03/11/2011 05:08:03
Prestation de serment sous haute... indifférence internationale
Jusqu’au moment où nous allions sous presse hier soir, aucun nom d’un chef d’Etat étranger n’était annoncé à la cérémonie de ce matin, pas même Ali Ben Bongo, le petit dernier de la sous-région Cémac...
Le Messager
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Jusqu’au moment où nous allions sous presse hier soir, aucun nom d’un chef d’Etat étranger n’était annoncé à la cérémonie de ce matin, pas même Ali Ben Bongo, le petit dernier de la sous-région Cémac…
 
Nicolas Sarkozy est absent de la prestation de serment du meilleur élève de la France, proclamé élu par la Cour suprême du Cameroun. Tout comme Barack Obama qui pensait faire du Cameroun un hub économique en Afrique au sud du Sahara. Il n’a même pas envoyé Hillary Clinton pour le représenter. David Cameron, le Britannique n’en  parle  même pas. Hu Jintao regardera ailleurs durant le grand cirque de ce matin au palais de verre de Ngoa Ekellé. La Chine, nouveau partenaire économique du Cameroun est à la pointe des grandes réalisations électorales de Biya. Pourtant, cet anti-modèle en matière démocratique a préféré éviter les « camerouniaiseries » politiques.

Rien à voir avec le faste de la prestation de Ouattara, le président ivoirien qui avait prêté serment devant un parterre de chefs d'Etat étrangers dont le président de la République… camerounaise : entre autres, Nicolas Sarkozy ainsi que Ban Ki- Moon, secrétaire général de l'Organisation des Nations-Unies et Hillary Clinton, représentant le président des Etats-Unis d'Amérique, Barack Obama, Goodluck Jonathan (Nigeria), Teodoro Obiang Nguema (Guinée équatoriale), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Abdoulaye Wade (Sénégal), Alpha Condé (Guinée), Mohamed Ould Abdel Aziz (Mauritanie), Mahamadou Issoufou (Niger), Ellen Johnson Sirleaf (Liberia), Ernest Koroma (Sierra Leone), Amadou Toumani Touré (Mali), John Atta-Mills (Ghana), Boni Yayi (Bénin), Malam Bacaï Sanha (Guinée-Bissau).

Certains arguent que, comme il s’agit d’une énième reconduction, la présence des chefs d’Etats amis n’est pas nécessaire. Les représentations diplomatiques pouvant faire l’affaire. Mais n’empêche, le retard pris dans la reconnaissance de l’élection ou de la réélection de Biya a laissé un froid perceptible et souligne le malaise des grandes nations sur le déroulement chaotique de la présidentielle. Après l’Elysée qui s’est fait un peu attendre, d’autres pays ont adressé leurs félicitations à l’heureux élu, en traînant les pieds comme les présidents du Tchad, du Sénégal et de certains pays d’Afrique.

Les Etats-Unis qui déjà pressentaient la situation avaient, dans une lettre de Hillary Clinton de mai dernier au peuple camerounais, donné le ton de leur possible réticence à l’égard du régime de Yaoundé : « Le reste des Etats-Unis voué à travailler avec le gouvernement du Cameroun dans le renforcement de  la démocratie, la  gouvernance, et l’Etat de droit, nous attendons avec intérêt de voir le peuple du Cameroun exercer son droit de vote à la fin de cette année dans une élection présidentielle  libre, transparente et crédible ». Le président Obama lui-même confirmera cette volonté des Etats-Unis en écrivant à Biya : « Notre adhésion commune aux idéaux démocratiques continuera à renforcer notre amitié et nos liens. Puissent la paix et la prospérité régner sur la République du Cameroun ».

Sur Rfi le 25 octobre dernier, Yannick Jadot, eurodéputé Vert, porte-parole d’Eva Joly, avait critiqué avec une rare virulence, la réélection de Paul Biya : « En Afrique subsaharienne, on continue à soutenir des dictateurs simplement parce qu’on y a de grandes entreprises et que ça nous arrange bien. Paul Biya est un dictateur (…). Un régime dictatorial empêche le Cameroun d’émerger et le plonge dans le sous-développement avec le soutien de la France. La communauté internationale a contesté les élections, a dit à quel point il y avait des irrégularités. Il n’est pas normal que la France s’aligne sur Paul Biya ».

Au Cameroun, plusieurs personnes pensent que Paul Biya veut mourir au pouvoir. Le politologue Eric Mathias Owona Nguini s'est dit certain que Paul Biya briguera un nouveau mandat de 7 ans en 2018, à 85 ans, après 36 ans de pouvoir. Une éventualité d'ailleurs évoquée par Jacques Fame Ndongo, porte-parole du Rdpc, le parti au pouvoir. « La constitution ne limite plus les mandats présidentiels », avait-il rappelé sur Rfi. Pour sa part, le politologue Achille Mbembe a indiqué que l'alternance ne surviendra au Cameroun que de deux manières, soit par la mort de Paul Biya, soit par un coup d’État.

