04/11/2011 14:33:05
Défiance. Paul Biya parle à l'Occident
Au cours de son discours « d'investiture », Paul Biya a reconnu quelques faiblesses de son régime au bout de 29 ans. Il prétend les réparer en moins de 7 ans. Il a a envoyé quelques messages cinglant en guise de réponse aux pressions des pays du Nord.
Le Messager
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Défiance. Paul Biya parle à l’Occident

Au cours de sa prestation de serment, le président réélu a envoyé quelques messages cinglant en guise de réponse aux pressions des pays du Nord.

« Nous savons où nous allons. Nous sommes libres de nos choix ». Est-ce le peuple, à travers ses représentants présents en partie au palais de l’Assemblée nationale,  qui était le principal destinataire de cette phrase de Paul Biya au cours de l’allocution de son discours de politique générale pour les sept prochaines années hier, 3 novembre 2011 ?  Où alors l’ensemble des diplomates de l’Occident assis en face de lui dans l’hémicycle du palais des verres de Ngoa-Ekellé qui servait de cadre à la 7e cérémonie de prestation de serment de Paul Biya ? Tant de nombreuses voix, parmi lesquelles celle du président français se sont élevées  pour émettre des réserves sur les options des dirigeants camerounais et la manière par laquelle la présidentielle dernière s’est tenue. Nicolas Sarkozy insistait notamment sur l’organisation d’élections transparentes, la mise en place des institutions prévues par la constitution du  18 janvier 1996 et l’indépendance d’Elecam.

Hasard de circonstance ou réponse du berger à la bergère ? Paul Biya a en tout cas affirmé du haut de la tribune du parlement que « Nul ne peut valablement douter de ce que ceux qui exercent le pouvoir au Cameroun, tiennent leur légitimé du peuple souverain ». Quelques instants après avoir promis pour la énième fois la mise en place de certaines institutions prévues par la constitution de 1996. « L’Assemblée nationale sera bientôt épaulée par le Senat », a-t-il indiqué avant d’ajouter qu’« il nous faudra également installer le Conseil constitutionnel qui est un organe essentiel pour le fonctionnement de nos institutions ». Ce, afin d’assurer « aux citoyens une meilleure participation à la vie publique ».

De manière globale, l’homme du 6 novembre 1982 a exalté les progrès accomplis sur la voie de la démocratie. Car, « des dispositions ont été prises pour garantir la régularité et la transparence des élections. L’exercice des libertés publiques et le respect des droits humains sont de mieux en mieux assurés ». Cependant Paul Biya a reconnu avec les occidentaux « que certains réglages sont à faire au niveau de notre organe électoral en vue de son meilleur fonctionnement ». Mais certains barrons du régime de Yaoundé ont récusé toute corrélation entre la sortie du président Biya et celle de Nicolas Sarkozy ou encore le silence de l’axe Washington-Londres qui n’a pas encore daigné adresser  le moindre message de félicitation pour l’élection du locataire du palais d’Etoudi. Une situation d’autant préoccupante que des sources autorisées à l’ambassade des Etats-Unis à Yaoundé estiment qu’il va  être difficile que Barack Obama signe ce type de lettre au vu de la longévité de l’homme-lion et des écueils qui ont entachés la tenue du scrutin qui l’a reconduit à la tête du pays.

Pour finir, le président Biya a soutenu ceux qui estiment que la mondialisation a été travestie en « occidentalisation », du fait de l’érection des valeurs de la communauté des pays de l’Atlantique en valeurs universelles. Exposant son projet de politique internationale, le président réinvesti a souligné que son régime soutiendra « également les initiatives en vue  « d’humaniser » une mondialisation qui n’a pas tenu toutes ses promesses ».

Bilan. Les petits aveux d’échec du chef de l’Etat

Au cours de son discours « d’investiture », Paul Biya a reconnu quelques faiblesses de son régime au bout de 29 ans. Il prétend les réparer en moins de 7 ans.

Il a fait des promesses fortes ce 3 novembre 2011. Celles d’un pays  qui offre à tous des opportunités égales d’épanouissement ; d’un pays « à la croissance économique forte et durable ; en un pays à la sécurité alimentaire renforcée» ; bref en un pays du bonheur de tous et de chacun. Le contenu implicite de ce message est considéré pour de nombreux observateurs comme l’aveu de ce qu’au Cameroun, on a pas connu depuis longtemps la croissance économique, la sécurité alimentaire ou simplement le bonheur de chaque citoyen. Or, le comptable de ce bilan n’est autre que Paul Biya lui-même qui tient les rênes de la gestion de la chose publique  sans discontinuer depuis 29 ans.

Comme pour conforter dans leur thèse ceux qui ont accusé le président Biya d’inertie, lui-même a clamé « L’heure est à l’action », une façon latente  d’indiquer peut être que depuis plusieurs années on a ergoté, atermoyé, péroré sans poser des actes.

Dans sa logique du bilan de « grandes ambitions » étalées sur les années 2004 -2011, il a passé en revue les promesses faites. Celle de la relance de l’agriculture, du logement social, du développement énergétique. Sciemment ou inconsciemment le chef de l’Etat  a reconnu que les 10 000 logements promis en 2004  restent invisibles. A contrario, il a à nouveau promis qu’avec le concours du secteur privé, on pourrait le mener à terme. Mais ne s’est pas essayé à fixer un délai. Tout comme il n’a pas fixé de nouveaux délais pour la construction des barrages de Lom Pangar, Memve’ele, Mekin et les centrales qui leur sont associées. Le locataire d’Etoudi s’est contenté d’un « seront une réalité dans les prochaines années », mais en tout cas, au cours du prochain septennat. Mais l’on se souvient que Paul Biya promettait leurs réalisations au cours du septennat qui s’est achevé ce 3 novembre 2011. Faute de les avoir réalisés, il les a promis une fois.

Déboires

Sur le plan politique, le président  investi pour la 7e fois d’affilé a lui-même admis que le fait de n’avoir pas mis sur pied un sénat handicapait le fonctionnement du parlement. « L’Assemblée Nationale sera bientôt épaulée par le Sénat. Le pouvoir législatif sera alors exercé par un parlement complet où les collectivités territoriales décentralisées seront, elles aussi, représentées », a-t-il martelé. Autrement dit, le chef de l’Etat prend conscience des dégâts causés par l’absence d’une institution qui aurait dû être créée depuis des lustres. Il fait le même aveu « d’échec » pour le conseil constitutionnel qu’il reconnaît être un « organe essentiel  pour le fonctionnement des institutions ». Comme il en fait également pour  l’absence des conseils régionaux pourtant prévus depuis 1996.

Seulement, ces  déboires sur les plans social, économique et politique sont rangés par leur comptable au cours de son discours de politique général pour le septennat qui commence ce jour,  dans le compte ; soit de la conjoncture économique mondiale et en filigrane ses corolaires comme la détérioration des termes de l’échange ou les programmes d’ajustement structurel ; soit de l’insuffisance de l’engagement de ses collaborateurs ou simplement de ses concitoyens. Sur ce dernier point, il se  promet d’évaluer les ressources humaines commises à la réalisation de certains chantiers. En gros, à écouter le président de la République ce 3 novembre 2011, si le Cameroun n’a pas beaucoup évolué c’est la faute aux Camerounais et s’il a connu quelques succès, comme la paix et la stabilité, malgré les convulsions de la sous-région, tout le mérite lui revient.

Rodrigue N. TONGUE

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