11/11/2011 05:01:04
Performances. Les «grandes réalisations » de 29 ans de magistère
En prêtant serment à l’Assemblée nationale jeudi 3 novembre 2011, Paul Biya a promis de nombreuses réalisations pour les sept ans à venir. Lutte contre la corruption, consolidation de la démocratie, perfectionnement du système électoral pour ne citer que ceux-ci. Occasion pour Le Messager de lancer un coup d’oeil au rétroviseur, question de visiter ce que l’homme du 6 novembre 1982 a accompli jusqu’ici.
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En prêtant serment à l’Assemblée nationale jeudi 3 novembre 2011, Paul Biya a promis de nombreuses réalisations pour les sept ans à venir. Lutte contre la corruption, consolidation de la démocratie, perfectionnement du système électoral pour ne citer que ceux-ci. Occasion pour Le Messager de lancer un coup d’œil au rétroviseur, question de visiter ce que l’homme du 6 novembre 1982 a accompli jusqu’ici.

« Rigueur et moralisation ». C’était le leitmotiv de Paul Biya. Le locataire du palais d’Etoudi faisait alors ses premiers pas à la magistrature suprême. Après plus d’un 29 ans de règne, rien n’a changé. Au contraire, le tableau est sombre. C’est le constat fait par la grande majorité des Camerounais. Privatisation des entreprises d’Etat, gel de la bourse d’Etat, suppression des internats, les mendiants qui envahissent les rues des villes, la poussée de nouveaux métiers informels tels les moto-taximen et cargos, les call-boxeurs, voilà ce qu’est devenu le pays d’Amadou Ahidjo, et la liste n’est pas exhaustive.

Concernant le premier cas énuméré, c’est-à-dire la privation des entreprises du secteur public, elle a envoyé plusieurs personnes au chômage. « Action de transférer au domaine de l’entreprise privée ce qui est du ressort de l’Etat », c’est ainsi que Petit Larousse illustré 2011 définie la privatisation. Dans son mémoire rédigé en 2009 sur « l’efficacité du secteur de l’électricité et sa relation avec le bien-être social des consommateurs au Cameroun », Maxime Kamdem Kamdem explique que la privatisation au Cameroun regroupe trois notions : la dénationalisation (la cession d’entreprises nationales ou nationalisés), la désétatisation (qui consiste à instituer dans les entreprises un cadre de gestion proche du secteur privé), et la déréglementation (libérer un certain nombre d’activités qui peuvent être concurrencées par le marché).

La décision de privatiser certaines entreprises prend corps au Cameroun vers la fin des années 1990. Cinq ans plus tard, elle se concrétise. Le gouvernement de Paul Biya décide de céder les entreprises de services publiques, à savoir la distribution de l’eau, les télécommunications et l’électricité aux étrangers. Pour se justifier, le gouvernement Camerounais dit qu’il s’agit  de booster la qualité du service fourni. C’est dans cette mouvance que la (Société nationale d’électricité) Sonel est privatisée en 2001 et passe entre les mains des Américains pour devenir Aes-Sonel. A ce jour, plus d’une vingtaine d’entreprises sont privatisées(confère tableau ci-dessous), avec des capitaux élevés cédés aux étrangers. Bref, le Cameroun n’a presque plus de société où il détient la quote part. La privatisation de ces entreprises, faut-il le rappeler, est un facteur pas anodin du chômage au Cameroun.

Gel de la bourse académique

Paul Biya et plusieurs de ses collaborateurs ont bénéficié des bourses d’Etat. « Ces bourses m’ont permis de fréquenter sans trop dépendre de mes parents. Et de plus, on trouvait dans les mini-cités des chambres de 5000 Fcfa », témoigne Doumbè. Ce cinquantenaire croit savoir que « la bourse variait entre 30.000 à 45.000 Fcfa dans les instituts privés, et de 20.000 et 30.000 Fcfa dans les universités d’Etat ». Et d’ajouter sous un ton triste : « Je plains la jeunesse d’aujourd’hui. Si les parents ne sont pas fortunés, les enfants ne peuvent pas aller à l’école, ce qui n’était pas le cas à l’époque. De plus, ils ne sont plus sûrs qu’après les diplômes ils vont trouver de l’emploi ». C’est en 1993 que la réforme de « Titus Edzoa » sonne le glas des bourses.

Au compte des structures fermées, les internats ne sont pas en reste. Le lycée de New Bell à l’époque appelé Collège moderne des jeunes filles, le collège Libermann, le lycée technique entre autres, pour ce qui est de Douala avaient des internats. A Yaoundé, on peut citer le collège Vogt, le lycée Leclerc où le président de la République était d’ailleurs interne. «Dans les internats, il y’avait une discipline tous azimuts. C’était le lieu où on apprenait le civisme. L’internat brassait tout le monde, sans distinction de classe sociale. Nous vivions dans les mêmes conditions et partagions les mêmes réalités », confie Sandra Nyoum, ancienne séminariste. A soixante ans bien sonnés, Sandra pense que l’école au Cameroun a perdu de sa valeur. Elèves et étudiants, selon elle, se livrent à des attitudes très « défiantes et surprenantes ». Elle se souvient encore de l’affaire des deux élèves du lycée Joss à Douala arrêtés en octobre 2011 pour possession de cannabis. Les personnes du troisième âge se plaignent en outre de la dépravation des moeurs. Il faut reconnaître que devant la fermeture de toutes les salles de cinéma dans les années 2000, les jeunes n’ont plus que les bistrots comme centre de loisirs. 

Autre phénomène marquant sous l’ère Biya, les motos taxi. Ces engins à deux roues sont devenus le moyen de locomotion le plus prisé des Camerounais. Entrées au pays par le Grand-Nord en 1990, elles ont fait leur nid dans les dix régions du pays. C’est dans un contexte socio-économique difficile caractérisé par : la fermeture des sociétés des transports urbains du Cameroun (Sotuc), la dégradation des voies de communications, la crise économique des années 1990 notamment que les motos-taxi encore appelées «bend-skin » émergent à côté des cargos. N’allez pas croire que les moto-taximen, acteurs de ce secteur le font de gaieté de cœur, comme le dit Clovis Souegpi, tenancier d’un Brevet de technicien supérieur  : « C’est faute de mieux que j’exerce ce métier. Je préfère me débrouiller de cette façon que d’aller mendier ou voler ».  Clovis est le symbole de ces jeunes qui attendent inlassablement un geste salvateur du gouvernement.

En sus du chômage, l’une des conséquences des éléments suscités est la fuite des cerveaux vers l’Occident, à la recherche de l’Eldorado. Et comme le disent les Camerounais, « on va faire comment ?». A Paul Biya d’y répondre.

Valgadine Tonga

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