29/11/2011 01:18:34
Cameroun: 302 marins menacent de paralyser le trafic maritime
«Nous allons rétablir nos droits même au prix du sang»
Le Messager
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Ils demandent l’application du code maritime et la prise en compte des nationaux avant le 31 décembre 2011. Sinon…

«Mise en application de la règle 75/25 du code maritime. Promulgation de l’arrêté portant interdiction de divulguer la convention collective. Mise en place du salaire de base minimale du marin tel que prescrit par les organisations internationales. Que le stand by soit coordonné par la marine marchande, les marchés exécutés par les marins eux-mêmes». Telles sont les doléances adressées sous forme de menace au directeur des affaires maritimes et des voies navigables du ministère des Transports, par le collectif des marins professionnels répertoriés dans le fichier des inscrits maritimes du Cameroun. Qui demandent l’immédiate et inconditionnelle application de la règle 75/25 du code de la marine marchande, lequel stipule que 75% des activités maritimes soient réservées aux marins nationaux contre 25% pour les étrangers.

En évoquant les difficultés de formation à l’extérieur (le Cameroun étant dépourvu d’académie maritime) évaluée à hauteur de plusieurs Fcfa, ils ne comprennent pas pourquoi les pouvoirs publics accordent plus de crédit aux étrangers qui naviguent à plus de 95% sur les eaux territoriales camerounaises, et ont monopolisé les caboteurs, les suppliers et les champs pétroliers. C’est pourquoi la sécurité des plateformes est confiée à des sociétés de gardiennage. Face à ce qu’ils considèrent comme injustice, ces inscrits maritimes sont remontés et posent leurs propos révolutionnaires sur la table.

«Nous exigeons que tous les marins étrangers débarquent au profit des nationaux. Nous exigeons que le stand by job qui est une activité maritime revienne aux marins c’est-à-dire que les marchés et travaux soient gagnés et exécutés par les marins eux-mêmes et non par des agents consignataires, les schipchandlers, et quelques aventuriers du port qui sont parrainés par les grands officiers du port ou de la marine nationale, même de la présidence de la République». Et menacent. «Nous exigeons enfin que les marins soient rétablis dans leurs droits au plus tard le 31 décembre 2011, dans le cas contraire nous allons nous-mêmes nous rétablir dans nos droits en tant que Camerounais. Nous comptons sur la compétence des autorités pour éviter des débordements et des incidents ou alors le débarquement des étrangers». En attendant la date butoir de cette menace, les marins professionnels projettent d’adresser un préavis de grève et d’organiser une marche avant de paralyser le trafic maritime par le débarquement des étrangers des navires.

Albert Mienlam. «Nous allons rétablir nos droits même au prix du sang»

Le secrétaire général du syndicat national des inscrits maritimes et assimilés du  Cameroun revient sur les conditions de vie des marins professionnels.
 
Qu’est-ce qui justifie cette pétition adressée au directeur des affaires maritimes ?

Nous croyons que le moment est opportun car le directeur des affaires maritimes qui est un professionnel peut nous écouter. Il peut bien comprendre les problèmes des marins camerounais et porter nos doléances auprès de la plus haute autorité du pays. L’histoire du maritime est aussi vieille que celle du politique à la différence que l’histoire du politique a évolué. Nous sommes partis de la République fédérale pour la République unie, pour aboutir à la République du Cameroun.

Le marin fonctionne toujours avec le code de 1962. Nous avons cru que les choses allaient évoluer avec la création de la communauté des Etats de l’Afrique centrale (Cémac, ndlr) qui a fait naître un code jamais pris en compte et en application par le Cameroun qui est le pays précurseur de ce code. Le président de ce code est d’ailleurs un Camerounais (Martin Aristide Okouda, alors ministre des Transports, ndlr). Les travaux ont été effectués à Douala le 17 mai 2001 et adoptés à Bangui le 3 août de la même année. Les marins se trouvent abandonnés à eux-mêmes sans aucun soutien de l’Etat. Au départ on pouvait dire que cette profession se réduisait à l’aptitude physique du marin mais aujourd’hui, le maritime a évolué et le Camerounais ne trouve plus sa place à l’extérieur car il faut avoir des brevets et certificats de veille de la standard training certificate workkeaping 95.

Comme le Cameroun est dans la liste noire de l’organisation maritime internationale puisque n’ayant pas ratifié les conventions de l’organisation mondiale, on ne peut pas délivrer ce certificat aux Camerounais. Le fait que le Cameroun soit membre de l’académie du Ghana ne donne aucun avantage aux marins car il faut débourser des millions pour suivre une formation dans cette académie. Ce qui est presque impossible par rapport au niveau de vie des Camerounais. Même les formations à l’intérieur coûtent cher. Tout cela pour freiner le marin car ces certificats ne sont pas valables à l’extérieur car ces centres ne sont pas habiletés à signer à signer les certificats de navigation.

Les marins ont déjà porté leurs doléances auprès des différentes autorités de ce pays sont restées sans suite. Il est temps pour nous de se lever comme un seul homme et parler d’une seule voix pour revendiquer ce qui nous revient de droit. La maffia a pris le dessus sur le maritime. Dans nos zones nous trouvons des étrangers qui naviguent à plus de 95% sans carte maritime avec seulement leur carte nationale d’identité. Le marin camerounais se trouve souvent exclu des installations portuaires par des vigiles du port sur instructions du commandant du port.
 
Est-ce à dire que la situation du marin n’est guère enviable ?

Le marin mène une vie de misère et de pauvreté extrême. D’abord il dépense très cher pour sa formation mais ne gagne rien en retour parce qu’il ne travaille pas assez. Il n’a aucun statut social qui est d’ailleurs bafoué par des pratiques non conventionnelles avec la mise en place d’une convention collective des marins en l’absence des marins, avec comme présents le ministre du Travail et de la sécurité sociale, certains colons qui se disent armateurs sans bateau mais qui utilisent et exploitent le matériel de l’Etat. Ce sont ces derniers qui utilisent les mécanismes d’exclusion et veulent rayer le marin de leur secteur d’activité. Nous crions notre ras le bol.

Que projetez-vous faire si vos revendications ne sont pas prises en compte ?

Nous allons pour un moment nous rapprocher de l’autorité maritime et d’autres commis de l’Etat pour les expliquer que le marin doit bénéficier de ce qui lui revient de droit. Sinon, nous allons, en tant que Camerounais, rétablir nos droits, même au prix du sang.

Etame Kouoh

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