02/12/2011 23:28:35
Maurice Kamto: Les dessous d'une démission
Le chef de cabinet du ministre démissionnaire s’est rendu au bureau hier jeudi, avant de disparaître dans la nature, après avoir appris  par voie de presse la nouvelle de la démission de son boss.
Le Messager
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Démission de Maurice Kamto. Son secrétaire particulier ignorait tout

Le chef de cabinet du ministre démissionnaire s’est rendu au bureau hier jeudi, avant de disparaître dans la nature, après avoir appris  par voie de presse la nouvelle de la démission de son boss.

Le départ de Maurice Kamto du gouvernement anime toutes les conversations dans la capitale politique du Cameroun. Au ministère de la Justice hier jeudi, l’ambiance était celle de tous les jours. Dès l’entrée du hall de cet immeuble abritant les services du vice-Premier ministre en charge de la Justice, l’on observe qu’aucune disposition spéciale n’est prise, après l’annonce par les médias du départ du très proche collaborateur d’Amadou Ali. Juste un militaire se charge d’identifier les usagers, avant de les orienter vers les bureaux sollicités.

En longeant les couloirs, l’on se rend compte que la quasi-totalité des cadres de ce ministère ne sont pas présents. Ils se trouvent en effet à l’hôtel Mont Fébé, où le vice-Premier ministre en personne préside la cérémonie d’ouverture d’un atelier sur la validation externe de l’avant projet du code pénal. Au cabinet du ministre délégué démissionnaire, c’est la sérénité totale. Les choses se déroulent comme si rien de grave ne s’était passé. Même dans son secrétariat particulier, l’ambiance est ordinaire. Selon des sources, son secrétaire particulier aurait même été présent au bureau le matin, avant de disparaître après avoir appris par voie de presse que son patron a rendu son tablier.

«Cette démission était plus ou moins attendue, car depuis deux semaines déjà, le ministre délégué déménageait progressivement ses effets propres de son bureau. On ne connaissait pas seulement le jour », confie un de ses collaborateurs visiblement pas surpris de la nouvelle. Mais dans certains bureaux, l’heure est aux supputations. Les uns pensent que l’annonce de cette démission n’est qu’une machination de la presse, puisque les médias publics n’en parlent pas. Ils attendent d’ailleurs l’arrivée imminente du ministre, qui malheureusement, tarde encore. Il est 14 heures. Le véhicule ayant à son bord le ministre Amadou Ali arrive. Celle du secrétaire général aussi. « C’est sûr qu’il a vraiment démissionné. Sinon il devait être lui aussi au Mont Fébé avec le ministre qui vient d’arriver avec le secrétaire général », tranche un fonctionnaire en service. Sur les raisons de ce départ, chacun a son point de vue.

Si certains pensent qu’il a quitté le gouvernement pour se consacrer à son travail à la cours pénale internationale, d’autres soutiennent que Maurice Kamto aurait été contraint à démissionner. « C’est une histoire très délicate». L’épouse de Kamto qui est cadre au ministère des Relations extérieures aurait divulgué aux Français certaines informations très confidentielles relatives à la sécurité de l’Etat et à l’Opération Epervier. Cela aurait fâché le chef de l’Etat. Depuis presque 5 mois, les deux ne signeraient plus aucun document. Ce serait une façon d’amener Kamto à la démission.

Examen. Les dessous d’une démission

Le désormais ex- ministre délégué auprès du vice- Premier ministre en charge de la Justice va retrouver la liberté de pensée qu’on lui connaît depuis toujours, en tant que l’un des universitaires les plus brillants du Cameroun. Sauf qu’au sein du sérail, on accepte mal un tel « affront ».

Le Pr Maurice Kamto vient de crever l’écran. Mercredi 30 novembre 2011, le jour même où sa démission a été rendue publique, il a bien assisté à l’Immeuble Etoile, au traditionnel Conseil de cabinet du gouvernement de la République qui intervient à la fin de chaque mois. Et comme d’habitude, la réunion était présidée par le Premier ministre Yang Philémon. En début de soirée de ce 30 novembre 2011, au palais de l’Assemblée nationale, alors qu’on vient d’apprendre que sur instruction de l’Exécutif, une session extraordinaire a été convoquée pour jeudi 1er décembre à 16h, une rumeur sur une probable démission du ministre délégué auprès du vice-Premier ministre, en charge de la Justice se fait persistante.

