22/11/2011 04:56:53
Jean Ping: Bombarder n'est pas une feuille de route...
Le président de la commission de l’Union africaine a accordé une interview aux confrères de la Crtv hier. L’intégralité de l’entretien.
Le Messager
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Le président de la commission de l’Union africaine a accordé une interview aux confrères de la Crtv hier. L’intégralité de l’entretien.

Vous avez envoyé des observateurs pour la dernière élection présidentielle qui vient de se dérouler au Cameroun. Quelle est votre analyse ?

Bien, nous envoyons comme tout le monde des observateurs partout lorsqu’il s’agit  d’élection en Afrique. Pour les élections présidentielle et législative nous envoyons des observateurs. Et depuis que nous avons eu des crises au Kenya et au Zimbabwe qui ont débouché sur les violences,  nous mettons toutes les élections  sous surveillance avant. Parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir et nous ne participons plus en venant  simplement le jour des élections et puis repartir, nous envoyons, si  les moyens nous permettent  parce que malheureusement nous n’avons pas suffisamment  de moyens, une délégation qui arrive suffisamment à temps pour voir comment les élections sont organisées, participe à l’organisation des élections et suit la proclamation et le déroulement parfait. Alors c’est ce que nous faisons  maintenant quelque part. Nous avons envoyé cette mission qui a assisté, qui a pris part comme les autres mission. Cette mission est dirigée par Mamadou Keïta, ancien Premier ministre et président de l’Assemblée nationale du Mali. Il nous a fait un rapport élogieux et indiqué que la  délégation était satisfaite et  vous avez eu l’occasion de l’interroger aves les autres.

A propos du processus démocratique en Afrique, qu’est-ce que l’Union africaine (Ua)  pense de façon globale?

Je dois vous rappeler que ce qui se passe en Afrique du Nord dans la région arabe était déjà passé au Sud du Sahara  dans les années 90 avec les conférences nationales, avec tout ce que vous connaissez ; ce n’est pas tout à fait nouveau  pour nous. Maintenant, ce temps se caractérise également par le fait que c’est surtout la jeunesse qui a déclenché ce mouvement d’une manière spontanée,  presque prévisible comme eux, peut -être. A voir cette citation de Senghor qui disait  que « le vent qui souffle sur l’Afrique aujourd’hui n’est pas un vent ordinaire, c’est un ouragan». Déjà en ce qui nous concerne, pour paraphraser,  le vent qui souffle en Afrique du Nord aujourd’hui  n’est pas un vent ordinaire c’est un ouragan. Et donc, nous avons mis en place une doctrine bien connue de lutte contre les changements anti constitutionnels qui marche où les coups d’Etat sont décriés ici et là. Nous avons pu ramener l’ordre constitutionnel dans ces pays. Beaucoup de gens me demandent simplement quelles sont les répercutions en Afrique ? Je dis regarder comment ça se passe déjà chez vous en Europe.

Si on peut parler de la Libye parce que l’opinion africaine a l’impression  que l’Ua a suivi le diktat  de l’Occident sur la situation de la Libye ?

Je crois que ce n’est pas faux, les pays africains en général se plaignaient de ne pas avoir été consultés pour une affaire qui les concerne. Tout d’abord c’est une affaire africaine parce je voulais le rappeler que ça plaise ou pas la Libye est en Afrique. Elle n’est pas en Europe, en Asie, en Amérique même pas au Moyen Orient. Et lorsque nous avons vu les gens consulter l’Union européenne (Ue), la ligue arabe et tout le monde sauf nous, vous comprenez que nous ne devons pas être particulièrement heureux de voir cela. L’Ua a soutenu  activement la révolution, en Tunisie parce que c’était une révolution pacifique, populaire et nous avons considéré que c’était notre marque légitime même si elle ne répondait pas tout à fait à nos schémas habituels sur la Constitution.

Donc il y a d’un côté la légitimité et de l’autre la légalité. Et dans ce cas-là nous avons soutenu le printemps  arabe en Tunisie. Nous avons également soutenu en Egypte même s’il y avait une différence. Ce qui s’est passé en Libye était aussi un soulèvement qui était d’abord, aussi, pacifique comme ailleurs et puis ça s’est vite  transformé en guerre civile,  nous ne pouvons pas être pour la guerre civile. Et ensuite il y avait des risques de déstabilisation du voisin par les armes. Aujourd’hui c’est un problème énorme de circulation des armes dans ce boulevard  qu’est devenu le Sahara.

