25/10/2011 02:00:38
Nécrologie tout azimuts: Abdoulaye Maïkano et Augustin Kodock ne sont plus
Abdoulaye Maïkano s’est éteint à 79 ans ce 21 octobre à Garoua. Evocation de la vie et du parcours d’un grand commis de l’Etat, figure exceptionnelle issue de la première République. Augustin Frédéric Kodock quant à lui est décédé officiellement très tôt le 24 octobre 2011 des suites de maladie à l’hôpital Général de Yaoundé
Le Messager
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

A 79 ans, Abdoulaye Maïkano s’est éteint ce 21 octobre à Garoua. Evocation de la vie et du parcours d’un grand commis de l’Etat, figure exceptionnelle issue de la première République.

La ville de Garoua porte encore le deuil. La peine et la consternation sont perceptibles sur le visage des populations qui vaquent timidement à leurs occupations quotidiennes. Au quartier Marouare où se trouve la résidence du défunt ambassadeur itinérant, ils viennent de partout afin de présenter leurs condoléances à la famille de l’illustre disparu. Le ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Marafa Hamidou Yaya, s’y est rendu dimanche dernier. Avant le Minadt, d’autres autorités administratives locales ont assisté à la cérémonie d’inhumation qui a eu lieu dans la matinée du samedi 22 octobre. Le Messager a vu notamment le gouverneur Gambo Haman du Nord et le préfet Zang III de la Benoué.

Les circonstances du décès sont pour le moins énigmatiques. Le patriarche, selon des indiscrétions proches de sa famille, aurait été fauché à la suite d’un malaise dans la soirée du vendredi 21 octobre. Le mal se serait déclenché vers 19h, peu avant la proclamation définitive des résultats du scrutin présidentiel retransmis en direct sur la télévision nationale. La même source révèle que le « vieux  avait déjà rendu l’âme lorsque les secours sont arrivés ».

« Une bibliothèque a brûlé »

Mme Tchandi Aissatou (en service à la station régionale Crtv Nord) dont le mariage a été célébré jadis par Abdoulaye Maïkano, « garde de lui le souvenir d’un patriarche qui procurait toujours de bons conseils et qui connaissait tout de l’histoire du Cameroun sous les régime Ahidjo et Biya. Il était capable de vous raconter tout ce qui s’est passé dans le temps et avec les moindres détails et il le faisait avec fierté ». Et d’ajouter, « il était à la fois l’ami personnel du feu président Ahidjo et celui de l’actuel président Paul Biya. C’est une grande bibliothèque qui vient de se brûler ». « Bibliothèque », Abdoulaye Maïkano en était surtout pour le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Les pontes locaux du parti de la flamme le consultait en temps de besoin pour divers conseils. La dernière sortie publique du « vieux sage » remonte à mai 2011, à l’époque de la campagne d’intensification des inscriptions sur les listes électorales.

Parcours exceptionnel

La vie et le parcours de Maïkano Abdoulaye transcende le régime du feu président Ahidjo. Il naquit vers 1932 dans la localité de Gaschiga situé dans l’arrondissement de Demsa. C’est dans ce village qu’il marque ses premiers pas dans l’éducation primaire. Etudes que l’élève réputé « érudit » va poursuivre à Garoua. Après l’obtention de son baccalauréat assorti d’une bourse, Maïkano Abdoulaye s’envole pour la France. Il est admis en 1958 à l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse d’où il ressort cinq (5) ans plus tard nanti de son diplôme et auréolé du titre de « major de la promotion 1958 ».

Le patriote décide de rentrer au bercail malgré les multiples sollicitions dans l’occident. Il est affecté d’emblée à Maroua en qualité d’adjoint au chef du secteur d’élevage du Nord jusqu’en 1966. De là Abdoulaye Maïkano est nommé directeur de l’élevage au secrétariat d’Etat à l’Elevage. Il entre au gouvernement de  feu Ahmadou Ahidjo peu avant la Réunification du Cameroun. Tour à tour comme ministre de la Fonction publique fédérale en 1970 ; ministre du Plan et de l’aménagement du Territoire en 1973 ; ministère de l’Elevage, des pêches et des industries animales ; ministère de la Fonction publique. Entre 1980 et 1982, Abdoulaye Maïkano a occupé les postes de ministre des Forces armées et ministre d’Etat chargé des Forces armées.

