16/12/2011 02:42:57
Ce qui fait la grandeur d'une fonction...
Ce n’est plus une seule chèvre qui broutte là où l’attache le président, mais tout un troupeau. « C’est le pays, on va faire comment » ? L’herbe est si savoureuse qu’on broutte sans se rendre compte que le pré se dégarnit et qu’il ne reste plus que sable et caillou. Voilà pourquoi et comment le Cameroun est devenu pays pauvre très endetté...
Le Messager
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Depuis la fameuse réorganisation du gouvernement qui a donné lieu à la mise en place d’une nouvelle équipe ministérielle, que n’entendons-nous pas ? Que ne lisons-nous pas ?

C’est à la fois la fête et le deuil à l’africaine. Dans les villas cossues comme dans les taudis, dans la rue comme dans les gazettes, chacun y va de sa vision et de son commentaire. La saga du nouveau gouvernement va alimenter les agapes de fin d’année. Là où il y en aura. Période des vaches maigres dans la plupart de nos foyers oblige. Le temps des funérailles aussi là où le « coup de tête » a frappé. Ce qui retient mon attention dans tout cela ce sont les mutations qui ont conduit le ministre Amadou Ali, par exemple de la justice au ministère en charge des Relations avec les Assemblées. Pour d’aucuns, l’ancien Garde des Sceaux a perdu du galon et du prestige. « Il a été rétrogradé », soutient-on. Il en est de même de l’ancien Sgpr, Laurent Esso, le « vice-dieu » comme le désignent certains, qui quitte l’ombre du démiurge pour la « périphérie ». De mon point de vue, ces deux personnalités n’ont rien perdu. Tant qu’elles demeurent ministres. Notamment le duc de Kolofata qui arbore toujours ses attributs de vice-premier ministre qui est en fait un grade. Je me demande aussi qui assurera la rémunération de Jean Nkueté, désormais Sg du Rdpc. Sera-ce le parti ou l’Etat ?

Ceci nous amène à visiter ce qu’est une fonction, qu’elle soit ministérielle, directoriale ou même présidentielle. Tout ceci ne compte qu’avec le contenu que lui apporte celui qui l’occupe. Certes, M. Laurent Esso n’est plus le « passage obligé » pour le « paradis ». Amadou Ali ne va plus plastronner avec l’opération épervier jusque-là conduite cahin caha et, de plus en plus contestée. M. Amadou Ali a été lui aussi Sgpr ; il a été à la Défense avant d’aller à la justice. Je n’ai rien contre lui. Mais quelle empreinte utile a-t-il laissée partout où il est passé ? Ma mémoire me fait sans doute des infidélités. Mais je ne m’en souviens pas. Au contraire d’un Joseph Owona qui n’hésitait pas à tonner fort dans les médias pour expliquer certaines situations délicates : à savoir son bras de fer avec les chercheurs quand il était ministre en charge de la recherche scientifique. N’est-ce pas lui qui a déboulonné un ancien président de la fécafoot qui se croyait tout puissant et qui a fini à Kondengui ?

Nombreux sont les consommateurs et les conmmerçants qui connaissent bien Luc-Magloire Mbarga Atangana pour ses efforts dans la lutte contre la vie chère. Même si les résultats sont mi-figue mi-raisin. On parle de plus en plus de Laurent-Serge Etoundi Ngoa pour ses actions positives en faveur des Pme et de l’artisanat de plus en plus visibles à travers fora et salons sectoriels. C’est pendant son premier passage à la Chacellerie que Laurent Esso a construit certains palais de Justice, comme il a donné un nouveau visage à la Deuxième Région militaire qui couvre le Littoral et Sud-Ouest. Aurélien-Wylliam Etéki’a Mboumoua a été chassé du gouvernement pour une action audacieuse. Il était alors ministre des Relations extérieures de M. Paul Biya. La réforme universitaire de 1993 qui n’a pas fait que du bien est l’œuvre du Pr Edzoa Titus, alors ministre de l’Enseignement supérieur.

