01/12/2011 18:18:46
Après avoir déporté Gbagbo à la Haye Soro nargue les Ivoiriens
24 heures après le transfèrement à la sauvette du président Laurent Gbagbo à la Haye, le Gouvernement Ouattara a tenu un conseil des ministres hier au palais présidentiel du Plateau, dans une atmosphère de triomphalisme et de jouissance absolue. Avec un discours plus que hautain de Guillaume Soro.
Le Nouveau courrier
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Les dieux sont - vraiment - tombés sur la tête en Côte d'Ivoire. Un Laurent Gbagbo suppliant de recompter les voix et qui reçoit en retour un déluge de bombes sur sa résidence, une invasion d'armées puissamment équipées. L'armée ivoirienne n'a d'autre choix que d'assumer son rôle régalien de défense du territoire national. Le clash est si terrible qu'on dénombre officiellement 3000 morts dont plus d'un millier pour la seule ville de Duekoué. Un Gbagbo sur le sol ivoirien est vraisemblablement gênant pour le régime Ouattara qui ne souhaite pas le voir parler même durant les procès devant s'ouvrir au plan national. Tout a donc été mise en oeuvre, avec le soutien indéfectible de Paris, pour aboutir au transfèrement éclair du président Gbagbo à la Haye, depuis mardi dernier.

L'on ne peut commettre des crimes de sang impunément. Cela a été vrai hier au Libéria, au Rwanda, c'est encore vrai en Côte d'Ivoire. Les victimes, les familles des victimes en ont aujourd'hui la preuve


- Guillaume Soro

Alors que les Ivoiriens (quel que soit leur bord politique) sont sidérés, meurtris, peinés, abasourdis et même sans voix devant l'acharnement de ce régime à conduire le  président Gbagbo, Guillaume Soro tente de justifier l'injustifiable. Avec un brin d'ironie, il nargue à satiété les Ivoiriens. Celui qui a été chef rebelle pendant plusieurs années et a même produit un livre «Pourquoi je suis devenu rebelle», se joue les donneurs de leçons, mais de manière très maladroite. «L'on ne peut commettre des crimes de sang impunément. Cela a été vrai hier au Libéria, au Rwanda, c'est encore vrai en Côte d'Ivoire. Les victimes, les familles des victimes en ont aujourd'hui la preuve », déclare-t-il sur un ton sérieux. «Attends de quoi parle Soro », s'est écrié un Ivoirien devant sa télé, scandalisé qu'il était. Notre cher premier ministre a-t-il oublié l'exécution horrible de la soixantaine de gendarmes et leurs familles à Bouaké, l'assassinat des danseuses d'Adjanou (et qui a fait pleuré Bédié). Se souvient-il encore des massacres de  Guitrozon, Petit Duekoué, Monokozohi et de l'ouest montagneux et très récemment le «génocide» wê de Duekoué, les exécutions sommaires sans autre forme de procès, les viols collectifs et violences sexuelles... Les Ivoiriens sont loin d'avoir perdu la mémoire au point d'oublier tous ces faits encore vivaces dans les esprits et dont les traces demeurent indestructibles. Et que fait Soro donc pour les victimes et les parents des victimes de sa rébellion de septembre 2002 ? Qui a occasionné, officiellement, près de 8000 morts. Pour celui qui jouit presque de l'immunité, «c'est l'absence de repentance et le manque d'humilité du FPI, comme le refus de celui-ci de participer à la formation du gouvernement, aux législatives et de s'engager dans la vraie réconciliation qui ont conduit l'ex-président à la CPI». Et pour donner bonne conscience à son mentor, le chef de l'ex-rébellion fait un diagnostic très clair. «Depuis le temps de sa détention à Korhogo, Gbagbo n'a entrepris aucune démarche de dialogue avec le président Ouattara. Tout s'est fait par avocats interposés », indique-t-il. Vraisemblablement, la justice des vainqueurs a encore de beaux jours devant elle. «Le monde est foncièrement injuste», disait le président Gbagbo en mars dernier. Sa déclaration a au moins le mérite de convaincre les sceptiques que Ocampo est dans un deal avec le régime.

Benjamin Silué

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE