17/11/2011 04:49:05
Gestion du pouvoir. Paul Biya : le règne sans partage d'un monarque
« Un dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi» affirmait François Mitterrand. Mais voilà : Paul Biya n’est pas un simple dictateur comme on en a connu en Afrique et ailleurs.
Le Messager
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Le rêve, c’est l’application de la théorie de Montesquieu dans toute sa rigueur : tout le pouvoir législatif au Parlement et tout le pouvoir exécutif au président. Cette spécialisation des organes a pour corollaire l’indépendance. Chaque organe se cantonne dans ses fonctions et s’y tient. Dans les faits, c’est tout le contraire. Paul Biya dispose d’un arsenal juridique, des règles et pratiques non écrites qui font de lui  le monarque absolu,  ou presque.           

« Un dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi» affirmait François Mitterrand. Mais voilà : Paul Biya n’est pas un simple dictateur comme on en a connu en Afrique et ailleurs. Comme le disait Achille Mbembe : « Monsieur Biya y a ajouté un zest de Machiavel à l’africaine, à travers un style de gouvernement que j’appelle « le gouvernement spectral », le gouvernement par l’inaction et par l’immobilisme. Il n’a même pas besoin d’être sur place. Il s’est entouré d’à peu près une centaine de vieillards qui, à leur tour, contrôlent la majorité des cadets sociaux, des femmes et des jeunes. Et d’ajouter : « les gens ne veulent pas prendre le risque de mourir pour des causes qui leurs sont chères. Comme partout ailleurs en Afrique, ils estiment que la liberté peut leur être octroyée, disons, à crédit. Et tant que c’est le cas, tant que cette mentalité persiste, Monsieur Biya peut dormir absolument tranquille. »

30 ans au pouvoir et la perspective d’y être ad vitam aeternam, c’est parce que le président de la République est la clé de voûte du système politique camerounais. La constitution lui confère des pouvoirs très importants : il définit la politique de la nation, veille au respect de la constitution , assure par son arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics. Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire, de la permanence et de la continuité de l'État, du respect des traités et accords internationaux (article 5 de la constitution). Dans les extraits de la constitution du 18 janvier 1996 relatifs au président de la République , ses prérogatives et son mode d'élection, le chef de l’Etat, en l’occurrence Biya, est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, de la permanence et de la continuité de l’État, du respect des traités et accords internationaux.

Dans l’exercice de ses fonctions, et disons pour la conservation de son pouvoir, Biya dispose d’importants atouts au nombre desquels l’armée et l’argent. Les Camerounais ont peur et ont faim. Cela suffit pour que le président règne sans partage, assuré  de disposer de l’un et l’autre. La dernière élection présidentielle atteste des moyens importants dont le président s’est servi pour conserver «démocratiquement» le pouvoir, s’offrant un bail de sept ans de plus.

Sur le plan politique, il peut compter sur une opposition et une société civile émasculée : « le régime camerounais en particulier, est parvenu, je dirais à émasculer la société civile. L’alternative politique au Cameroun dans les circonstances actuelles ne sera pas le produit des élections », disait Achille Mbembe. C’est le cas surprenant de la très respectée Pauline Biyong qui s’est mise à faire la danse du ventre dès qu’elle a eu le pied à l’étrier à travers Elecam.

Côté opposition, souligne Mbembe, « Monsieur Biya a mis en place un rouleau compresseur, qui a permis effectivement de faire imploser le Sdf. Le Sdf paie d’autre part son propre aveuglement et son incapacité à analyser objectivement les transformations de la société camerounaise, à s’engager dans une lutte politique sur le long terme. Et donc, nous avons à faire aujourd’hui à une opposition, je dirais imbécile, qui ne sait pas faire masse et qui a perdu énormément de sa crédibilité. »  Au niveau de ses soutiens extérieurs, Biya peut compter sur la France.  « Les élites gouvernantes françaises ont grand intérêt à ce que perdure, en Afrique centrale en particulier, un ensemble de satrapies au Congo, au Cameroun, au Gabon, au Tchad, qui sont devenues des chiens de garde des intérêts français en Afrique ».  

Hier, c’est Chirac qui lui envoyait des  félicitations avant même que la Cour suprême proclame les résultats, aujourd’hui c’est la France, par la bouche de son ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a qualifié l’élection au Cameroun « d’acceptable ». Bien avant que Biya soit proclamé élu par la Cour suprême. Dans ce cas, Paul Biya a encore des beaux jours et des septennats infinis devant lui. Un roi c’est éternel…
 
Edouard Kingue

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