11/11/2011 04:14:45
Des grandes ambitions aux grandes réalisations avec l'argent des autres !
... résultat des courses, le point d’achèvement ne nous a rien apporté et tant que les économistes de notre pays resteront des comiques, les grandes réalisations seront une pâle copie des grandes ambitions !
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C’est le professeur Ki-Zerbo avec son ouvrage-conférence « la natte des autres, pour un développement endogène de l’Afrique » à Dakar en 1992 qui m’a suggéré le titre de cet article. Non je ne peux point l’oublier au moment où j’ouvre l’ouvrage de Thomas Sowell :ThomasSowellreader.

Thomas Sowell(photo) est l’un de ces grands esprits qui honorent les Etats-Unis : Noir, élevé dans le sud des Etats Unis à une époque où la ségrégation y sévissait encore (il a plus de 80 ans), il est parvenu à la force du poignet à devenir professeur d’économie dans les plus prestigieuses universités des Etats-Unis sans bénéficier d’aucun passe-droit.

Patriote, ancien « marine », libéral autant qu’on peut l’être, docteur en économie de l’Université de Chicago, muni d’une plume fort aiguisée, il commente l’actualité dans des chroniques régulières reprises dans de nombreux journaux aux USA, et est résident du « Hoover Institute», le think tank libéral de la côte Ouest. A l’heure où tout le monde s’interroge sur les plans économiques de l’équipe du RDPC pour passer des « Grandes Ambitions » aux « Grandes Réalisations », j’ai pensé qu’on pourrait lire ce qui nous est proposé en chaussant les lunettes de ce frère de race et de pensée.

A la rencontre d’un grand monsieur qui nous parle…

Je ne suis pas économiste et le peu que je sais de l’économie je le dois à mes trois premières années à Sciences po, mais aussi à mes échanges avec deux de mes frangins, Aubin NgwaZang de regretté mémoire et Yves DjofangKanga professeur d’économie internationale et financière. Chaque fois que je fais une découverte je voudrais la partager avec les camerounais parce que toute ma pensée intellectuelle est orientée vers le développement du Cameroun. Je pense que Thomas Sowell peut nous aider à comprendre beaucoup de choses. J’ai trouvé au fond d’une bibliothèque  « Thomas Sowellreader » un volume de 240 p environ divisé en huit chapitres. A la lecture l’on découvre que cet homme permet de décrypter la vie économique, sociale et politique de façon particulière.

Parmi les concepts développés par Sowell, il y a celui des 4 marches qui mènent à l’enfer. L’enfer est ce que nous supportons tous mal dans les traditions négro-judéo-chrétiennes. Le Père Eloi Messi pourrait nous en parler longuement ! Mais aventurons nous donc avec ceux que Sowell appelle les « Oints du Seigneur » un peu comme David et Salomon ou encore plus proche de nous Bokassa. Ceux-là savent bien mieux que le peuple ce dont le peuple a vraiment besoin. Ces bonnes âmes découvrent, d’ailleurs très souvent après un tour de baguette magique, qu’un problème qui existait peut être (ou peut-être pas) doit être traité toutes affaires cessantes.

Voici les différentes étapes nécessaires ou pas pour y arriver.

Etape numéro 1, donc : Découverte du problème. Immédiatement, nos hommes présentent des solutions qui, curieusement, passent toujours par l’accroissement du rôle de l’Etat et de leur pouvoir – à eux - tandis que ce sont eux et leurs troupes qui seront bien entendu en charge de mettre en place la dite solution.

La solution préconisée est mise en place (Etape numéro 2). De cette « solution » ils attendent une amélioration de la situation et l’arrivée inéluctable dans ce que Sowell appelle le scenario (A). Les opposants expliquent que rien de tout cela ne va marcher et que nous allons nous retrouver en face de la situation (Z). Les « oints du Seigneur » et les media (les media sont remplies de « oints du Seigneur ») accusent immédiatement les opposants d’être des esprits simplistes, de manquer de la compétence nécessaire pour juger (qu’eux ont, bien sùr), d’égoïsme et, cerise sur le gâteau, d’être vendus aux forces du grand capital. Inéluctablement, la situation se détériore et nous nous retrouvons, comme l’avaient prévu les opposants en (Z).

Nous retrouvons dans une situation bien pire que celle qui prévalait au départ, sauf pour nos "anointed" bien sùr qui ont vu leurs pouvoirs et leur prestige s’accroitre considérablement. Comme les "oints du Seigneur" possèdent la Vérité et que leur rôle est de la dire au peuple émerveillé et reconnaissant, la contre-attaque s’organise autour de trois principes (phase 4) :

1. La situation aurait été bien pire si la solution qu’ils ont recommandé n’avait pas été adoptée, et l’échec, qui n’est que temporaire, vient du fait que leur solution n’a pas été appliquée avec assez de vigueur.

