27/10/2011 03:49:58
Retour mouvementé: La police protège Fru Ndi à Bamenda
Le retour du chairman du Sdf dans sa base politique ne s’est pas déroulé sans heurts. Bilan : un véhicule incendié et des échauffourées entre populations et forces de l’ordre. A l’origine, un accident de la circulation qui a dégénéré.
Le Messager
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Le retour du chairman du Sdf dans sa base politique ne s’est pas déroulé sans heurts. Bilan : un véhicule incendié et des échauffourées entre populations et forces de l’ordre. A l’origine, un accident de la circulation qui a dégénéré.
 
« Je remercie le gouverneur pour l’escorte qu’il a bien voulu m’offrir. Mais je ne peux accepter d’être guidé dans ma ville ». C’est en substance en ces termes que Ni John Fru Ndi s’est exprimé hier mercredi en fin d’après-midi dans sa résidence de Ntarikong à Bamenda. Il répondait ainsi à la presse qui voulait savoir pourquoi il n’a pas accédé à la demande de la police qui lui suggérait de changer son itinéraire. C’est que, son retour au bercail ne s’est pas passé sans heurts. Au moment où nous allions sous presse hier soir, des échauffourées opposaient encore en effet des populations aux forces de l’ordre. Ces derniers ont même dû recourir au gaz lacrymogène alors que des sources parlaient de coups de feu entendus dans la ville. Selon une source policière, les manifestants voulaient simplement brûler la tribune construite à l’occasion du cinquantenaire de l’armée célébrée en fin d’année dernière. Comment en est-on arrivé là?

Tout serait parti d’un accrochage entre un véhicule Toyota de type Rav4 et un moto-taxi et un taxi autour de 17 heures. Cet incident survient alors que John Fru Ndi, de retour de Yaoundé avec son cortège, venait de reprendre à pied la route menant à son domicile après une petite séance de prière au carrefour de la liberté. Ce, après avoir décliné la suggestion de l’escorte de police mise à son service par le gouverneur qui lui demandait notamment de changer son itinéraire. Au lieu de passer par Ayaba street, le président du Sdf optera plutôt par Sonac street. Mieux, il choisit de le faire à pieds sur une distance estimée à environ 5 kilomètres jusqu’à sa résidence. Selon des témoins oculaires, c’est à la suite du mouvement de foule créé par sa présence en ces lieux que l’accrochage suscité se serait produit.
 
Simple accrochage

C’est suite à une manœuvre pour se frayer un chemin dans la foule compacte que le conducteur de la Rav4 aurait percuté les deux autres usagers de la route (Jérémiah, le moto-taxi est sérieusement amoché, même si, à en croire certaines sources informées, sa vie ne serait pas en danger), causant le courroux des personnes présentes qui n’hésitent pas à le lui faire savoir le feu à son véhicule qu’ils prennent le temps d’enlever de la chaussée. Le conducteur n’a que le temps de prendre ses jambes à son cou. Le mouvement va rapidement gagner en ampleur et se propager dans la ville. Spontanément (?) des barricades sont érigées sur la route à l’aide de kiosques. La police débordée, la gendarmerie est bientôt appelée à la rescousse pour mâter ce qui, progressivement prend les allures d’une émeute. Le courant électrique, interrompu depuis un temps est de retour vers 20 heures trente. Ce qui permet aux courageux osant pointer le nez dehors, de voir les premiers stigmates des échauffourées. Alors que nous allions sous presse vers 21 heures trente, des sources dans la ville soupçonnaient l’intervention de l’armée, tandis que d’autres évoquaient carrément des tirs à balles réelles sur des manifestants.

Quelle que soit la situation, des questions restent en suspens. Pourquoi le gouverneur du Nord-Ouest a-t-il eu besoin d’affecter une escorte policière au président du Sdf, allant jusqu’à le prendre en charge au-delà de la ville de Bamenda? Avait-il des raisons de croire qu’il y avait un risque qu’on s’en prenne à John Fru Ndi?

Déclaration de Fru Ndi

Chers compatriotes et amis,
C’est avec une profonde tristesse que je m’adresse à vous aujourd’hui, près de deux semaines après l’élection présidentielle calamiteuse du 9 octobre 2011 à laquelle nous avons participé dans l’espoir d’obtenir un leadership incontesté, de nature à renforcer notre cohésion nationale.

Comme vous le savez très bien, tous les Camerounais aspirent à la liberté dont la principale expression est la possibilité de choisir ses dirigeants à travers des élections justes et transparentes. Cette caractéristique fondamentale de tout processus démocratique moderne constitue la seule garantie de notre souveraineté. Les droits démocratiques qui constituent le principal cheval de bataille du Sdf depuis 1990 et pour lesquels de nombreux camerounais ont sacrifié leurs vies, ne sont pas encore acquis.
Au sortir des élections foireuses de 2007, nous avons pris la décision de concentrer tous nos efforts sur la mise en place d’un système électoral crédible.

