25/10/2011 01:44:59
Ouest Cameroun: Controverse autour des résultats de la présidentielle
Selon l’ex-maire Sdf de la commune urbaine de Dschang, Etienne Sonkin, si l’on s’en tient aux soulèvements de février 2008 orchestrés par la misère ambiante, les Camerounais en ont marre du régime Biya. De là à ce que l’on vienne aujourd’hui dire qu’il a gagné la présidentielle 2011, avec un pourcentage de 77%, et tous les opposants réunis en sont à moins de 25%, c’est suffisant pour montrer comment la fraude a eu pignon sur rue.
Le Messager
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Paul Biya présidera encore aux destinées de la République du Cameroun pour un nouveau mandat de sept ans renouvelables. Avec 77,9 % de suffrages obtenus au cours du scrutin du 9 octobre dernier qui l’a mis aux prises avec 22 candidats de l’opposition dont l’opposant historique Ni John Fru Ndi du Sdf, qui a été crédité de 10,7%.

Ces différents pourcentages ont été divulgués le 21 du même mois, au cours d’une audience convoquée par la Cour suprême siégeant en Conseil constitutionnel, pour la proclamation des résultats de cette élection. Il faut relever que quelques instants avant l’acte de cette juridiction, des militaires, gendarmes, et policiers avaient investi les grandes artères des principales villes de l’Ouest. Question de contenir tout soulèvement populaire, car la réélection du prince, dans un contexte de fraudes, n’était plus qu’un secret de polichinelle. Dès l’annonce des résultats donc, dans les chaumières, chacun y est allé de son commentaire.

Selon Charlie Tchikanda, responsable d’une ong basée à Bafoussam, au vu des résultats proclamés, on se rend compte que le Cameroun est redevenu au régime de parti unique. Parce que si un candidat gagne avec près de 80% de suffrages, « nous estimons  que l’opposition n’existe plus ». Ce qui a surpris, c’est le déploiement des forces de l’ordre sur le terrain avant la proclamation des résultats. « Pour un candidat victorieux comme Paul Biya, ce déploiement n’avait pas sa raison d’être, puisque le peuple s’est prononcé majoritairement pour lui. A la vérité, c’est une forme de contradiction, c’est comme si on n’était pas sûr de ces résultats. Je crois que la présence des forces de l’ordre sur le terrain pour réprimer d’éventuels soulèvements populaires témoigne à suffisance que ces résultats ne reflètent pas la volonté du peuple ». Pour d’aucuns, la réélection de Paul Biya est un meilleur risque dans la préservation de la paix sociale, quand on sait qu’en face, on a affaire à une opposition qui ne sait pas faire foule, inorganisée, moribonde, décapitée. «Ce que je demande à Paul Biya,  c’est de tenir compte des critiques qui sont formulées sur sa gestion. Ainsi, il pourra entrer décemment dans l’histoire », confie un pharmacien.

Selon l’ex-maire Sdf de la commune urbaine de Dschang, Etienne Sonkin, si l’on s’en tient aux soulèvements de février 2008 orchestrés par la misère ambiante, les Camerounais en ont marre du régime Biya. De là à ce que l’on vienne aujourd’hui dire qu’il a gagné la présidentielle 2011, avec un pourcentage de 77%, et tous les opposants réunis en sont à moins de 25%, c’est suffisant pour montrer comment la fraude a eu pignon sur rue. « Pour avoir été sur le terrain, nous nous sommes rendu compte que les responsables d’Elécam, et chefs d’antennes communales, présidents de bureaux de vote et autres se sont confondus aux militants du Rdpc, et usant de la puissance publique. Pour chasser les représentants des candidats de l’opposition des bureaux de vote. On comprend alors qu’il a été facile de fabriquer des procès verbaux. Et de cette manière, de faire en sorte que les résultats soient ceux qu’ils auront arrêtés d’avance. Que tous les opposants réunis n’en soient pas à produire 25% par rapport au suffrage final, cela en dit long sur la gravité de la situation. Tous ceux qui ont pris de la bière, des billets de 1000 fcfa des pontes du régime Rdpc pour contribuer au désastre politico-électoral, vont assurément souffrir. Ce n’est pas l’opposition camerounaise ».

Aux dires du député Rdpc de la Mifi, Joseph Confiance Fongang, l’élection a été transparente, l’ambiance était bon enfant ; dans les bureaux de vote « nos électeurs » avaient pour objectif de donner 100% au président Biya. Dans l’intervalle, ceux de « l’opposition  imbécile » et dépourvue d’imagination, dans l’organisation des stratégies de victoire, n’avaient pas le vent en poupe. « Comment le Sdf pouvait s’attendre à une victoire quand il avait demandé à ses militants de ne pas s’inscrire sur les listes électorales. Et ce n’est qu’à la dernière minute qu’il s’est ravisé. Grâce au dynamisme du président de la commission départementale de campagne Rdpc de la Mifi, Sylvestre Ngouchinghe, nous avons bien travaillé et pour l’heure, nous attendons du président Biya notre part de gâteau national ».

Dans les rangs des chrétiens du diocèse de Bafoussam, nombre prennent à partie le maître de céans. « Au regard de ce qui s’est passé, (fraudes, comportements sataniques) au cours du scrutin, si Mgr Watio, membre du conseil électoral d’Elécam est un chrétien digne de ce nom, il devrait démissionner au cas où il ne serait pas libre de donner sa position, celle qui vient du fond de son cœur sur le déroulement de ce scrutin. Pour le dénoncer, de disqualifier et l’invalider. S’il ne peut pas démissionner d’Elécam, il y a beaucoup d’interrogations sur le fondement de la continuité de son appartenance à l’Eglise catholique », déclare un sacristain.

Azap Ndongo

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