14/12/2011 04:11:07
Après le remaniement... Quel visage pour l'opération Epervier ?
Les défis qui attendent Henri Eyebe Ayissi (Contrôle supérieur) et Laurent Esso (Justice)
Le Messager
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Les défis qui attendent Henri Eyebe Ayissi (Contrôle supérieur) et Laurent Esso (Justice)

Le changement d’hommes aux ministères du Contrôle supérieur de l’Etat et de la Justice, va-t-il favoriser un meilleur arrimage au code de procédure pénale ? Tentative d’analyse. 

L’hypothétique transhumance du président de la République Paul Biya, ou encore sa renaissance attendue, à commencer par la formation d’un gouvernement d’action, a été une attente vaine. Ceux qui, jusqu’au bout de la patience, avaient songé à une conversion du « messie » de 1982 à quelques réformes surtout après son discours de prestation de serment le 3 novembre dernier, quand il indiquait que l’heure de l’action est venue, commencent à déchanter.

Gouvernement de l’immobilisme s’il en fut, toujours est-il que l’on peut observer que le chef de l’Etat, Paul Biya, qui a le génie de la manipulation politique, secoue le cocotier, en ce qui concerne l’opération Epervier. A ce sujet, l’arrivée au ministère de la Justice, Garde des Sceaux, de Laurent Esso (dont c’est le come-back), magistrat hors hiérarchie, spécialiste des questions judiciaires, ajoutée à la nomination de Henri Eyebe Ayissi, au ministère du Contrôle supérieur de l’Etat, inspecteur d’Etat de carrière, peuvent-elles susciter de l’espoir ? Avec ce tandem à l’expertise avérée, va-t-on assister à la fin du mauvais montage des dossiers, à la déshumanisation des victimes de l’oiseau rapace ? Est-ce le chant du cygne des arrestations spectaculaires, du désarroi constant des avocats, de l’enlisement permanent des procédures, de l’éternel recommencement, de la parodie de justice, de la perpétuelle violation flagrante du Droit à la présomption d’innocence, des procès sans « fin » ?…

Le plus grand reproche qu’on a fait aux ministres Amadou Ali et Etame Massoma, c’est l’amateurisme, le trop de liberté concédée à leurs collaborateurs ; mais surtout le fait d’utiliser par des voies de chantage et de divers abus cette opération pour s’enrichir, ou pour envoyer en prison des responsables de familles, alors que dans la plupart des cas, les dossiers par leur contenu, sont vides. On a également observé beaucoup de déni de droit dans le sens où c’est quand certaines victimes étaient écrouées en prison qu’on commençait à rassembler les chefs d’accusation. Au cas où ils ne seraient pas des ministres en mission, chargés d’une quelconque opération de nettoyage ; non plus les hommes de main, appelés à consacrer la radicalisation du maintien de Paul Biya au pouvoir, le tandem Henri Eyebe Ayissi-Laurent Esso peut garantir des procès équitables à ceux-là qui sont épinglés par l’oiseau rapace. Les deux peuvent donner un nouveau visage à l’opération épervier. 

Deux « tueurs » aux commandes.

Un autre discours laisse entrevoir que le dispositif mis en place pour conduire l’opération Epervier peut, en plus d’être stratégique pour Paul Biya dans le sens de son désir d’éternité à la magistrature suprême, s’apparenter à une manière pour le chef de l’Etat de contrôler et de tenir en respect ses adversaires politiques ; surtout ceux qui ont été aux affaires. « Mur à glace » pour certains, « le chat » pour d’autres, le ministre Laurent Esso a la réputation d’être un fidèle confident de Paul Biya. Et même qu’il est un ami, pur produit du sérail et du système du Renouveau, le genre de personne qui ne manifeste pas ouvertement ses appétits, ni même des démangeaisons pour la succession à la tête de l’Etat.

Avec la création du « Tribunal criminel spécial », il n’y avait pas mieux qu’un homme de confiance, pour « piloter » l’affaire. Quant à l’autre, après un passage à vide, son retour en zone depuis quelque temps l’a transformé. Henri Eyebe Ayissi est devenu un homme du régime, un ministre de poigne qui traite avec rigueur et fermeté certains dossiers. Il a la réputation d’avoir la rancune tenace. Dans ce registre, il n’a sans doute pas oublié  les misères et l’humiliation subis du temps où il était Inspecteur général des élections au Minatd...


Focal : Les défis qui attendent Henri Eyebe Ayissi et Laurent Esso

Depuis l’entame de l’opération Epervier, « les travers » de la procédure pénale et les pratiques en cours dans les juridictions camerounaises donnent l’impression d’un ras-le-bol. Surtout s’agissant de l’amoncellement des affaires en justice, qu’on a tôt fait d’encadrer dans le registre de l’opération Epervier. Dans son ouvrage intitulé « Procédure pénale et pratiques des juridictions camerounaises, Depuis le Code de Janvier 2007 », Claude Assira ne s’indigne, ni ne se révolte seulement sur les obstacles et les difficultés que doivent affronter les avocats et leurs clients au quotidien pour faire appliquer la justice à la lumière des dispositions légales bien contenues dans le code de procédure pénale camerounais. 

Le duo Henri Eyebe Ayissi-Laurent Esso doit se pencher sur divers supplices. Mieux, les deux ministres doivent avoir à cœur l’accélération des procédures, mettre un terme au mauvais jeu qui s’observe à travers l’enlisement des affaires en violation flagrante de la loi, dans l’irrespect des dispositions du code de procédure pénale. Il y a lieu de montrer que les justiciables, épinglés par l’oiseau rapace, seront jugés par un tribunal compétent qui prononce des jugements équitables. Il faut tordre le cou aux arrestations, la garde à vue, la détention dans les maisons d’arrêt de Kodengui et de New-Bell et l’information judiciaire…,  très souvent opérées dans des conditions troubles, dévalorisantes et inhumaines.

La justice qui est rendue au nom du peuple camerounais doit s’émanciper et garantir à la plupart de ces ex-gestionnaires de crédits, interpellés dans le cadre de l’opération Epervier, qu’il ne s’agit pas de leur régler des comptes politiques, qu’il ne sont des victimes expiatoires, qui font l’objet d’une instrumentalisation de l’institution judiciaire dans le but d’obtenir leur condamnation. La nécessité d’un relookage ou du lifting sur la manière jugée cavalière et sans relief, avec laquelle sont menés à l’abattoir les « coupables » désignés pour détournements des fonds publics dans le cadre de cette opération d’assainissement, s’annonce comme un impératif pressant. Le deux (nouveaux) ministres ont une expertise avérée en la matière. Plaise qu’ils aient les moyens et les mains libres.

Souley ONOHIOLO

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE