08/11/2011 15:56:11
Joe Frazier : la mort d'une légende
A 67 ans, Joe Frazier est mort des suites d’un cancer du foie. Ancien champion du monde « Smokin » Joe a marqué l’histoire de la boxe par sa rivalité avec Mohamed Ali.
Le ring et la plume
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A 67 ans, Joe Frazier est mort des suites d’un cancer du foie. Ancien champion du monde « Smokin » Joe a marqué l’histoire de la boxe par sa rivalité avec Mohamed Ali.

Philadelphie, Pennsylvannie. Au pied des marches du Museum of Art, la statue de Rocky Balboa. La ville honore son héros fictif, mais pleure le vrai : Joe Frazier, emporté par un cancer du foie. Il fallait bien un duel aussi inégal pour ne pas voir Frazier se relever, sinon gagner, au moins survivre.

Sa vie, il l’aurait mise en jeu sans sourciller, pour disputer une ultime reprise. Dans l’enfer de Manille, un soir de 1975, c’est son entraîneur qui le force à l’abandon à l’appel du dernier round. Ses yeux sont tuméfiés, presque entièrement fermés par la répétition des coups. Joe Frazier ne verra pas qu’à l’autre bout du ring, Mohamed Ali s’est évanoui d’épuisement. A ses proches, il confiera n’avoir jamais vu la mort de si près.


« Thrilla in Manilla », le troisième et dernier combat entre Ali et Frazier, est disputé aux Philippines, sous la bienveillance financière du dictateur Ferdinand Marcos. Un duel où les limites de la violence ont rarement été repoussées si loin : « le combat du siècle », et l’épilogue d’une rivalité brutale entre les deux hommes. Voir le documentaire ici.

« Aujourd’hui, je parle, je marche, je suis vivant. C’est moi qui ai gagné le combat »

Dans l’Amérique du début 70s, c’est Joe Frazier qui domine les poids lourds. Ali, lui, purge son opposition à la guerre du Vietnam en paria. Pour légitimer son règne, Joe Frazier va aider Ali à récupérer sa licence professionnelle. Il lui donne même de l’argent pour subvenir à ses besoins. Mais une fois son bien récupéré, Ali déclenche la guerre des mots. Son habituelle provocation laisse place à la haine, le verbe aux insultes : « oncle Tom » (Noir soumis aux Blancs), la pire des insultes pour un afro-américain, « gorille », entre autres gestes simiesques pour moquer son adversaire…


Joe Frazier ne pardonnera jamais, malgré ses efforts de façade et les excuses publiques d’Ali dans une interview au New York Times en 2001. En parlant de son rival, Joe prenait plaisir à répéter : « regardez ce que je lui ai fait ! Aujourd’hui, moi je parle, je marche, je suis vivant. Le combat, c’est moi qui l’ai gagné. » Le premier, en tout cas, et non le moins important. Le 8 mars 1971, Joe Frazier met Ali au tapis, et lui inflige sa première défaite par décision unanime, devant 300 millions de téléspectateurs.

Avant chaque combat, son vieil entraîneur lui répétait : « faut que ça fume, faut que ça fume ! ». Un crédo que Joe applique avec ferveur, d’où son surnom : « Smokin » Joe, un buffle qu’il vaut mieux abattre, sous peine de le voir revenir à la charge incessamment. Plutôt petit pour un poids lourds (1m82), Joe Frazier compense son déficit d’allonge par un physique et un punch hors normes. Râblé comme un pilier basque, Frazier avance garde en croix, agresse et asphyxie ses adversaires.

Ali-Frazier au féminin

« Je n’ai jamais eu peur, jamais dans ce sport que j’aime. George Foreman m’a corrigé deux fois, et alors ? On y retourne maintenant si il le faut. » A le voir engoncé dans son peignoir des grands soirs, user ses derniers jabs sur une poire de vitesse (voir la vidéo à 6’45), on se dit que la passion n’a jamais vraiment quitté Joe Frazier. Après sa retraite en 1981, il avait pris des fonctions d’entraineur puis d’éducateur dans les quartiers nord de « Philly ».



Longtemps, il entraîne sa fille Jacquie, qui hérite du grief de son père. En 2001, elle affronte Laïla Ali, la fille de Mohamed, dans un des combats les plus médiatiques de l’histoire de la boxe féminine. Et autant vous dire que les deux hommes n’étaient pas très loin du ring à ce moment là. Chacun de son côté.

Des deux éternels ennemis, l’histoire a voulu que ce soit lui qui parte en premier : Joe Frazier, un nom trop souvent oublié des mémoires et aujourd’hui rappelé à juste titre. A Philadelphie aussi, on a préféré un monument à Rocky Balboa. C’est pourtant lui, Joe Frazier, l’enfant élevé à la dure, le bourreau de travail à l’entrainement. Lui encore qui dévalait les marches du Museum of Art et frappait de ses mains les carcasses de viande. Dans les rues de Philly, il manque une statue. Il manque un homme.

Jean Charles Barès

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