04/12/2011 06:20:21
Y a-t-il une vie après la ...vie ?
Nana Sinkam est un drôle de zozo. Il est le seul sous l’ère du renouveau, qui déclina l’offre d’entrer au gouvernement. Le professeur Maurice Kamto, juriste émérite qui du haut de sa chaire prônait ‘l’urgence de la pensée’ n’a pas résisté longtemps à l’appel des cimes. Mais quelques années au gouvernement l’ont édifié sur la nature du régime. Il a preféré rendre son tablier.
Le Messager
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Nana Sinkam est un drôle de zozo. Il est le seul sous l’ère du renouveau, qui déclina l’offre d’entrer au gouvernement. Le professeur Maurice Kamto, juriste émérite qui du haut de sa chaire prônait ‘l’urgence de la pensée’ pour exiger une  ‘nécessaire distanciation de l’intellectuel vis-à-vis du pouvoir’ n’a pas résisté longtemps à l’appel des cimes. Mais quelques années au gouvernement l’ont édifié sur la nature du régime. Il a preféré rendre son tablier.

Maurice Kamto

Nana Sinkam-Maurice Kamto : deux hommes, deux symboles. Question : y a-t-il une vie après la vie ministérielle ? Personne n’y pense avant,  mais tous veulent y aller. Du philosophe Mono Ndjana, qui fit des pieds et des mains pour goûter aux délices du pouvoir à Iya Mohamed à qui l’on a fait miroiter un poste des années durant. Ayant perdu toutes illusions de figurer comme membre du gouvernement, le président de la Fecafoot est aujourd’hui un homme libre, qui travaille en pleine conscience de ses responsabilités, comme directeur de la Sodecoton, une entreprise d’Etat. Quant à Mono Ndjana, il s’accroche comme il peut dans diverses transactions professionnelles.

Y a-t-il une vie après le gouvernement ? C’est sans doute pour  exorciser le futur que toute nomination est fêtée à grandes pompes au village. Certains organisent même des messes d’action de grâce. « Au Cameroun, souligne un membre du gouvernement, le jour où on te nomme ministre, prépare tes valises. Tu n’en sortiras que pour la prison ou pour le quartier ». Pour n’avoir pas suffisamment pris en compte ces conseils, beaucoup l’ont payé de leur vie ou de leur liberté.

Au temps d’Ahidjo, on se souvient de Etémé Oloa Athanase qui, en rentrant chez lui trouva sa famille en pleines lamentations. Elle avait appris son départ du gouvernement avant son retour à la maison et s’était installée dans le deuil. Etémé ne se remit pas de cette « perte immense ». Il avait rendez-vous avec un tronc d’arbre sur le bas côté d’une route mortelle.

On raconte que Joseph Fofé y alla de sa crise lacrymale lors du décès d’un parent de Biya qui était quand même, dit-on, son ami d’enfance. Mais certains émirent des doutes sur la sincérité de sa peine et comprirent par la suite que le gars s’offrait ainsi en spectacle pour revenir dans la grâce présidentielle. Il avait été débarqué quelques mois plutôt de son poste de ministre de la Jeunesse et des Sports.

« Du décès et de l'enterrement de Henri Bandolo on n'avait retenu dans la presse que le fameux " Pleurez crocodiles ! " lancé par Richard Ekoka Sam Ewandè à tous ceux qu'il considéraient comme des hypocrites venus assister aux obsèques de quelqu'un qu'ils avaient contribué à tuer d'une manière ou d'une autre « en le laissant dans le désœuvrement». Cette oraison funèbre aurait-elle eu sa raison d’être dans un pays bien organisé, où les plans de carrière des fonctionnaires (principal vivier ministériel) ne souffrent pas d’une éventuelle disgrâce politique ?

Les temps ont changé. Heureux ceux qui meurent avant d’être passé à tort ou à raison par la prison, prisonniers du président ou victimes de leurs propres turpitudes. Etre ministre n’est plus une sinécure. Le village t’attend avec les provisions et les collaborateurs guettent tes faux pas. En 29 ans de pouvoir, Paul Biya a opéré 32 réajustements ministériels, soit au moins un tous les ans. Il y a eu même des cas où le président de la République a revu son équipe plus d’une fois en un an.  Avec 32 remaniements, 264 ministres utilisés, la compétition est donc serrée. « Un but, tu sors ».

Urbain Olanguena Awono

Hélas être ancien ministre, c’est la traversée d’un désert de solitude. Certains trouvent un oasis en route, d’autres se brûlent les doigts, ‘ensoleillés’ vifs comme Atangana Mebara, Olanguena Awono ou Edzoa Titus. Avant d’être nommé au secrétariat général de l’assemblée nationale, Samson Enam Enam envisageait sérieusement de rentrer au village prendre soin de son poulailler. Le décret tomba à temps pour différer un si louable projet…« Les gens sont prêts à se battre à mort pour conserver le gendarme et le chauffeur, signes distinctif d’un ministre en fonction », affirme un haut fonctionnaire. Ils multiplient donc les chausse trappes contre rivaux tout en arrosant les réseaux.

Tous les coups sont permis : délation, diffamation par journalistes interposés, mais aussi petits et grand cadeaux aux postes de péages placés sur l’itinéraire du remaniement. Selon un initié, « à la présidence, des porteurs de parapheurs font fortune en monnayant au prix fort une information susceptible d’édifier le sort de tel ou tel.» Prétendants à l’entrée au gouvernement, ministres en poste, chacun à son réseau d’informateurs et ses pistons dont l’entretien coûte les yeux de la tête. Mais le succès ou l’infamie peut être au bout de la route.

On comprend donc la transe qui a gagné Biyiti Bi Essam,  l’ancien ministre de la Communication, quand il est entré dans l’œil du cyclone après la dernière visite du pape. Jamais il n’a été aussi actif dans cette tentative désespérée de sauver sa peau là où il risquait au mieux de perdre son maroquin et au pire de se retrouver à Kondegui. Sauvé des eaux comme Mendo Ze par une proximité présidentielle,  il peut s’estimer ‘vernis’. Beaucoup de ses anciens collègues goutent aujourd’hui la paille humide de la prison, ce projet de société du renouveau qui, avouons-le, est un succès sans précédent.

De plus en plus certains admettent qu’ancien ministre n’est ni un métier ni un état d’esprit et qu’il faut bien bouillir la marmite tant qu’on est encore en mesure de le faire, tout en servant là où ses compétences sont requises dans le civil. L’ex-ministre de la police, feu Denis Ekani s’était reconverti dans le barreau ; le  Pr. Joseph Owona, ancien ministre, las d’attendre un retour en grâce, est rentré à l’amphi. Après avoir pris leur disgrâce politique comme un drame, certains sont revenus à une meilleure appréciation : ancien ministre n’est pas la fin des haricots...

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