15/12/2011 03:24:06
Cameroun. Parti-Etat. Que valent les Secrétaires généraux du Rdpc ?
De François. Sengat Kuo à Jean Nkuete, revue de détails des sécrétaires généraux du Rdpc.
Le Messager
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Avant le Rdpc, l’Unc ‘euthanasiée’ en 1985 au congrès de Bamenda avait toujours été gérée au plus haut niveau  par des conseillers et chargés de mission à la présidence. Malgré le multipartisme, le pouvoir n’a pas renoncé à cette pratique d’utilisation des moyens de l’Etat par une formation politique parmi tant d’autres…

Au commencement était le secrétaire politique de l’Unc, en la personne de François Sengat Kuo. C’est lui qui organisera  le passage de l’Union nationale camerounaise (Unc) au Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) à Bamenda. Au lendemain du putsch du 6 avril 1984, il est chargé d’habiller le parti d’un manteau neuf, en lui donnant les structures nouvelles. L’Unc mourra de sa belle mort au profit du Rdpc qui s’accapare du corps et des biens.

On déshabille alors saint Pierre pour habiller saint Paul. Ahidjo parti, Paul Biya se vêtit de nouveaux habits. Et le stratège politique de la transition qu’était François Sengat Kuo, devient rapidement un pestiféré.  Le 11 juillet 1990, Ebenezer Njoh Mouellé, ancien membre suppléant du comité central du Rdpc  devenu conseiller à la présidence de la République est nommé secrétaire général du Rdpc, poste créé.

Le philosophe entré en politique croit dur comme fer au libéralisme autoproclamé  et à la démocratie décrétée  de Paul Biya. Il descend pour un temps des hauteurs du palais des congrès de Yaoundé, pour le maquis du Nkam où, fait inédit pour un fonctionnaire de surcroit patron politique du Rdpc, il se jette à l’eau lors des législatives multipartites de mars 1992. Mais le Yabassi nouveau s’est libéré du carcan de l’état d’urgence. La région, fortement upéciste, réserve à Njoh Mouellé, un mauvais accueil. Il mord la poussière devant le populiste Massoua II Bernard.

Ayant reçu le message 5/5, Biya qui avait vu d’un mauvais œil un proche collaborateur et numéro II du parti au pouvoir, se lancer dans l’arène électorale tant redoutée, remercie le secrétaire général du Rdpc qui s’en retourne à ses amours philosophiques en attendant sa revanche. Celle-ci interviendra sans les moyens d’Etat et avec succès une  législature plus tard.

Exit le philosophe, voici l’administrateur civil principal. Joseph Charles Doumba qui a remplacé Ebenezer Njoh Mouellé au secrétariat général du Rdpc, est un ancien ministre ayant occupé plusieurs postes tant à l’Information et la Culture qu’au ministère de la Justice. Il a de surcroît été secrétaire à l’organisation du comité central du parti. C’est donc un homme du sérail qui a aussi dirigé l’école des cadres du parti. Le  "pape" comme on l’appelait déjà du temps où il était directeur général de la Sopecam connait bien ses dossiers et l’homme du Renouveau.

Champion de l’immobilisme, il est ombrageux, craint et redouté. Le 4 avril 2007, après avoir trôné quinze années sur la vie politique du parti, affaibli par l’âge, miné par les intrigues du palais, pour échapper aux jeunes loups aux dents longues qui guettent son fauteuil, le fauve quitte la jungle politique pour une longue traversée du désert, d’où il vient d’être tiré, un peu pour  l’aider à se soigner. Il est désormais « ambassadeur itinérant », une sorte d’asile du 3è âge.

Le pape parti, le cardinal danse, les yeux fixés sur le siège non vacant du Vatican. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, entre le palais de Congrès et le palais présidentiel. René Emmanuel Sadi est arrivé au secrétariat général du comité central du Rdpc le 4 avril 2007.  Proche collaborateur  de Paul Biya, il était venu, pensait-on, raviver la foi militante du parti qui doit faire face à la fronde de la base.

Les sections Rdpc locales jugent dépassée ces méthodes qui consistent à recevoir des ordres d’en haut, par des personnalités qui ne disposent d’aucun mandat électoral, et qui descendent parfois pontifier à la base. Les anciens responsables du comité central géraient d’en haut. René Sadi va essayer de descendre dans l’arène, non sans beaucoup de mal.

Les conflits internes sont présents dans la plupart des sections. Des velléités d’indépendance sont visibles ici et là. Nourris à la sauce démocratique ambiante, des militants entendent jouer pleinement leur rôle politique, en ayant voix au chapitre. René Sadi navigue dans cette cacophonie pré-électorale jusqu’au moment où, Biya averti de la fronde, préférera se présenter à l’élection présidentielle sans l’aval formel du congrès, qui l’attendait au tournant.

Disgrâce ? René Sadi aujourd’hui ministre de l’Administration territoriale, est toujours pressentie par l’opinion publique comme l’un des dauphins probables et sérieux du président de la République.

Base sociologique

Mais pour l’heure, le parti lui a échappé au profit de Jean Nkuete, nommé dans la foulée du dernier remaniement ministériel, comme nouveau secrétaire général du Rdpc. Pourquoi faire ? Cet homme de dossiers n’a rien d’un militant et fait grave en cette période de transition, il ne peut revendiquer qu’une base… sociologique pour dire le moins. Une base évanescente où il aura du mal à se faire entendre.

Mais seul le prince sait pourquoi il a été nommé comme n’importe quel ministre, dans un marécage désormais infecté de redoutables  crocodiles. Certes, il tire sa légitimité et sans doute son autorité du président. Mais le président, affaibli électoralement (malgré la victoire proclamée) par la dernière présidentielle, tire lui sa légitimité de qui ? Le débat n’est plus seulement hors du parti. Il y a longtemps que le ver est dans le fruit du Rdpc...
Des vers ?

Edouard KINGUE

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