur le perron de l’Elysée, au sortir d’un entretien avec le locataire des lieux : « Je ne crois pas démentir la pensée du président qui pense que je suis le meilleur élève ». La France et Mitterrand accordent donc un satisfecit à Paul Biya malgré des grincements de dents, les difficultés avec le multipartisme et l’émergence du Sdf et de John Fru Ndi. Avec l’appui de la France qui, par l’entremise d’Yvon Omnès, pèse de tout son poids. Ce dernier, soupçonné par le corps diplomatique de n’avoir pas toujours fidèlement rendu compte de la situation, sera récompensé par un poste de conseiller du chef de l’Etat à la fin de sa mission. Le régime survit. Telle devait être la volonté de Mitterrand, le Sphinx. Arrivé au terme de son deuxième mandat en 1995, il décède le 8 janvier 1996. Contrairement à certains de ses homologues africains, Paul Biya ne se rend pas aux obsèques de l’ancien chef de l’Etat.

Stéphane Tchakam

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