16/12/2011 02:33:59
Ce génocide que la France refuse de reconnaître au Cameroun
Pour mettre fin à la résistance des nationalistes camerounais, le colon a crée des regroupements forcés de villages, le quadrillage de la population, la répression psychologique à grande échelle, la chasse aux nationalistes clandestins, l'exécution ciblée des leaders de la rébellion et la torture érigée en arme de destruction massive. Le bilan fait état de près de 400.000 morts. Révélations.
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Pour mettre fin à la résistance des nationalistes camerounais, le colon a crée des regroupements forcés de villages, le quadrillage de la population, la répression psychologique à grande échelle, la chasse aux nationalistes clandestins, l'exécution ciblée des leaders de la rébellion et la torture érigée en arme de destruction massive. Le bilan fait état de près de 400.000 morts. Révélations.

Ernest Ouandié

« En deux ans, l'armée régulière a pris le pays Bamiléké du Sud jusqu'au Nord et l'a complètement ravagé. Ils ont massacré de 300 à 400 000 personnes. Un vrai génocide. Ils ont pratiquement anéanti la race. Sagaies contre armes automatiques. Les Bamilékés n'avaient aucune chance. A la fin de la guerre, j'ai fait une prospection d'un mois avec un administrateur général du nom de Coudret. Il était indigné. Ce n'est pas possible tous ces villages morts, où sont les habitants ? Les villages avaient été rasés un peu à la manière d’Attila (…) La presse n'en a pas parlé. On faisait plaisir au président Ahidjo parce qu'il fallait que le Cameroun garde ses liens avec la France.» Ce témoignage de Max Bardet, de nationalité française et pilote d’hélicoptère en service au Cameroun de 1962 à 1964, est en lui-même révélateur quant à l’ampleur des tueries orchestrées de mains de maître par l’entregent de Pierre Messmer, Haut commissaire du Cameroun alors colonie française. Son mot d’ordre est simple, comme il lui est difficile de réduire à la soumission les leaders politiques de l’Union des populations du Cameroun (Upc), il fallait non seulement les liquider au propre comme au figuré, mais aussi en finir avec les populations qui ont peu ou prou soutenu le mouvement nationaliste. « Puisqu’ils n’acceptent pas le jeu démocratique, je les…élimine » confiera-t-il plus tard sur une chaîne de télévision française.

Pour ce faire, il faut en sus des simples unités de gendarmeries qui « ne pouvaient pas combattre effectivement une rébellion, surtout dans ce pays de la Sanaga-Maritime qui est un pays de grande forêt, en pleine forêt équatoriale. J'ai à ce moment-là demandé l'intervention de l'armée. On a dirigé sur le Cameroun des unités africaines  venues du Tchad. La mission de ces unités était de faire disparaître le maquis, et ils y sont arrivés d'ailleurs ». Selon Le Canard enchaîné du 27 avril 2011, le bilan de la répression menée au Cameroun entre 1956 et 1962, « dépasse sans doute 100.000 morts ». Journalistes et historiens qui ont commis le livre « Kamerun !» sont aussi parvenus à ce chiffre. Au moment où l’on parle de plus en plus de l’indépendance, promesse de Charles de Gaulle, la métropole met en place un gouvernement mais toutes les ficelles sont tirées par la France. Ainsi, les conseillers du président Ahmadou Ahidjo sont nommés par la Métropole au rang desquels des fascistes. Ce sont ces hommes qui vont piloter ce qui sera la dernière opération militaire sur le sol camerounais avant le retrait de l’essentiel des troupes. Un seul objectif : « la liquidation de l'Upc, qui persiste à combattre pour une authentique indépendance ».
 
«Annihiler les groupes terroristes et leurs sympathisants »

Toujours d’après ce numéro du Canard enchaîné, des camps de concentration dignes d’Auschwitz, sont érigés. Maurice Delaunay présente dans ses Mémoires, celui de Bangou qui abrite 700 à 800 personnes: « J'avais été prisonnier en Allemagne, je savais comment ça se passait ! J'avais fait un camp avec des barbelés, des miradors ». La torture, une véritable arme. Ici, le colon n’y va pas de mains mortes, des techniques importées d’Indochine et d’Algérie : gégène, baignoire, balançoire, tout y passe pour tirer les vers du nez à ces Camerounais dont le seul reproche est celui de réclamer une authentique indépendance.

En mars 1960, une note secrète de l’Etat-major que dirige Max Briand, exige « d’annihiler les groupes terroristes et leurs sympathisants » donc les massacres de masses. Assassinats, exposition des têtes coupées des victimes, bombardement, tous les moyens sont bons pour éteindre toute velléité nationaliste. Ebolowa, Boumnybell (Sanaga-Maritime), Nkongsamba (Le Moungo), l’Ouest en général, Yoko, Tcholliré et le Bmbm à Yaoundé sont autant d’endroits à la réputation sinistre qui sont choisis par l’administration coloniale et néocoloniale pour « éliminer » les leaders nationalistes et leurs affidés. Ils y parviendront.

Le Messager du 3 septembre 2007 relève que : « Ruben Um Nyobé, le secrétaire général de l'Upc, est assassiné le 13 septembre 1958 dans la forêt de Boumnyebel en pays Bassa. Félix Roland Moumié, le président, est empoisonné au thallium à Genève en Suisse le 3 novembre 1960. Ossendé Afana est fini en mars 1966. Ernest Ouandié, le dernier verrou, est fusillé à Bafoussam en janvier 1971 ».

Comme pour les massacres de Sédif en Algérie, et ceux de Madagascar, la France, à la lumière de ces révélations sorties de ses « propres » laboratoires et de ses archives nationales, ne doit plus pratiquer la politique de l’Autruche. Elle doit admettre la conception et la participation de ses hommes à ces atrocités. C’est le seul gage pour une véritable réconciliation avec le peuple camerounais tout entier d’une part, et, avec sa propre histoire d’autre part. Ce sera faire preuve de grandeur.

Jacques Willy NTOUAL

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