Black out

Le vestige d’Ahidjo fait son comeback sous l’ère Biya. Nous sommes en 1985 lors qu’il est nommé directeur général du Laboratoire national vétérinaire (Lanavet). Poste qu’il occupe jusqu’en 1966, année de sa retraite. Malgré son refus, il est rappelé (au forceps) aux affaires par Paul Biya ; en qualité de délégué du gouvernement près de la Commune urbaine à régime spécial de Garoua. Il supplie Paul Biya de lui accorder son droit à la retraite en 2009. D’où le décret présidentiel le nommant ambassadeur itinérant. Depuis Abdoulaye Maïkano, sous le poids de l’âge, trainait difficilement sa carcasse entre Gaschiga et Garoua. Jusqu'à sa mort subite survenue le soir même de la réélection de Biya.

 
Augustin Frédéric Kodock. Un grand technocrate politiquement controversé

Décédé officiellement très tôt le 24 octobre 2011 des suites de maladie à l’hôpital Général de Yaoundé, le désormais ex-secrétaire général de l’Upc laisse un chantier politique : l’unité de l’Âme immortelle du peuple camerounais.
 
A 78 ans, le dernier rêve politique majeur d’Augustin Frédéric Kodock Bayiha était de devenir président de la République du Cameroun. L’élection présidentielle du 9 octobre 2011 était alors pour lui une occasion saisissable.  Alors qu’il est malade en Afrique du Sud, celui qui se considérait depuis toujours comme le secrétaire général de l’Union des populations du Cameroun (Upc), avait instruit ses proches collaborateurs au niveau du parti d’introduire son dossier de candidature à Elections Cameroon (Elecam). Mais Elecam avait invalidé sa candidature, au point de le forcer à introduire un recours au contentieux post électoral au niveau du Conseil constitutionnel. Là aussi, celui qui depuis 1992 avait choisi de collaborer avec l’ex-parti unique, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais, né des cendres de son ancêtre l’Union nationale camerounaise (Unc), de feu Ahmadou Ahidjo, (considéré par les combattants nationalistes, comme « le tyran massacreur des militants upécistes »), a vu sa candidature être rejetée. Un échec de conquête du pouvoir qui a sonné comme un tocsin de fin de parcours politique et peut être de vie, pour Augustin Frédéric Kodock.
 
Énarque compétent

En fait, la vie terrestre d’Augustin Frédéric Kodock fait penser à la fois à celle d’un technocrate de haut niveau, doublé d’un politicien quelque peu opportuniste. Né le 1er mars 1933 à Mom, petit village de l’arrondissement de Makak dans le département de la Lékié, d’un père agriculteur, et d’une mère ménagère, Augustin Frédéric Kodock a fait ses études primaires respectivement dans les villages Nkong Ntap, Nkog Ngui, et Ilanga. Il poursuit son cycle secondaire à Nkongsamba, puis au lycée Général Leclerc à Yaoundé où il obtient un baccalauréat en philosophie. Il s’envole par la suite pour Poitiers en France, où il s’inscrit en 1ère année de droit de l’Université de cette ville. Mais c’est à Toulouse qu’il passe sa licence de droit et un diplôme d’études approfondies dans la même filière. En 1959, Augustin Frédéric Kodock est reçu dans la prestigieuse Ecole nationale d’administration (Ena) de Paris. Deux ans après, son diplôme d’Etudes supérieures en poche, il rentre au Cameroun, qui venait un an avant d’obtenir son indépendance politique.

