25/07/2009 17:40:52
Afrique du Sud: Les oubliés de l'après-apartheid crient leur colère
BALFOUR, Afrique du Sud — "On est en colère parce que la municipalité ne tient pas ses promesses. On veut des maisons, un hôpital, des emplois décents", s'emporte Mandla Sibanyomi, 43 ans, qui a manifesté ces derniers jours dans son township en Afrique du Sud et se dit prêt à continuer.
AFP
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Cet employé d'une centrale électrique habite la ville de Balfour, située à 80 kilomètres au sud-est de Johannesburg et théâtre d'émeutes de dimanche à mercredi.

En cause, des services publics moribonds: de nombreuses maisons du township de Mandla n'ont pas d'électricité, d'autres pas d'accès à l'eau potable et pas de toilettes ou des sanitaires en très mauvais état, alors que l'Afrique du Sud est la première puissance économique du continent.

Plusieurs townships du pays ont organisé des manifestations ces derniers jours. La situation était cependant redevenue calme jeudi.

Les manifestants entendent faire pression sur le parti au pouvoir depuis quinze ans, le Congrès national africain (ANC), pour qu'il tienne ses promesses de lutte contre la pauvreté faites depuis la fin du régime ségrégationniste en 1994 et réitérées lors des élections législatives d'avril.

Plus d'un million de familles vivent toujours dans des bidonvilles, contre 4 millions pendant l'apartheid, et 43% des Sud-Africains se débrouillent avec moins de 2 dollars par jour.

La municipalité de Balfour, aux mains de l'ANC, "a promis des logements depuis 1994, mais elle en a construit seulement pour les amis et la famille" des élus, affirme un habitant, Bednock Mahinini, un bonnet sur la tête pour se prémunir du froid hivernal.

Pas convaincu par le discours du maire Lefty Tsotetsi, qui a tenté dans la journée de mercredi de calmer les esprits, il s'est "battu" quelques heures plus tard contre la police qui a tiré des balles en caoutchouc pour disperser la foule.

Les échauffourées entre manifestants et policiers ont fait une dizaine de blessés selon la police, 50 selon les manifestants. Une centaine de personnes ont été arrêtées depuis dimanche selon la police.

Des magasins appartenant à des étrangers ont également été pillés. Ces scènes ne sont pas sans rappeler les attaques xénophobes de mai 2008 en Afrique du Sud. Accusés de voler les emplois et de contribuer à la forte criminalité, une soixantaine d'immigrés avaient été tués.

"Ma voiture et mon magasin ont été brûlés. On m'a jeté des pierres", raconte Serabzu Byne Dade, un Ethiopien de 23 ans.

Mais pour certains habitants du quartier, ces attaques n'ont rien de xénophobes. "C'est juste de la criminalité. Des délinquants se sont mélangés aux manifestants", affirme une mère de famille sud-africaine, Patter Mothibe.
Faux, rétorquent des immigrés qui ont trouvé refuge devant le commissariat de police. "Les gens ne veulent pas de nous ici", lance Tekleab Araya. Pour cet Ethiopien, les troubles peuvent reprendre à tout moment malgré des appels au calme.

Dans le township où des maisons en brique côtoient des baraques en tôle, une cinquantaine de personnes demandent pacifiquement aux habitants de nettoyer les rues jonchées de pierres, pylônes et débris de verre.

"Nous voulons que les choses se calment", assure Zakhele Maya, qui se présente comme un membre du "comité d'organisation" des manifestations. "Nous pourrons commencer le dialogue avec la municipalité s'ils relâchent les manifestants" arrêtés, précise-t-il.

Mais "s'ils ne sont pas libérés, la communauté va prendre des mesures drastiques, et ceux qui ne s'étaient pas mobilisés jusque-là vont se joindre au mouvement."

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