17/11/2011 16:40:31
Campagne électorale en RDC : cette affaire-là va mal finir !
Coup de machettes et gaz lacrymogène entre les milices « militants » des partis de la Mouvance kabiliste ! Coup de gourdins entre combattants des partis de l’Opposition. Intifada enfin, entre les « karatekas » de la Mouvance présidentielle et combattants de l’Opposition. Tel se présente le paysage préélectoral à 12 jours des scrutins au Congo Kinshasa. Du rififi ! Rien que du rififi depuis le coup de siffle du début de la campagne électorale en RD Congo. Les Congolais ont pété le plomb.
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Coup de machettes et gaz lacrymogène entre les milices « militants » des partis de la Mouvance kabiliste ! Coup de gourdins entre combattants des partis de l’Opposition. Intifada enfin, entre les « karatekas » de la Mouvance présidentielle et combattants de l’Opposition. Tel se présente le paysage préélectoral à 12 jours des scrutins au Congo Kinshasa. Du rififi ! Rien que du rififi depuis le coup de siffle du début de la campagne électorale en RD Congo. Les Congolais ont pété le plomb.

Lundi 7 novembre 2011, dans la province du Maniema à l´Est de la RD Congo, les « zoulous » de l´ Alliance des forces démocratiques du Congo du président Modeste Bahati et ceux de son camarade de la Mouvance présidentielle, le ministre-président Athanase Matenda de la Nouvelle alliance des démocrates se sont affrontés à la machette dans la localité de Kalima au Maniema. Bilan provisoire : plusieurs blessés et quelques disparus.

L’accrochage est survenu quand les deux « Kuluna » en cravates de la Mouvance kabiliste ont chacun organisé son carnaval et que leurs milices, machettes à la main, se sont croisés à mi-chemin. Cette altercation, spécule-t-on, traduit la mauvaise humeur entre les deux présidents fondateurs deux partis satellites membres de la Mouvance présidentielle. Les biceps ont encore parlé le dimanche 6 novembre au Maniema cette fois entre les « judokas » du ministre-candidat « indépendant » Alexis Thambwe Mwamba et ceux du Adolphe Ndokili, étiqueté PPRD (Parti du peuple pour la « démocratie ») ! Tenez : les bâtiments abritant les bureaux de ces deux partenaires de la Mouvance présidentielle ont été volontairement incendiés au quartier Lumbulumbu à Kindu. Les deux alliés de Joseph Kabila s´accusent mutuellement de pyromanie et d´intolérance (Radiookapi).

Au Katanga de bilulu du feu Jean de Dieu Ngunz´a karli-bond, les « fous » de Dieu Kyungu wa Kumwanza, président fondateur de l´Unafec en sigle, sont en pied de guerre contre l’Udps de Tshisekedi, son ancien allié des années de plomb, sous la dictature mobutienne. Gabriel Kyungu wa Kumwanza est devenu « célèbre » pour sa prêche en faveur de l’épuration ethnique des Congolais non originaires du Katanga.

A en croire le journal en ligne (Congoindependant), le « Pasteur » Daniel Ngoy, père spirituel du « rais congolais » et président de la Commission électorale congolaise, voudrait prendre la tête de la « lutte anti-violence préélectorale ». Le journal d´ajouter qu´il a d’ailleurs invité « le sinistre procureur Luis Moreno-Ocampo de la très raciste Cour pénale internationale à se saisir de toute personne contrevenant à la loi électorale ».

Et quand tonton Tshisekedi se rebelle

Du haut de ses 78 ans, le candidat n° 11 a décidé de « terroriser » les terroristes au pouvoir à Kinshasa. Pour le leader charismatique de l´Udps, fini la récréation et plus rien ne sera plus comme avant. Déjà le dimanche 6 novembre dernier, à partir de l’Afrique du sud, le président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a réaffirmé sa volonté d’envoyer sa foule de combattants à l’assaut des prisons de Mbuji Mayi, Lubumbashi et à Kinshasa si ses partisans n’en sont pas sortis. Le vendredi dernier, en campagne à Kisangani, il est revenu en charge en menaçant de donner l’ordre à ses combattants d’envahir les prisons congolaises en vue de libérer ses militants qui y sont injustement incarcérés. Il a formulé des menaces similaires à l’endroit de Mende (cancrelat en Swahili), ministre terroriste de la communication du gouvernement Kabila, qu’il a accusé d’avoir coupé le signal de la télévision qui avait diffusé ses précédents «propos violents».

Selon lui, si Lambert Mendé ne rétablissait pas le signal de la dite télévision, il donnerait l’ordre à ses militants d’aller « au bureau de Mende [...] qu’ils le terrorisent très fort pour qu’il sache qu’au Congo les choses ont changé ». Oui cette fois les choses ont changé ! Ce n´est pas Daniel Ngoy, pasteur-président de la cynique Commission électorale au Congo, qui va dire le contraire après ses mésaventures vécues dans un restaurant en Afrique du Sud. Vive les élection-révolution en RD Congo.

Et si Mzee Annan avait raison !

Dans une tribune publiée mercredi 19 octobre dans « Fraternité Matin » à Genève, Mzee Kofi Annan a rappelé la nécessité d’avoir à la tête de la Cour pénale internationale une personnalité indépendante. Il a mis en garde contre ce qu’il a qualifié de « manœuvres politiciennes, qui ne doivent pas s’immiscer dans l’élection d’une personne qui exercera des fonctions aussi importantes ». Pour Annan, « le rôle capital que le procureur est amené à jouer et la nature de ses responsabilités : traduire devant la justice internationale les auteurs de génocides, crimes contre l’humanité, crimes de guerre ; dans le cas où l’Etat sur le sol duquel ces infractions ont été commises est déficient ».

Après ce constat amer du sage Annan. Le procureur sortant Luis Moreno Ocampo (photo ci-contre) a surpris dans une déclaration fracassante qu’il a faite le vendredi 11 novembre 2011 sur la situation de la campagne électorale au Congo Kinshasa. Il a averti que « nul ne doute de notre détermination (bureau du procureur de la CPI) à prévenir et, le cas échéant, à poursuivre tout crime relevant de notre compétence ». Le sortant Luis Moreno est il sincère avec lui-même ou bien il a fait cette déclaration sous la dictée de la communauté internationale hypocrite qui a aidé, au nom de la démocratie, les « rats » libyens à rayer sur le territoire libyen le feu colonel Kadhafi dans un égout quelque part dans la ville de Syrte en Libye.

Les congolais de Kinshasa sont septiques de la bonne « intention » du procureur de la Cour pénale internationale de poursuivre afin en justice les anges de la mort sur le territoire congolais ; car d´aucun se demande à quand le procureur, en fin de mandat à la Cour pénale internationale, va poursuivre le sortant Kabila contre les violations massives des droits humains en RDCongo ? Et les congolais de citer à l’appui de leur thèse : Le rapport Mapping du 1er octobre 2010 qui revient sur les crimes commis au Congo de 1993 à 2003. Certains congolais ont réussi, une année après la publication de ce rapport, à identifier plus ou moins 400 criminels. Certains d’entre eux sont présents dans le gouvernement à Kinshasa. Ils ne sont pas inquiétés, en tout cas pas pour le moment, par la Cour pénale internationale ou un quelconque tribunal international.

En juillet 2009, la Fédération internationale des ligues des droits de l´Homme dresse un rapport inquiétant de 41 pages intitulé « République démocratique du Congo. La dérive autoritaire du régime ». En 2011, quelques jours avant les élections du 28 novembre en RD Congo, le Bureau Conjoint des Nations Unis aux Droits de l’homme vient de publier un rapport de 25 pages sur les Droits de l’homme et les libertés fondamentales en période pré-électorale en République démocratique du Congo. Ces deux rapports ont des similitudes incroyables. Tous les deux dénoncent les violations des droits de l’homme et des libertés fondamentales par le pouvoir en place au Congo Kinshasa aux dépens des textes légaux.

Ils dénoncent l’instrumentalisation de la justice et des services de l´insécurité au profit du régime en place en RD Congo. Il est quand même drôle que la « calamité » Luis Moreno Ocampo et la fameuse communauté internationale ne poursuivent pas en justice l´auteur de toutes ces violations massives des droits de l´homme dénoncé par les agences des Nations Unies. Plus grave encore, le candidat « indépendant » Kabila a engagé une milice qu’il a équipé des motos dans le but évident de terroriser tous ceux qui pensent différemment ou collent des affiches électorales « politiquement incorrectes ». Plusieurs combattants de l’opposition croupissent à la prison centrale de Makala et dans les Gestapo clandestines des « services » d´insécurité de Kinshasa.