Mais c’est en 1965, qu’il soutien une thèse en sciences économiques avec mention très bien, sur le thème : « Problème du crédit dans le développement du Cameroun ». C’est alors que Augustin Kodock poursuit une carrière professionnelle débutée en 1961 dans l’administration publique dirigée par feu président Ahmadou Ahidjo. Il sera tour à tour, directeur adjoint des affaires économiques au ministère de l’Economie, puis directeur des relations économiques extérieures à Douala, poste qu’il occupe pendant six (06) mois.

Revenu à Yaoundé, il occupe le poste de directeur de l’orientation économique après la réforme du ministère. Coordonnateur de la préparation du 1er plan quinquennal du Cameroun, peu après, il sera de 1963 à 1965, secrétaire d’Etat aux finances. Puis directeur du contentieux et des études à l’administration territoriale, avant d’être détaché par le Cameroun à la banque africaine de développement (Bad) où il va occuper divers postes  dont le plus culminant est celui de vice-président. C’est ainsi qu’il participe  à la signature des premiers emprunts sur les marchés Eurodollars de la Bad et de l’adhésion du Japon au Fonds africain de développement. Le retour d’Augustin Frédéric Kodock au Cameroun s’effectue au début des années 80. Il est alors nommé conseiller technique du ministre des Finances, avant d’être nommé en 1983, Président directeur général de la Camair. C’est sous lui que les avions baptisés « Le Noun » et « Le Nyong » ont été acquis par l’ex-compagnie nationale de transport aérien. Il reste Pdg de la Camair jusqu’en 1989.
 
A la conquête de l’Upc

Lorsqu’arrive l’année 1990, avec le retour au multipartisme, Augustin Frédéric Kodock se souvient alors qu’il fut autre fois militant de l’Union des populations du Cameroun dont feu le Prince Dika Akwa était en train de se battre pour obtenir la relégalisation. Une certaine légende affirme que c’est Moïn Gaspard, un des rescapés upécistes des fidèles, qui l’aurait amené à sa première réunion de l’Upc en voie de relégalisation au domicile du Prince Dika Akwa à Douala. Malgré son statut détestable de « collaborateur du régime néocolonial », celui que le camarade Félix Moumié avait exclu de « l’Âme immortelle du peuple camerounais » est accepté par tous, pour son expérience de technocrate. Il participe avec l’opposition aux « opérations villes mortes » pour réclamer la tenue au Cameroun d’une conférence nationale souveraine. Au premier congrès unitaire de l’Upc en décembre 1991, à Nkongsamba, alors que le parti vient d’être autorisé à fonctionner légalement, Augustin Frédéric Kodock est élu à l’unanimité des tendances (sauf celle de l’Upc-Manidem dit des fidèles), secrétaire général de l’Union des populations du Cameroun.

Commence alors pour le natif de Mom les moments de grandes manœuvres pour le contrôle du parti. C’est lui qui conduit l’Upc aux élections législatives de mars 1992. Le parti nationaliste obtient 17 sièges. Mais en octobre 1992, alors que le parti a désigné un candidat en la personne du professeur Henri Hogbe Nlend pour l’élection présidentielle, Augustin Frédéric Kodock, alors président du groupe parlementaire de l’Upc, fait retirer le projet de loi de son parti qui demandait une élection présidentielle à deux tours. Il va d’ailleurs soutenir le candidat du Rdpc, Paul Biya, qui est proclamé vainqueur de manière fortement controversée, de l’élection présidentielle du 11 octobre 1992. Sa récompense sera d’être nommé ministre d’Etat chargé du Plan, avant de devenir ministre d’Etat chargé de l’Agriculture. Après une première sortie du gouvernement en 1997, il revient en 2002 comme ministre d’Etat chargé de l’Agriculture et ministre d’Etat, ministre de la Planification, de la programmation du développement et de l’aménagement du territoire.

Depuis lors, même après sa sortie du gouvernement  en 2007, Augustin Frédéric Kodock qui aura été à tort ou à raison, l’un des grands obstacles pour l’unité de l’Upc, est resté un allié politique du Rdpc. Paix à son âme.

Salomon KANKILI / Jean François CHANNON 

NB: Le chapeau est de la rédaction de cameroonvoice

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE