02/11/2011 02:56:56
Unesco: Le Cameroun n'a pas soutenu la Palestine
Pour éviter les foudres des Etats-Unis et ne pas frustrer Israël ? Le chantage américano-canadien...
Le Messager
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La Palestine admise à l’Unesco. Le Cameroun refuse de se prononcer

Alors que l’Hexagone était d’accord pour l’admission de la Palestine à l’Unesco, le pays de Paul Biya a joué la carte de la « neutralité ». Afin d'éviter les foudres des Etats-Unis qui tardent à reconnaître sa victoire et pour ne pas frustrer Israël ?

C’est un choix et un jour historique. L’Organisation des Nations unies pour l’Education, la Science et la Culture (Unesco) a décidé, lundi 31 octobre 2011 à Paris, d’admettre la Palestine comme un de ses membres à part entière. Dans le détail, la Palestine accède à cette première reconnaissance internationale comme « Etat » avec une confortable majorité. « La Conférence générale (qui réunit l'ensemble des Etats-membres, ndlr) décide de l'admission de la Palestine comme membre de l’Unesco », selon la résolution prise. Pour adopter cette résolution, 107 pays ont voté pour, 14 étaient contre et 52 se sont abstenus de voter.

Les pays africains ont massivement soutenu la Palestine. Même si plusieurs d’entre eux n’ont pas voulu donner une position claire. Le Cameroun fait partie des pays qui ont joué la carte de la « neutralité ». Une décision quelque peu étonnante. Surtout quand on sait qu’entre temps, la France a voté « oui » pour que la Palestine soit admise à l’Unesco. Parmi les autres pays africains qui se sont abstenus, on peut citer la Côte d’Ivoire, le Libéria, le Togo, l’Ouganda et le Rwanda. En soutenant la Palestine , les pays arabes ont quant à eux voulu donner un signal fort au monde.

Ne pas frustrer Israël

Doit-on donc comprendre que le Cameroun a évité de mener une action diplomatique forte dans un monde en mutation ? Pour certains experts des questions internationales, il n’y a point de doute. Joint sur son téléphone portable alors qu’il se trouvait à Paris, le Pr. Messanga Nyamding donne les trois raisons qui, selon lui, ont poussé le Cameroun sur la voie de l’abstention. D’abord, « nous sommes dans une situation où le pays achève son élection. Et au regard des mutations qui s’opèrent dans le monde, il n’était pas conseillé de mener une action diplomatique forte », explique le politologue. En filigrane, on peut comprendre que le pays a choisi la neutralité pour ne pas attirer les foudres de la communauté internationale, notamment celles des Etats-Unis.

Deuxièmement, il se pourrait que le Cameroun ait voulu éviter de « frustrer » un pays ami. Là, le professeur parle d’Israël, qui était formellement opposé à l’admission de la Palestine à l’Unesco. « Le Cameroun a de très bonnes relations avec Israël, sur les plans économique et militaire. C’est un partenaire privilégié que nous n’avons pas voulu frustrer », argue-t-il. Enfin, et c’est la troisième raison, la position du Cameroun tient lieu du fait que c’est un pays très attaché aux groupes du tiers monde et des non alignés. « Nous avons donc choisi la voie du milieu, en attendant qu’il y ait visibilité. Et c’est d’ailleurs ce que le chef de l’Etat a toujours prôné », appuie-t-il.

Quant à dire que le Cameroun n’a pas suivi cette fois la France , pour Pr. Messanga Nyamding, ce n’est pas le cas. Il explique que le Cameroun et l’Hexagone ont souvent des points de vue communs quand les intérêts du premier l’exigent, et divergents quand ces intérêts ne sont pas les mêmes. « Les choix diplomatiques de notre pays ont un lien fort avec ses intérêts. Et il faut se rendre compte que face à certains conflits africains (crise ivoirienne et guerre en Lybie, ndlr), le président de la République a souhaité que les Africains règlent eux-mêmes leurs problèmes », souligne le politologue.

Focal. Palestine: Le chantage américano-canadien

Les Etats-Unis ne sont pas contents de  l'adhésion de la Palestine à l'Unesco et l’ont fait savoir énergiquement. Juste quelques heures après le vote, Washington  a déclaré que les fonds injectés dans des programmes éducatifs et culturels et dans la gestion du patrimoine mondial immatériel et matériel, n’étaient plus la priorité des Etats-Unis.

Raison invoquée : l’entrée prématurée de la Palestine dans les rangs des Etats membres de l’Unesco avant la décision de l’Assemblée générale de l’Onu qui se tient dans quelques mois. Un argument fallacieux lorsqu’on sait que l’admission de la Palestine s’est faite par 107 voix pour, 52 abstentions et 14 contre. Ces voix venaient toutes des Etats membres de l’Onu, c’est le même verdict qui devrait en principe être rendu à ladite assemblée générale. Mais comme le pays de l’Oncle Sam peut faire valoir son droit de véto là-bas, on imagine déjà la décision qui sortira de cette rencontre. En entendant, l’Unesco qui ne fonctionne pas selon le modèle du véto comme l’Onu, en a décidé autrement.

Washington  s’est ainsi énervé en suspendant immédiatement un versement de 60 millions de dollars à l’Unesco, soit environ 30 milliards de francs Cfa. Avec une contribution d'environ 80 millions de dollars, soit à peu près 40 milliards de francs Cfa  par an,  les Etats-Unis contribuent pour 22% au budget de l’Unesco. Ce qui fait dire à de nombreux observateurs que l’avenir de cette agence du système des Nations unies est menacé ; elle qui devra dès à présent gérer ses programmes avec un budget réduit de 1/5ème.  Le visage grave de la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova au sortir du vote, pourrait signifier une sorte d’inquiétude quant à l’avenir de cette agence, devenu incertain.

La paix et non la peur

Mais, en admettant la Palestine en son sein, contre le chantage des Usa - grand allié d'Israël (ennemi N°1 de la Palestine ), qui avait interdit dans les années 90 tout financement d'une agence de l'Onu qui admettrait la Palestine en tant que membre à part entière- l’Unesco, dont le but premier est d’instaurer la culture de la paix, le rapprochement des cultures, le dialogue interculturel et la préservation d’un patrimoine collectif mondial, a opté pour la paix et non pour la peur.

N’en déplaise au Canada -voisin des Usa- qui, dans un suivisme détestable, s’apprête à s’aligner derrière l’Amérique de Barack Obama, ce président adulé à sa prise de pouvoir, mais de plus en plus contesté de par ses actes peu amicaux envers certains pays souverains. Le retrait du Canada, s’il est confirmé, ferait perdre à l’Unesco environ 10 millions de dollars par an, c’est-à-dire environ 5 milliards de francs Cfa. Mais l’on sait aussi que 22 pays arabes ont soutenu ce vote, et parmi eux le Qatar et les Emirats Arabes Unis. Il suffit qu’ils augmentent substantiellement leurs subventions en direction de l’Unesco pour que l’agence se relève paisiblement de ce tsunami financier. Et de l’argent, ces pays en ont.

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