11/11/2011 04:42:13
Echec économique. 1982 - 2011 : 29 ans de prospérité à reculons
Alors que le Cameroun était l’un des plus prospères d’Afrique en 1982, il est aujourd’hui pauvre et très endetté.
Le Messager
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Alors que le Cameroun était l’un des plus prospères d’Afrique en 1982, il est aujourd’hui pauvre et très endetté.

En 1982, lorsque Paul Biya arrive au pouvoir, le Cameroun est parmi les pays africains les plus prospères du point de vue économique. Le pays a en effet enregistré de très bonnes performances entre 1961 et 1985, s’appuyant dans un premier temps sur l’agriculture, puis sur le pétrole. Il jouissait alors d’un des revenus par tête les plus élevés du continent noir. Le taux de croissance économique avait atteint les 12% en 1980 et 1981. Dans les années 70, l’agriculture dominait l’économie camerounaise. Elle contribuait à 34% du produit intérieur brut et employait plus de 85% de la population active. Mais, après plus de deux décennies de croissance rapide, l’économie camerounaise s’effondre brusquement au milieu des années 1980. Des spécialistes estiment que cela est dû partiellement à l’effondrement des cours de ses principaux produits d’exportation que sont le cacao, le café, le pétrole, etc.

Mais, d’autres facteurs vont accentuer la crise. Il s’agit, dans l’ensemble, de la mal gouvernance dans la gestion des affaires publiques. Tous les secteurs d’activités sont concernés. Le cas de l’agriculture est le plus indiquatif. Dans les années 70, elle fournissait plus de 85% des exportations. Un quart de siècle après, elle ne représente pas plus de 40% de ces exportations. Les politiques définies pour sa relance ont toutes échoué : soit parce qu’elles étaient mal définies, soit parce qu’elles sont mal ou pas du tout appliquées. Au final, Paul Biya doit se rendre compte que son pays a perdu l’autosuffisance alimentaire dont il jouissait au moment où il prenait le pouvoir. Allant jusqu’à importer de la nourriture pour 550 milliards Fcfa en un an pour nourrir ses populations.

Plans d’ajustement structurels à plans de redressement sectoriels, l’économie du Cameroun stagne. Peinant à se relancer. Jusqu’au moment où, par un tour de passe-passe, il est admis comme pays pauvre très endetté et va donc bénéficier de remises sur sa dette bilatérale. C’est le début, pour les dirigeants camerounais, d’une nouvelle ère qui augure de bons auspices pour le pays. Pourtant, en 2011, la situation n’a pas fondamentalement changée. Bien au contraire. Après 29 ans de règne, le bilan de Paul Biya peut en effet être qualifié de catastrophique.

Le Cameroun se classe parmi les pays les moins compétitifs du monde, 111e sur 133 selon le Global competitiveness index. Quant à l’Indice Ibrahim 2011 de la bonne gouvernance, il le classe 38e sur 53 pays. Actuellement, la croissance économique est en dessous de la moyenne africaine, soit environ 3% contre 4%, selon les chiffres de l’Institut national de la statistique. La pauvreté est davantage grandissante. Une personne, sur quatre, vit avec moins de 700 Fcfa par jour. Le salaire minimum, 28 250 Fcfa, est le plus bas de la sous-région Cemac. Le taux de chômage chez les jeunes de Yaoundé et de Douala est de plus de 30%. Les infrastructures routières et de communications sont défaillantes. Un tiers de la population n'a pas accès à l'eau potable ni à l'électricité. Entre 2001 et 2007, le nombre de pauvres a augmenté de 900 000.

Alors qu’il amorce son 5e mandat à la présidence de la République, Paul Biya promet de faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035. Cela passera, promet son ministre actuel de l’Economie, Louis Paul Motazé, par la mise en œuvre d’ici 2020 du programme contenu dans le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (Dsce). Ce document fait un planning des actions à mener, des stratégies pour les mener et des moyens qui seront mis en œuvre pour améliorer des secteurs comme l’éducation, la santé, les transports, l’offre en énergie, l’environnement, etc. Histoire d’améliorer le quotidien des Camerounais.

Cette amélioration devrait s’accompagner de grands projets structurants, comme la construction du barrage hydroélectrique de Lom Pangar dans l’Est, ou encore le port en eau profonde de Kribi dont la pose de la première pierre a été effectuée la veille du scrutin du 9 octobre. Mais, il faudra certainement attendre de longues années avant de voir les retombées directes sur notre économie. Le barrage de Lom Pangar est prévu pour être opérationnel d’ici 6 ans. Quant au port de Kribi, il faudra attendre une dizaine d’années pour qu’il produise de l’argent frais au pays. Entre temps, il faudra que ces différents projets s’accompagnent d’autres qui, eux, sont encore en étude. Contrairement à ce qui avait été annoncé, le bout du tunnel n’est pas pour bientôt.

Alain NOAH AWANA

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