De manière progressive, avec patience et abnégation, pendant que nous déployions d’immenses efforts dans ce sens, la plupart des acteurs politiques s’investissaient plutôt dans l’illusion d’élections valables plutôt que de s’occuper de l’essentiel qui est la mise en place d’un système électoral acceptable. La naïveté de certains de nos amis politiques - qui a par ailleurs brouillé nos efforts, notre expérience et notre vision prospective- couplée à la farouche détermination du régime Rdpc à rester au pouvoir par à tout prix et à tous les prix, nous a conduit à la mascarade que nous avons vécu le 9 octobre dernier.

Bien avant, nous avions durant des mois averti tout le monde qu’il ne pouvait pas avoir d’élections libres et transparentes dans la configuration actuelle d’Elécam. Vous savez maintenant que nous avions raison.

En plus de nombreuses irrégularités que nous avions déjà signalées, la faible participation des compatriotes du fait d’une volontaire ou involontaire abstention, a permis aux barons du Rdpc de fausser les résultats dans leurs circonscriptions respectives afin de sauvegarder leurs rentes. Bien plus, ils ont fabriqué des scores à la soviétique dans le but inavoué de provoquer des réactions populaires pour justifier par la suite le durcissement du régime.

Les zélateurs fascistes du régime ont cyniquement utilisé la Déclaration de Yaoundé signée par sept candidats aux élections d’octobre 2011 pour créer la psychose et surtout semer la confusion dans la compréhension de nos intentions et de notre positionnement républicain. La Déclaration de Yaoundé faite en toute légalité et légitimité dans l’intention de faire prévaloir la justice exigeait de M. Biya  l’annulation de l’élection présidentielle. En cas d’autisme et de refus, elle invitait les Camerounais à manifester pacifiquement. Ce qui est un droit fondamental reconnu par la Constitution de notre République.

Toujours dans le but de provoquer les masses populaires pour accomplir leurs funestes agendas, les mêmes fascistes sont en train de propager la rumeur d’une imminente insurrection qui aboutira à l’éclatement de notre cohésion nationale.

Considérant la Constitution et les lois de notre République

Considérant l’extrême gravité de la situation post électorale qui prévaut actuellement au Cameroun

Considérant que le problème fondamental que soulèvent les élections du 9 octobre 2011 est celui de l’absence d’un consensus minimum autour du processus électoral

Considérant que les multiples irrégularités constatées au cours de ces élections affectent leur sincérité et entachent la légitimité de celui qui s’est proclamé élu

Considérant que les fraudes électorales récurrentes pratiquées durant des décennies par le régime Rdpc,  affectent notre cohésion nationale et menacent dangereusement la paix sociale

Considérant les statuts et le règlement intérieur du parti

Considérant qu’il ne saurait avoir de paix sans justice

Considérant l’absolue nécessité pour nous d’obtenir un processus électoral crédible et acceptable au Cameroun

Considérant notre quête fondamentale de la justice sociale et de l’égalité de chance pour tous

Après avoir épuisé tous les moyens constitutionnels et légaux

Le Sdf prend acte de la proclamation par la Cour constitutionnelle des résultats des élections du 9 octobre 2011 en faveur de M. Biya.

Il en résulte que la mascarade du 9 octobre dernier qui a été constatée par les principaux partis qui y ont pris part, la société civile ainsi que la communauté internationale dont nos principaux partenaires à l’étranger,  ne peut aboutir qu’à plonger notre pays dans un précipice incommensurable. Nous devons inverser cette tendance afin de faire triompher la justice et préserver notre cohésion sociale ainsi que la paix.
Nous invitons tous les Camerounais, y compris le candidat proclamé, à s’investir pour que notre pays mette en place des règles équitables pour l’organisation des élections libres et transparentes afin de lui épargner d’autres mascarades qui contribuent considérablement à jeter le discrédit et la honte sur notre pays.

Nous avons toujours bénéficié de la compréhension, de l’amour et du soutien total des Camerounais. En retour nous avons payé le lourd tribut en termes de perte en vies humaines, de biens, de liberté et de dignité. Nous avons obtenu le multipartisme, conquis la liberté d’expression, de presse et de débats publics. Nous avons fait nôtre le sens de la transparence, de la vision éthique, de la défense de l’intérêt général, mais nous n’avons pas encore conquis l’essentiel pour notre nation qui est l’organisation des élections libres et transparentes. C’est le défi majeur que nous devons réussir ensemble. Je l’ai dit dans mon testament à la Cour suprême siégeant comme Conseil constitutionnel.

Ensemble, faisons le serment de réussir ce défi fondamental dans un bref délai. Que Dieu vous bénisse.
 
Fait à Yaoundé le 25 octobre 2011.
 
NI JOHN FRU NDI
Président national du Sdf

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