2. Des facteurs nouveaux et non prévisibles sont venus déranger leurs plans qui, sans ces facteurs nouveaux, auraient fonctionné à la satisfaction générale, et quiconque en doute devrait être envoyé dans un asile psychiatrique

3. Les opposants restent de toutes façons ce qu’ils ont toujours été, des esprits simplistes et sans intérêt. Ils n’ont eu raison que par hasard, et d’ailleurs il faudrait qu’ils puissent prouver que la situation désastreuse actuelle a été créée de toutes pièces par les recommandations de nos "oints du Seigneur" et non pas par des facteurs exogènes (voir point n°2)

Cet article ne vous rappelle-t-il rien ? Mon épouse Bernadette-Aimée du coin de l’œil a une idée bien arrêtée dessus. Oui cette analyse s’applique bien à notre pays et à sa situation économique.

Si nous prenons notre lunette, nous pourrons mieux voir le bout tunnel tant promis et passer rapidement des grandes ambitions aux grandes réalisations ! Oui tous les hommes politiques du Renouveau peuvent être qualifiés « oints du Seigneur » comme notre bon Bokassa se faisant couronner dans la cathédrale de Bangui le 4 décembre 1977 devant un parterre impressionnant de personnalités politiques, économiques et religieuses du monde entier. Nous n’en sommes pas encore là au Cameroun !  Mais imaginons un instant la bande du RDPC avec ses ministres, ses chargés de missions, ses archevêques et ses évêques dans leur tenue d’apparat demandant à Charles Ndongo aux commandes des commentateurs de la CRTV, à Séraphin Fouda l’économiste de service de leur briser l’ampoule sacrée sur le front, et le résultat est le même.

Pensons à notre CFA (le Franc des Colonies Françaises d’Afrique) avec lequel nous allons mettre en pratique les grandes réalisations en remboursant les dettes contractées en Euro ou en dollar. Nous l’avons depuis 1945 c’est-à-dire avant la naissance de l’UPC le parti nationaliste avec sa longue lignée de martyrs. Le CFA ? Nous sommes 14 dans ce bateau à quatre principes fondamentaux : garantie de convertibilité illimitée du Trésor français, fixité des parités, libre transférabilité et centralisation des réserves de change. C’est dire !

Si nous avons toujours notre lunette nous pouvons réaliser que nous ne sommes pas sortis du tunnel, que les grandes ambitions ont du mal à se transformer en grandes réalisations, que le Cameroun en janvier ne sera pas un vaste chantier, que le choléra n’a pas été jeté hors de nos frontières, que les routes tuent encore plus, que les plus nantis sont toujours plus riches en millions voire en milliards, même si c’est en CFA.

Non ce n’est pas vrai, le CFA n’est pas une monnaie stable puisqu’elle a été dévaluée, elle est absente du marché dont le subit. Je confesse ne rien savoir de l’économie et de la finance, d’ailleurs dans mon foyer c’est mon épouse qui tient notre bas de laine. Cependant je suis loin d’être aveugle aussi bien qu’il puisse m’arriver de demander des comptes sur le fruit de mon travail, il est aussi vrai que je puisse m’interroger en découvrant ceci :

1945 : 1 FF = 0.59 Fcfa

1948 : 1 FF = 0.5 Fcfa


En 1958, la France sachant qu’elle allait quitter le Cameroun et l’ensemble de ses territoires d’Afrique tout en restant notre seul partenaire économique, elle a sous-évalué le franc CFA s’octroyant ainsi des conditions d’échange avantageuses.

1958 : 1 FF = 50 Fcfa

Lorsque le compte d’opération a connu son premier et unique déficit, on se serait attendu à ce que la France honora ses engagements notamment en comblant de facto ce déficit ! Mais que non ! La décision fut prise dit-on en concertation avec les Chefs d’Etat africains.

1994 : 1 FF = 100 Fcfa

Mettant en avant l’esprit de solidarité de l’Union européenne face à l’offensive américaine, elle a convié l’Union européenne au partage du gâteau :

1999 : 1 FF = 100 Fcfa = 0.15244902 euro

Le Franc Français (FF) disparaissant, 1 euro = 655.957 Fcfa

Ce n’est plus qu’un simple rappel puisque vous avez toujours votre lunette. Nous venons de parcourir effectivement chacune des étapes décrites par Sowell, résultat des courses, le point d’achèvement ne nous a rien apporté et tant que les économistes de notre pays resteront des comiques, les grandes réalisations seront une pâle copie des grandes ambitions !

Dr Vincent-Sosthène FOUDA

Chercheur à la Chaire de Recherche du Canada en Mondialisation, Citoyenneté et Démocratie
Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal - Canada
www.generationcameroun2011.com

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