Après vérifications, l’on se rendra compte très tard dans la nuit, qu’elle est fondée. Un communiqué de presse, signé de Maurice Kamto sera distribué en début de soirée dans certaines rédactions à Yaoundé. Dans le dit communiqué, publié intégralement le lendemain à la « Une »  du quotidien Le Jour du 1er décembre 2011, l’auteur de « L’urgence de la pensée » écrit : « J’ai l’honneur de porter à la connaissance du peuple camerounais ma décision de me retirer de mes fonctions de ministre délégué auprès du ministre de la Justice, à compter de ce jour, 30 novembre 2011 ».

Un peu comme s’il sentait le besoin d’expliquer le contexte de sa décision, le Pr Maurice Kamto poursuit : «Cette décision n’est pas –et ne saurait en aucune manière être interprétée comme- une remise en cause de l’issue de l’élection présidentielle du 09 novembre 2011(le professeur Kamto voulait certainement parler de l’élection présidentielle du 09 octobre 2011 ndlr), à laquelle je n’étais du reste pas candidat. » Il finit son texte en disant que : « J’entends continuer, autrement, à apporter ma modeste contribution à l’œuvre exigeante, mais combien exaltante d’édification de l’avenir de notre très cher et beau pays, le Cameroun, dans la paix et l’attachement aux valeurs et principes républicains».   
 
Interrogations

De toute évidence, Maurice Kamto entre désormais dans la liste très restreinte des ministres qui ont, sous le régime  de Paul Biya, démissionné de leurs fonctions ministérielles.  Sauf que si pour les pionniers de cet exercice que sont Bello Bouba Maïgari, Garga Haman Adji, Titus Edzoa, cet acte avait pour but de relancer leurs carrières politiques respectives hors du système Biya (chacun naturellement avec son lot d’infortunes). Les motivations profondes de cette démission restent encore pour l’instant à élucider.

Un éminent professeur de droit de l’université de Yaoundé, collègue du Pr Maurice Kamto joint au téléphone, tente un décryptage: « Le professeur Maurice Kamto est un enseignant de droit de grande valeur. C’est aussi un brillant esprit. C’est surtout un intellectuel épris de liberté. C’est l’expression de sa liberté à travers cet acte de démission du gouvernement qui n’est pas donné dans notre pays. Pour comprendre sa décision de quitter le gouvernement, on peut questionner et formuler quelques postulats. D’abord,  y a-t-il eu un problème politique qui a fondé cette décision ? Derrière cet acte, y a-t-il des politiques qui sont tapis dans l’ombre? A-t-il été poussé à la démission par le pouvoir et pour quelles raisons ?

Le Pr Maurice Kamto cela va sans dire, a toujours été pris comme un opposant au régime en place. N’oubliez pas le livre qu’il écrit. Par la suite, il est entré au gouvernement après avoir défendu avec brio le dossier du Cameroun à la Haye sur Bakassi. A-t-il donc voulu reprendre sa liberté après quelques années au sein du sérail ? Seule l’histoire nous le dira ».

Focal. Mésententes avec Amadou Ali ?

Ce qu’on sait c’est que ces derniers temps, la cohabitation avec l’actuel vice- Premier ministre, ministre de la Justice, n’était pas au beau fixe. Des sources proches du Minjustice affirment, que les deux hommes avaient pris des distances l’un de l’autre. Il y a d’abord la gestion des dossiers de la fameuse Opération Epervier. Nos sources indiquent que le vice-Premier ministre, Amadou Ali ferait l’objet de lourds soupçons dans la manière de mener l’opération Epervier.

Une attitude que n’apprécierait pas le ministre délégué, très attaché à la défense des droits humains. De plus, depuis  la révélation des propos de Amadou Ali sur les Bamilékés à travers les câbles du site wikileaks, on peut comprendre que Maurice Kamto, qui est de l’ethnie en question, se soit peut-être posé, des questions sur la conception que pourrait avoir l’actuel, ministre de la Justice, d’une notion telle que l’Etat-nation au Cameroun. Il se dit ainsi que, à ce propos, certainement très embarrassé, le Pr Maurice Kamto aurait pris quelques distances avec son ancien « patron ».

Enfin, nos sources indiquent que, il y a une dizaine de jours, les deux hommes d’Etat ont effectué une mission commune à New York. La dite mission portait entre autres sur la recherche des financements pour le parachèvement du tracé des frontières entre le Cameroun et le Nigeria. C’est ainsi qu’ils ont été reçus par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, en même temps qu’une délégation ministérielle du gouvernement nigérian. Il se dit au Minjustice qu’au cours de cette mission, il y aurait eu un clash entre le vice-Premier ministre, ministre de la Justice et le ministre délégué, sur un sujet non élucidé. Le Pr Maurice Kamto excédé, aurait porté cette situation à l’arbitrage du chef de l’Etat.

Jean François CHANNON / Joseph Flavien Tankeu

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