Nous savions que le fil ne tient pas, et nous avons demandé aux autres qui va borner la Libye pour ce temps-ci, ils étaient incapables de répondre ;  Quel est votre feuille de route ? Ils ne répondent pas. Bombarder n’est pas une feuille de route, bombarder pour atteindre un objectif ? quel est cet objectif. On a commencé à dire que les pays africains étaient contre la protection des civils à Bengazi. La résolution 1973 /2011, les trois pays africains membres du conseil de discipline l’ont votée. Si les trois pays n’avaient pas voté,  il n’y aurait pas eu la résolution de 1973. Les autres permanents se sont abstenus, les trois pays africains ont voté, on ne peut pas faire de commentaires sur les autres.

On voit ce qui se passe en Afrique du Nord, il n y a pas encore la stabilité, comment l’Ua voit-elle l’avenir de la  stabilité de l’Afrique par apport à tout ces mouvements? Jusqu’où ces mouvements peuvent –ils aller ? Qu’est ce qui peut être fait pour les canaliser afin que l’Afrique ne soit pas perturbée, phagocytée  par certains intérêts inavoués de l’occident ?

Nous disons pour le cas de la Tunisie que nous l’avons soutenue dès le départ parce que c’était un mouvement pacifique, populaire et donc légitime pour nous consulter. Et quand on arrive aux élections, nous disons c’est aux  Tunisiens de se prononcer sur les 7 personnes. Ni nous, ni les Européens. C’était au peuple tunisien de décider lui même de son avenir. Et le peuple tunisien s’est prononcé en allant au pouvoir ce qu’on appelle les islamistes, c'est-à-dire Ennahda  avec Ghannouchi qui était très connu comme l’opposant historique. Donc il y a des gens qui commencent à voir clair. Maintenant nous pensons que c’est aux Tunisiens eux-mêmes de déterminer leur avenir. Nous les accompagnons.


Transcrit par Marie Louise Mamgué

Nb:la titraille est de la rédaction de cameroonvoice

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Alors, tout serait-il pour le mieux dans l’ambiance de la révolution  qui règne en Afrique depuis quelques temps, d’une part. Et, d’autre part le respect de la souveraineté des pays du continent par la communauté internationale, avec en première ligne l’Occident? Non ! Répond le président de la commission de l’Union africaine. Jean Ping se réfère pour cela à la gestion de la crise libyenne.

«La Libye est tout simplement en Afrique. Et lorsque nous avons vu les gens consulter l’Union européenne (Ue), la ligue arabe et consulter tout le monde sauf nous, vous comprenez que nous ne devons pas être particulièrement heureux de voir cela.» Le diplomate gabonais ne cache d’ailleurs pas les appréhensions de l’Union africaine face à la conduite du processus démocratique dont elle se fait le chantre sur le continent. C’est que l’organisation, quelque peu, agrippée à la bourse de l’Union européenne manque de poigne dans les prises de décisions concernant le continent.

Au moment même où la mondialisation et le respect des équilibres semblent constituer la trame de fond du discours politique occidental, Jean Ping dénonce les nouvelles méthodes de « la communauté internationale ». Elle qui promeut officiellement la démocratie et ne s’embarrasse pas de protestation pour arracher le pouvoir par les armes ou ignorer le choix de tout un peuple comme cela est le cas après la victoire des islamistes à la dernière élection présidentielle en Tunisie. Conséquence, le continent tout entier est exposé aux dérives.«C’est un problème énorme de circulation des armes dans ce boulevard  qu’est devenu le Sahara. Nous savions que le fil ne tient pas, et nous avons demandé aux autres qui va borner la Libye pour ce temps-ci, ils étaient incapables de répondre ».

Vous avez envoyez des observateurs pour la dernière élection présidentielle qui vient de se dérouler au Cameroun. Quelle est votre analyse ? Pour Jean Ping la réponse coule de source : «Nous avons envoyé cette mission qui a assisté, qui a pris part comme les autres missions et ce rapport qui est dirigé par Mamadou Keïta, ancien Premier ministre et président de l’Assemblée nationale du Mali. Il nous a fait un rapport élogieux et indiqué que la  délégation était satisfaite et  vous, avez eu l’occasion de l’interroger avec les autres.» Du reste le diplomate pense à propos de la situation socio-politique en Afrique en général, «il y a des gens qui commencent à voir clair».

J.O.



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