11/11/2011 04:27:51
29 ans de règne: Démocratie. Une ouverture qui reste fermée
Aidé par des bureaucraties urbaines réquisitionnées par son régime dans le but ultime de la perpétuation de son pouvoir, à travers des élections qui ne sont qu’une mise en scène permanente de sa légitimité, le président de la République Paul Biya, chef d’orchestre des multiples transhumances des textes juridiques régissant l’élection présidentielle au Cameroun fait exprès de plomber le jeu démocratique...
Le Messager
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Aidé par des bureaucraties urbaines réquisitionnées par son régime dans le but ultime de la perpétuation de son pouvoir, à travers des élections qui ne sont qu’une mise en scène permanente de sa légitimité, le président de la République Paul Biya, chef d’orchestre des multiples transhumances des textes juridiques régissant l’élection présidentielle au Cameroun fait exprès de plomber le jeu démocratique.
 
A cheval entre leurre et utopie, la démocratie à la « Camerounaise » impulsée par Paul  Biya, le « messie » de 1982 sur qui les camerounais avaient cristallisé de nombreuses attentes, tarde à faire sa propre transhumance politique. Une fois de plus, les athlètes alignés par l’opposition camerounaise ou ce qui en tient lieu, atteignent la ligne d’arrivée, essoufflés et étouffés par le rythme de l’épreuve.

Après le coup de force et l’arnaque de l’élection présidentielle du 9 octobre 2011 qui vient de consacrer Paul Biya vainqueur, il est fort possible que le double scrutin des municipales et les législatives de 2012, soit comme une autre séance de vaudou politique au cours de laquelle le régime du renouveau, grâce à des appétits sans cesse croissants de sa bureaucratie administrative (qui fait feu de tout bois dans des manœuvres lugubres et des mises en scène sordides pour s’accrocher à des prébendes et portefeuilles juteux), va à nouveau utiliser l’arme du chantage alimentaire pour démanteler les derniers décombres de la volonté populaire.

On comprend du coup les craintes, les reserves et même l’indignation de la communauté internationale (notamment les Etats-Unis et autres) qui refusent de « féliciter » Paul Biya, de cautionner la mascarade, ni même d’entériner un scrutin présidentiel hanté, de bout en bout, par la fraude. Déclaré malgré le masque électoral, élu avec près de 78%, Paul Biya s’est taillé la « majorité écrasante » ; renvoyant à leurs copies les « disciples » du changement qui rêvaient du passage de l’alternance à l’alternative crédible. 22 candidats contre celui «seul » du Rdpc, à l’arrivée un pourcentage de moins de 25% des suffrages collectifs, quoique sociologiquement majoritaire, l’opposition en sort désincarnée.

Est-ce pour autant que le déraillement de la démocratie camerounaise à la lumière de la présidentielle du 9 octobre doit incomber avant tout à l’opposition camerounaise ? Dans le camp du Renouveau, on veut faire avaler absolument à l’opinion populaire, que le président Paul Biya est « bon ». Un « chantre » de la démocratie. De la même façon, est véhiculée l’idée d’une opposition en panne sèche et « politiquement » incorrecte. Une opposition que l’on dit incapable de fédérer les stratégies individuelles à la dynamique collective, après quatre confrontations (1992, 1997, 2004, 2011) à l’élection présidentielle contre un adversaire « unique », en la personne de Paul Biya.
 
19 ans de traumatisme et de désastre démocratique
 
La démocratie ne se résume pas par le nombre des partis politiques. Sa cadence et son rythme ne sont pas fonction du nombre des candidats à une élection présidentielle. Seule la volonté de l’alternance (qui est en fait l’Adn de la démocratie), peut légitimer le jeu démocratique et donner à voir que celle-ci n’est pas otage d’une autocratie. En l’absence des lois électorales crédibles qui résistent au temps, à des interférences et aux manipulations quelconques, peut-on exulter de joie et positionner la démocratie camerounaise comme le fait Paul Biya, comme un modèle de réussite ? 

Ce serait faire fausse route de penser que les forces de l’opposition camerounaise manifestent une certaine incurie ; d’un scrutin à un autre. L’union sacrée de l’opposition camerounaise (devenue une utopie), que l’on convoque à la barre, n’est pas l’unité de mesure de l’enracinement de la culture démocratique. Il n’y a pas de démocratie sans calendrier électoral connu longtemps à l’avance de tous les acteurs politiques ; pas de démocratie lorsque les stratégies personnelles ou partisanes prennent le pas sur les lois de la République. Pas de démocratie si les stratégies ne contribuent pas à permettre de régler les questions sur la mal gouvernance, l’exclusion, les injustices, la corruption, la concussion, les forfaitures impunies et la désagrégation de notre corps social.

En lieu et place de démocratie (depuis la prétendue ouverture démocratique pompeusement clamée en 1991),  les deux décennies que le Cameroun vient de traverser sont révélatrices d’un traumatisme politique qui s’apparente à un désastre démocratique sans bornes. La déchéance et l’accaparement des instruments du jeu démocratique dont fait montre le régime du Renouveau au pouvoir depuis 29 ans, l’éloignent de sa mission qui jusque-là était d’impulser le Cameroun vers une société véritablement démocratique. Il y a lieu d’attendre  pendant longtemps encore la pose de la 1ère pierre d’une nouvelle société qui prenne corps sur le démantèlement d’un Rdpc devenu trop stérile et usé par le pouvoir. Le jeu de l’alternance a pris un coup de tricherie, de fraude flagrante et du viol des consciences populaires.
 
La renaissance de Paul Biya est-elle possible ?
 
Le « messie » de 1982, peut-il efficacement, par un surpassement de lui-même, impulser une alternative politique et démocratique crédibles où transparaîssent l’alternance et son départ en 2018 ?  L’homme qui a passé trente années de magistrature suprême sans vaincre la mal vie, la misère et la galère ; sans apporter la prospérité au Cameroun est-il capable de faire sa propre mue ? Le chef de l’Etat Paul Biya peut-il faire basculer son règne jusqu’ici, jugé indolent, inerte, stérile, éreintant, économiquement « constipé », socialement instable, politiquement désagrégé et culturellement désincarné, en un îlot de paix ?  Paul Biya qui commence à se plaire dans la peau d’un « totem » ou d’un chef de « gourou », entouré d’une grande cour de courtisans et des prébendiers, peut-il renaître en renouvelant le « Renouveau » ? Le nouveau « contrat social » du président Paul Biya avec le peuple camerounais, peut-il lui permettre de se ressaisir en vue d’une nouvelle performance politique et démocratique ? 

Après avoir tiré son épingle du jeu, grâce à une victoire « facile » qui s’émancipe des troubles à l’ordre public, des contestations stériles « habituelles », le chef de l’Etat Paul Biya qui joue sa dernière partition, a l’obligation de : préparer une bonne transition politique et démocratique ; aseptiser et assainir les mœurs et la gouvernance économique et socioculturelle. Si Paul Biya le souhaite, il peut remettre les choses à plat ; susciter une émulation certaine faite de compétitivité, d’alternance et de fair-play ; tant au sein de son parti le Rdpc qu’au sein d’une nouvelle opposition rajeunie et requinquée de forces et d’hommes nouveaux.  Paul Biya qui s’échine depuis quelques temps à montrer publiquement à l’opinion nationale et internationale qu’il est encore d’attaque a encore toutes les cartes en main, pour laisser à la postérité un pays où il fait bon vivre. Assez parlé. Place à l’action.

Souley ONOHIOLO

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