17/12/2011 20:35:04
Cameroun: La hausse des salaires, réduction du train de vie de l'Etat comme réponses à la dévaluation?
La dévaluation du Fr CFA semble un acquis contrairement aux affirmations du Ministre camerounais monsieur Lazare Essimi Menyé encore en charge des finances jusqu’au 9 décembre 2011 et du Gouverneur de la BEAC monsieur Lucas Abaga Tchama dans deux sorties dans les colonnes des quotidiens Mutations et Emergences.
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La dévaluation du Fr CFA semble un acquis contrairement aux affirmations du Ministre camerounais monsieur Lazare Essimi Menyé encore en charge des finances jusqu’au 9 décembre 2011 et du Gouverneur de la BEAC monsieur Lucas Abaga Tchama dans deux sorties dans les colonnes des quotidiens Mutations et Emergences.

Seulement les deux sorties trahissent la frilosité qui règne dans la zone franc après les déclarations attribuées à la Chancelière allemande qui aurait demandé au Président français Nicolas Sarkozy de « mettre de l’ordre dans ses anciennes colonies et que l’économie allemande ne souhaite pas sombrer avec celle de la France. » Le vice-président du Sénat français et non moins ancien premier ministre français Jean-Pierre Raffarin dans une conférence publique le samedi 26 novembre 2011, a affirmé qu’ « Il n’y a pas d’inquiétude à se faire sur la dévaluation du FCFA. Il n’y a pas d’impact négatif à craindre. Il y a des avantages plutôt que des inconvénients à craindre » ceci devant un parterre de décideurs économique déjà acquis à la cause de la dévaluation. Plus qu’une réaction politique comme on le voit à travers les déclarations de celui qui était encore ministre des finances du Cameroun et du Gouverneur de la BEAC qui ne sont pas en phase avec leurs homologues de la zone franc et de la BEAO, il serait judicieux que les économistes de l’Afrique centrale planchent déjà sur les voies et moyens de maintenir en vie les ménages de la sous-région.

Dans cette perspective, il serait intéressant que les salaires soient revus à la hausse dans l’ordre de 20% dans certains pays de la sous-région et de 45% pour un pays comme le Cameroun. En effet pour ce dernier pays, les salariés avaient subi à la dévaluation de 1994 une perte directe de 75% de leurs revenus. Pour une explication simple, le ministre des finances du Cameroun de l’époque avait dans un premier temps réduit par une simple note de service les salaires de 50% avant que la dévaluation à 25% de la valeur du CFA ne vienne leur retirer à nouveau 25% de ce qui leur restait comme revenu. Le travailleur camerounais apparait donc aujourd’hui comme le parent pauvre parmi les salariés de la sous-région d’Afrique Centrale.

Quand je me regarde, je me désole, quand je me compare, je me rassure ou pas. Suivant cette logique, nous pouvons constater que le taux de croissance du Cameroun est largement en dessous et ceci depuis plusieurs années (7 ans) de la moyenne africaine 4% pour le Cameroun et 5% pour le continent. En étalonnant un peu l’économie du Cameroun par rapport à celle de ses voisins, nous pouvons constater que le Cameroun a un retard de 2.2% sur le Gabon qui terminera l’année 2011 avec un taux de croissance de 6.2%. La Guinée Equatoriale est à la moyenne du continent malgré la manne pétrolière. C’est donc le Gabon qui mène la danse de l’économie en Afrique Centrale et le Cameroun est presque à la traine avec de plus en plus de pauvres et la résurgence des maladies qu’on croyait éradiquée comme le choléra et une nette progression du VIH/SIDA.

Que faire ?

Il serait plus que nécessaire donc en dehors de l’augmentation des salaires afin de soutenir la croissance et encourager la consommation, de faire des efforts pour rééquilibrer le partage de la valeur ajoutée et des gains de productivités.  C’est ainsi que l’on va augmenter le niveau de vie des populations de ces pays car malgré le taux de croissance élevé au Gabon et en Guinée Equatoriale, plus de 70% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté en Guinée Equatoriale et plus de 68% pour ce qui est du Gabon. Au Cameroun ce chiffre tourne autour de 75% avec une nette progression de la pauvreté car la première enquête des ménages menée en 1996 estimait à 51% le taux de pauvreté de la population camerounaise.