Par le passé, Michel Ndjiensi, ministre des sports a été exclu du gouvernement pour avoir voulu retouché la structuration du football camerounais avec des équipes détribalisées. Ne sont-ce pas les lois Onana Awana des années soixante qui ont ouvert les portes des prisons aux prévaricateurs, tout comme les ordonnances de 72 d’un certain Achidi Achu, alors ministre de la Justice. Ces ordonnances-là ont eu le mérite d’endiguer le grand banditisme en vogue à l’époque, animé par la bande à Ebanda et Siwak, jugés, condamnés à mort et exécutés sur la place publique. Il y a encore des Camerounais fiers d’avoir bravé le fameux Bepc de Adamou Ndam Njoya, alors ministre de l’Education nationale.

La plupart de ces « tête du Turc » ont été éjectés illico presto pour leur témérité. Parmi eux le regrette Vroumsia Tchinaye. Assurant l’intérim du ministre de la Fonction publique, il mit les pieds dans les plats de la corruption qui n’avait même pas encore l’ampleur qu’elle connaît de nos jours. C’était au cours d’une cérémonie de sortie d’une promotion de l’Enam. Il fut limogé à la faveur d’un certain Ayang Luc, aujourd’hui président d’un moribond Conseil économique et social. Je me souviens comme si cela se passe sous mes yeux du commissaire de police Brekmo Dissandou, qui n’hésitait pas de « décider et de rendre compte » à sa hiérarchie. C’est vrai qu’il faut être lucide et avoir du caractère pour prendre des initiatives car, comme l’a écrit l’illustrissime consoeur de regrettée mémoire, Françoise Giroud : « le courage ne s’apprend pas, c’est une affaire de viscères ».

En dehors des coups fourés qu’ils se donnent et de tous les maux qu’ils infligent à la population, nos ministres brillent plus par le laxisme, l’inertie et la prévarication qui font du Cameroun un pays pauvre très endetté et qui figure parmi les plus corrompus du monde. Et tout le système est ainsi fait : du ministre au planton, à quelques exceptions près, on se soucie plus de « tordre les doigts » aux usagers de l’administration, voire aux investisseurs étrangers. D’où cette phrase restée mémorable dans certains esprits : « votre projet est louable. C’est bien beau ! Mais ma part là-dedans c’est quoi ? » aurait lancé un ministre à des investisseurs allemands qui sont sortis de son bureau médusés. Et Dieu sait depuis combien de temps ils se sont baladés d’un bureau à un autre.

Au Cameroun existe la notion de « poste juteux ». Ces « espaces-gombo » qui font pousser des ailes à ceux qui les occupent, où il y a « à boire et à manger jusqu’à à à…» comme on dit ici. C’est dans ces ministères et autres structures étatiques et parapubliques que se reconstituent les villages. Solidarité primaire oblige. Ce n’est plus une seule chèvre qui broutte là où l’attache le président, mais tout un troupeau. « C’est le pays, on va faire comment » ? L’herbe est si savoureuse qu’on broutte sans se rendre compte que le pré se dégarnit et qu’il ne reste plus que sable et caillou. Voilà pourquoi et comment le Cameroun est devenu pays pauvre très endetté. C’est aussi pourquoi et comment une poignée d’insatiables prédateurs fait main basse sur l’essentiel des ressources du pays pendant que la majorité croupit dans la misère.

N’allez surtout pas demander à ceux qui ne comptent pas les leurs parmi cette clique de « mangerocrates », leurs impressions sur le « nouveau gouvernement » ou ce qui en tient lieu. Ils restent de marbre. En attendant que les actes que prendra chacun de son nouveau strapontin se fasse sentir surtout en remuant de nouveaux couteaux dans nos plaies purulentes de toutes les frustrations  qui sont notre lot quotidien. Nombreux sont ceux de nos ministres qui vont se réfugier dans l’anonymat total pour qu’on ne parle d’eux que du lors prochain remaniement.

Jacques Doo Bell

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