Ironie de l´histoire, tous (communauté internationale et les grandes puissances excepté la Chine) présentent Tshisekedi comme « monstre » après son appel à la population congolaise à « terroriser les terroristes ». Franchement le bon sens élémentaire aurait voulu que la communauté internationale fasse du candidat Etienne Tshisekedi et ses combattants un allié sûr qui pourra l´aider à débarrasser le Congo démocratique du régime terroriste de Kinshasa qui a tué les défenseurs des droits humains (Floribert Chebeya et Fidèle Bazana) dans le bureau de la police ou qui a confisqué la dépouille mortelle du feu Armand Tungula.

Pour le congolais, Tshisekedi n’a pas lancé un appel à la haine, car il n’a jamais commandité d’actes criminels et jamais, il n’a distribué d’armes à feu ni même d’armes blanches à ses partisans. Ce qui est loin d’être le cas de Joseph Kabila. Preuve à l´appui, les armes ramassées par le pasteur Daniel Ngoy, lors de l´opération arme contre 100 dollars, font aujourd´hui abonnés absents. On ne sait pas la destination qu´a pris ces armes. Pas plus qu´une semaine, l´artiste-musicien Fabrice Mumpfiritsa de la tribu Hunde à Goma a été retrouvé dimanche 6 novembre 2011 ligoté, les yeux bandés après avoir été enlevé le 4 novembre 2011.

Les mauvaises langues accusent les « hiboux » de garde républicaine du candidat « indépendant », le sortant Joseph Kabila d´être le commanditaire de ce rapt, car semble-t-il Fabrice aurait refusé de chanter à la gloire de l´homme de « cinq chantiers » mirages en RD Congo. Son crime est d´avoir voulu chanter pour l´opposition. Plus grave encore, le Bureau conjoint des Nations-Unies sur le droit de l’homme, dans son rapport de novembre 2011, a détecté 188 cas de violation de droit de l’homme et des libertés fondamentales au Congo Kinshasa. L’armée, la police et l’agence nationale des renseignements y sont épinglées. En tout cas pas l’opposition.

Question : Est-ce que la légitime défense est elle devenue le crime de guerre, le génocide ou le crime contre l´humanité ? Au procureur de la Cour pénale internationale d´y répondre !

Le sondage qui met la poudre aux yeux des congolais

A en croire certains titres de journaux paraissant à Kinshasa, le fermier de Kingakati, le sortant Kabila est accrédité de 32% d´intention de vote. Sur internet circule, depuis quelques jours, deux « sondages » qui donnent des résultats très différents : le Centre d’Etude Euro-Africain annonce la victoire de Vital Kamerhe avec 50,7%, tout comme l’Observatoire des Elections pour toute l’Afrique avec 42,76%, loin devant Joseph Kabila. Le 5 novembre 2011, coup de théâtre, un autre sondage des « Sondages/Bes » crédite le sortant Kabila de 52,2%.

Qui croire ? En tout cas pour tout observateur sérieux de la scène politique congolaise, ces sondages électoraux, dont la portée scientifique, l´impartialité et la réalité sont sujettes à caution, ressemblent étrangement à une farce de mauvais goût qui annonçait pendant de mois la victoire du sortant Gbagbo aux dernières présidentielles en Côte d´Ivoire.

Pour Marie-Soleil Frère, professeur de journalisme à Bruxelles, il paraît difficile de faire confiance aux sondages congolais. « D’une manière générale, pense-t-il, les sondages ne sont pas fiables en RDC. La plupart des instituts sont très proches de certaines personnalités politiques. L’institut de sondages "Berci" est proche du ministre du plan, Olivier Kamitatu et l’institut "Les Points" est lié au très Kabiliste Tryphon Kin Kiey Mulumba, proche du sortant Joseph Kabila. Ensuite, le problème de ces sondages, c’est qu’ils font les gros titres de la presse congolaise sans que l’on sache la méthodologie utilisée. Et cette spécialiste des médias en Afrique centrale de conclure : « on ne sait jamais sur quel échantillon ce sondage a été réalisé ? à quelle période ? Dans quelle région […] ». Comment peut-on réaliser un sondage dans un pays où il n’y a pas de recensement valide de la population ? Comment peut-on constituer un échantillon pertinent ?, s´interroge-t-il (Afrikarabia).

Par Dr. & Habil., Prosper Nobirabo Musafiri
Lecturer and senior researcher

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