Dans ces conditions de doutes, plusieurs structures et hommes politiques commencent à prendre des distances avec le pouvoir de Yaoundé qui ne se prononce même pas sur la question d’ouverture et abreuve les Camerounais de promesses trentenaires qui aboutiraient en… 2035. Que penser donc de l’arrogance du régime qui joue contre son peuple comme l’a démontré le fort taux d’abstention ? Aujourd’hui Biya prête serment envers et contre tout, sous une indifférence nationale et internationale qui pousse au ridicule de la situation. Faut-il en rire ou en pleurer ?

Focal. 49 ans de vie publique, 30 ans de pouvoir, un nouveau septennat
 
49 ans de vie publique, 30 ans comme chef de l’Etat. Voici l’homme-miracle du Cameroun, Paul Biya, qui en inaugurant ce matin un nouveau septennat, est en route pour 37 ans de pouvoir à la tête d’un pays économiquement sinistré. Il a fait plus fort que son illustre prédécesseur qui s’était contenté de 22 ans à la tête de la nation, et qui laissera un Cameroun uni et prospère, sans allogènes ni autochtones,  sans bend-skin ni call-boxes, mais avec des entreprises florissantes, des usines qui tournaient et une excellente réputation au concert des nations.

« Je ne faillirai point…, je laisserai à la postérité, un Cameroun démocratique et prospère ». Voilà entre autres, les phrases prononcées par le président Biya lors de sa première prestation de serment, le 6 novembre 1982. Dans son discours d’investiture M. Paul Biya déclarait: « Aussi, dans le cadre de ce serment, j’entends situer l’action des années à venir sous le double signe de l’engagement et de la fidélité. L’engagement, d’ordre constitutionnel, est la réaffirmation du serment que je viens de prêter. J’entends alors, avec l’aide de toutes les Camerounaises et de tous les Camerounais, et en ma qualité de président de la République, chef de l’Etat et chef du gouvernement, m’acquitter de ce devoir sacré que m’impose la Constitution : à savoir, veiller à son respect, comme à l’indépendance, à la souveraineté, à la sécurité et à l’unité de l’Etat, assurer la conduite des affaires de la République. Mon illustre prédécesseur n’a jamais failli à ce devoir. Je n’y faillirai point ».

29 ans après, qu’en est-il ? Le pays semble plus divisé que jamais. Les conflits interethniques rappellent sans cesse que l’unité nationale s’effrite chaque jour un peu plus. La souveraineté du pays n’a jamais été autant malmenée par les chancelleries occidentales. Quant à la sécurité, les événements de Limbé, de Douala (le braquage spectaculaire de banques par des hommes armés pendant plusieurs heures) ou de Yaoundé (où des malfrats avaient coupé la route pendant plusieurs heures, dépouillant tranquillement les voyageurs) sont là pour le rappeler…  « Quant à la fidélité, d’ordre politique, elle est celle à un homme, S.E. Ahmadou Ahidjo, celle à un peuple, le peuple camerounais, celle à des options », poursuit l’homme du 6 novembre. Le cadavre d’Ahmadou ahidjo doit sans doute se retourner dans son caveau sénégalais où il reste emprisonné depuis plus de deux décennies, malgré les appels et les intercessions auprès du prince qui doit avoir la rancune féroce.

Celui qui parlait ainsi prête serment aujourd’hui encore, 29 ans après son accession au pouvoir et 49 ans après une époustouflante carrière qui commence en octobre 1962 comme chargé de missions à la présidence de la République dès son retour de Paris. En Janvier 1964 Paul Biya devient le directeur de cabinet de Etéki Mboumoua, alors ministre de l'Éducation nationale, de la jeunesse et de la culture. En juillet 1965, il est secrétaire général du ministère de l'Éducation nationale, de la jeunesse et de la culture. En décembre 1967, Biya est nommé directeur du cabinet civil du président de la République, puis en janvier 1968 tout en gardant le poste de directeur du cabinet civil, il est nommé secrétaire général de la présidence de la République, puis ministre, secrétaire général de la présidence de la République en  août 1968.

Il devient ministre d'État, secrétaire général de la présidence de la République en juin 1970 avant d’être nommé Premier ministre de la République unie du Cameroun 5 ans plus tard. La loi n°79/02 du 29 juin 1979 fait du Premier ministre le successeur constitutionnel du président de la République. Le 6 novembre 1982 donc, M. Paul Biya prête serment comme président de la République unie du Cameroun, le deuxième de l'histoire du pays. Cette cérémonie se déroule au palais de l'Assemblée nationale, devant les élus du peuple, suite à la démission, le 4 novembre 1982, du président Ahmadou Ahidjo.

Edouard KINGUE

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