Ces trois pays sont producteurs de pétrole, ce qui nous amène à nous demander dans quelle mesure la richesse pétrolière de ces pays bénéficie à la population. Il est donc aussi nécessaire que les recettes pétrolières intègrent les circuits de développement et de croissance de la population. Si l’on tient pour acquise la dévaluation, nous assisterons à la diminution des coûts de revient d’un certain nombre de produits avec si la volonté politique y est, une augmentation des salaires cette fois sous forme de hausse des salaires nominaux et/ou de baisse des prix de vente des produits, ce qui aura pour conséquence d’élever le pouvoir d’achat des populations. De plus, les gains de productivité, à travers leurs effets sur les revenus et les prix, vont dynamiser la production avec une baisse des prix réels des biens et des services avec pour conséquence la stimulation de la consommation des ménages.

Par ailleurs, les recettes de l’Etat étant assises sur les revenus et la consommation, les prélèvements fiscaux et sociaux peuvent croître pour financer les dépenses publiques croissantes elles aussi : investissements publics, création d’emplois et transferts sociaux qui soutiennent la consommation des ménages. C’est là que le budget d’investissement d’un pays comme le Cameroun pose problème, en effet le budget d’investissement du Cameroun est passé de 26% en 2006 à 28% en 2011. Nous pouvons nous poser la question de savoir si cette augmentation obéit vraiment à la volonté des grandes réalisations prônée par le Président de la République. La réponse est négative dans la mesure où il est connu que le budget d’investissement depuis bientôt 25 ans est rarement consommé à plus de 50%, voilà pourquoi il serait plus profitable à l’économie du Cameroun de diminuer le budget de fonctionnement de manière à donner plus de priorité à l’investissement.

Il est aussi urgent de s’attaquer au train de vie de l’Etat et ceci dans les fait en réduisant autant que possible le nombre de portefeuille au sein des différents gouvernements en Afrique. Au Cameroun et au Gabon ce n’est pas demain la veille, en effet le gouvernement camerounais formé le 9 décembre 2011 compte une bonne soixantaine de ministres et assimilés avec pour conséquence un véritable manque d’efficacité de l’action gouvernementale ainsi qu’une dispersion financière en cette période où les liquidités font justement défaut. Ce qui est valable pour le Cameroun l’est aussi pour les autres pays comme le Gabon, le Congo ou la Guinée Equatoriale.

Une réforme de la BEAC et la création d’un conseil d’analyse économique

14 pays ont en usage le franc CFA, c’est un avantage en termes d’échanges. Sur le plan macro-économique, les fluctuations n’ont pas à être supporté par un seul pays mais par un bloc avec ceci que les taux d’intérêt dans toute la zone franc sont contrôlés par les deux structures financières et monétaires que sont la BEAC et la BEAO. Pour cela il faut engager rapidement dans la structure gestionnaire du Franc CFA notamment afin de faire de la BEAC et de sa jumelle d’Afrique de l’Ouest l’équivalent de leurs deux homologues du Nord c'est-à-dire une Banque centrale comme le sont la FED pour les USA et la BCE pour l’Europe centrale.

Qui dit Banque Centrale dit aussi mise en place d’un fonds de stabilité financière capable de racheter la dette des pays membres faisant ainsi que ces pays et leurs économies ne soient pas totalement dépendants des pays du Nord. Pour y arriver à moyen terme les gouvernants doivent faire des efforts pour l’harmonisation et la coordination de la politique économique ceci afin de favoriser l’intégration économique et sociale. Enfin sur le plan strictement national, nous arrivons à un point où il apparaît plus qu’urgent de mettre sur pied une vraie politique de filières notamment dans les domaines de la santé, le bâtiment, les transports, l’agriculture, les technologies de l’information et  la communication, et l’énergie durable.

Dr Vincent-Sosthène FOUDA

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