12/12/2011 03:03:56
Cameroun. Remaniement: Sans surprise
Sans surprise aucune, le président camerounais a été reconduit  dans ses fonctions le 09 octobre dernier, au terme d’une élection qu’il n’organisait certainement pas pour perdre, mais dont la victoire statistique qu’il en a obtenue avait de quoi l’embarrasser...
Le Messager
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Sans surprise aucune, le président camerounais a été reconduit  dans ses fonctions le 09 octobre dernier, au terme d’une élection qu’il n’organisait certainement pas pour perdre, mais dont la victoire statistique qu’il en a obtenue avait de quoi l’embarrasser. Près de 80% des suffrages exprimés dans des conditions telles que, tout compte fait, ils  représenteraient à peine 20% des 20 millions de Camerounais.

Sans surprise encore, il vient, après plus de 60 jours de suspense, de publier le premier gouvernement de sa « nouvelle dynamique », dont la première caractéristique n’est, ni la juvénisation, ni la féminisation, deux composantes qui eurent été indicatrices d’une volonté d’impliquer dans ce qu’il appelle « les grandes réalisations » les femmes et les jeunes dont chaque groupe constitue aujourd’hui entre 52 et 56% de la population du pays.
Sans surprise également, le gouvernement d’ouverture qu’il avait annoncé s’est refermé, au grand dam de certains qui avaient vendu leur âme…, sur la seule oligarchie coutumière dont il croit pouvoir continuer à détenir le contrôle et la maîtrise absolue (ne sont-ils pas ses créatures ?).

On pourrait bien penser qu’il  s’agisse d’un gouvernement politique, de reconnaissance certes, mais en même temps une équipe provisoire, ayant  pour seule feuille de route, la victoire du Rdpc aux prochaines élections législatives et locales. Pour cela, l’équipe ne saurait être trop pléthorique. Mais cela peut aussi trahir chez M. Biya, la conviction que  «c’est dans des vieux pots  qu’on fait de la bonne confiture». A moins que les méchantes langues aient tout à fait raison de dire que le président  est en fait prisonnier d’un cercle mystico-sectaire et occulte, qu’il a laissé se construire autour de lui, en matériaux définitifs, et auquel on ne peut accéder que si l’on accepte d’être…initié culotte baissée.

On comprend bien que M. Biya qui ne connaît,  semble-t-il,  que ses oncles  et cousins, et leurs enfants, ou ses camarades d’écoles et les leurs, ne peut pas aller pêcher ses ministres et collaborateurs dans l’arène, et que ceux-ci lui sont proposés par leurs initiateurs. Et donc, c’est sans surprise non plus, qu’un poste ministériel ne soit pas forcément, et de manière évidente pour tous, une offre de contribution à la réalisation de ces grandes ambitions annoncées qui vont devenir de grandes réalisations  « dans les prochaines années ».

Quelle naïveté de se plaindre que M. Biya n’ait pas tenu sa promesse ! Comme si nous oubliions que sous le ciel camerounais, les promesses n’engagent que ceux qui y croient, chaque promesse politique ayant la fourberie de dire explicitement ce que son auteur ne fera pas, et  de cacher implicitement ce qu’il fera. Par ailleurs, à quel âge les Camerounais finiront-ils par comprendre que le fonctionnement normal d’une République nécessite l’existence d’une opposition en face du pouvoir dirigeant ?

Au demeurant, la prestation de M. Biya nommant le nouveau gouvernement, nous suggère la question de savoir si nous sommes vraiment en démocratie républicaine, ou alors en monocratie, « forme de gouvernement où le pouvoir effectif réside, selon le dictionnaire français, dans la seule volonté du chef de l’Etat » ? En démocratie républicaine (du type camerounais), on nomme un chef du gouvernement qui forme une équipe et la présente au chef de l’Etat pour validation.  Au Cameroun, le président constitue le gouvernement dont  il est le chef effectif, et en nomme un animateur dont le titre est « Premier ministre, chef du gouvernement », mais que les esprits mal tournés appellent « le premier des ministres ».  N’est-ce pas plutôt proche de la monocratie ?

Nous n’irons pas chercher plus loin que dans le  cumul des fonctions de M. Biya, la preuve de cette monocratie. Celui entre autres des fonctions de président  de la République, et de président du parti au pouvoir, engendre un amalgame entre le fonctionnement de l’Etat théoriquement républicain, et  celui du Rdpc qui, pour être parti gouvernant, n’en est pas moins statutairement  une association privée, mais qui grâce à cet amalgame, bénéficie de tous les privilèges illégitimes possibles de la part de l’Etat, en toute inégalité avec les autres partis, et surtout au détriment  de l’intérêt général du peuple.

M. Biya en arrive ainsi, en sa qualité de chef de l’Etat, à signer simultanément  et à diffuser au même moment sur les médias publics, les décrets nommant le gouvernement de la République et celui de son parti. Ici, la volonté autocratique du Président se met particulièrement en relief, puisqu’il aurait pu différer la signature du décret nommant le Secrétaire général du Comité central du Rdpc, ou au moins sa diffusion, ne serait-ce que pour faire semblant de respecter le peuple camerounais qui est majoritairement républicain, et à tout le moins, non militant du Rdpc.

Sans compter que si Paul Biya qui veut rester dans l’Histoire comme le père de notre démocratie, n’était pas surdéterminé à être le seul coq qui chante dans le poulailler camerounais, un poste aussi important du parti qu’il a créé devrait se pourvoir par voie d’élection. Mais, ce qui nous intéresse ici en tant que citoyen, c’est que l’administration républicaine qui appartient au peuple camerounais, soit décolonisé du Rdpc, et retrouve sa neutralité vis-à-vis du pluralisme politique naissant du pays.

Si Alexis De Tocqueville sortait de sa tombe et regardait notre   pays  aujourd’hui, il redirait que c’est faire injure  à la République, que d’appeler de ce nom l’oligarchie  qui règne sur notre pays, oligarchie qui par la ruse et le mensonge a capturé la démocratie en vol, pour en expurger la substance politique comme art de gouverner et d’arbitrer, et lui donner simplement le sens de la jouissance égoïste et prédatrice du pouvoir et du mépris des citoyens.

Jean Baptiste Sipa

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