19/12/2011 02:15:17
Mémoires: Félix Moumié : mort au thallium. Ernest Ouandié : homme-courage
Paris n’hésita pas à faire assassiner des leaders indépendantistes jugés trop à gauche. Ce fut le cas de Félix Moumié.
Le Messager
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Félix Moumié : mort au thallium

Paris n’hésita pas à faire assassiner des leaders indépendantistes jugés trop à gauche. Ce fut le cas de Félix Moumié.

 

Félix Moumié

Après la mise en application de la loi-cadre Defferre en 1956, les anciennes colonies d’Afrique noire reçurent une large autonomie et furent dirigées conjointement par un haut-commissaire désigné par Paris et un Premier ministre élu par une Assemblée locale. En 1958, l’Upc transféra son auartier général du pays bassa, dont était originaire Um Nyobè, au pays bamiléké et forma l’armée de libération nationale kamerunaise (Alnk), placée sous le commandement de Martin Singap. Ahmadou Ahidjo fit alors appel au général de Gaulle et des accords secrets de défense confièrent à des personnels français le soin de «  procéder à l’organisation, à l’encadrement et à l’instruction des forces armées camerounaises ». La suite est pernicieuse.

Genève, 1960. Félix Moumié, un des leaders de l’Upc, déjeune avec William Bechtel, un pseudo journaliste. Quelques heures après, il décède dans une clinique. Empoisonnement au thallium, communément appelé  « mort aux rats » Betchel ne sera jamais puni. Et pour cause, le pouvoir genevois d’intelligence avec la France et le régime d’Ahidjo  connaissaient l’assassin comme agent réserviste des services secrets français. William Betchel sera légèrement inquiété. Il est arrêté en 1975 et bénéficia d’un non-lieu. D’après les travaux du cinéaste Frank Garbely, la Suisse ne s’est  pas bougée pour rendre justice, sous pression de la France qui redoutait que la « sale guerre » qu'elle menait au Cameroun ne soit mise à jour.

Dans la biographie que dresse de lui son épouse Marthe, l’on note que « le médecin  était un homme qui aimait profondément son prochain et sa patrie, et qui souffrait de voir ses compatriotes plier chaque jour davantage sous un joug lourd et malfaisant. Mais il avait reçu un don du ciel : un courage civil hors du commun, qu’il a mis purement et simplement au service de ses convictions profondes  en faveur de l’émancipation de son pays et de son continent. Félix Moumié a existé au bon moment et au bon endroit. Sa vie a été courte, mais extrêmement riche et concentrée ».

Ernest Ouandié : homme-courage

Il refusait de se dérober à son combat  en suppliant Ahidjo de le gracier après sa condamnation à mort. Et passe pour être l’un des combattants de la liberté au Cameroun  les plus dignes devant la mort.

Le 15 janvier 1971, Ernest Ouandié, celui qui est  vice-président de l’Union des populations du Cameroun (Upc) et  président du comité révolutionnaire et dernier grand leader nationaliste, est  exécuté sur la place publique, à Bafoussam. Resté la plus grande  figure du nationalisme camerounais après les disparitions successives d’Um Nyobè, Moumié  et Ossendé Afana, Ernest Ouandié allait être contraint de se livrer en août 1970 du côté de la localité de Mbanga. Un déplacement organisé avec le concours de Mgr Albert Ndongmo, alors évêque de Nkongsamba, avait mal tourné. Conduit manu militari à Yaoundé, Ernest Ouandié  subit un interrogatoire musclé et un traitement réservé aux grands bandits et criminels. Il a été jugé lors d’une parodie de procès pour « rébellion et complot » devant le tribunal militaire de Yaoundé et a été condamné à mort avec plusieurs compagnons du maquis et Mgr Albert Ndongmo qui avait été lui aussi arrêté de retour d’un voyage à Rome pendant la même période.

Ernest Ouandié

Forfaiture

A l’ouverture de son procès, le 26 décembre 1970, Ernest Ouandié déclare : « Je me suis présenté ici ce matin pour dire aux juges qu’en l’absence des avocats que j’ai légalement constitués, il n’est pas possible que je sois jugé. Un de mes avocats se trouve à Londres, l’autre à Paris. J’ai essayé de les contacter par l’intermédiaire du gouvernement depuis le 12 novembre. Un avocat que j’ai choisi sur place s’est récusé. Vu les intentions du gouvernement dans cette affaire, vous comprenez aisément que je ne puisse accepter les servitudes d’un avocat commis par lui. » Plus loin il ajoute : « Etant donné l’hostilité du gouvernement à mon égard, il n’y a pas d’autre alternative. Je dois choisir mon avocat et non en accepter un sur mesure. Si vous ne me permettez pas de le faire, alors vous aurez à répondre un jour de cette forfaiture de condamnation devant l’histoire ».

« En ce qui me concerne, je suis prêt, dans ces conditions, à aller au poteau d’exécution. Autant ne pas faire un procès de pure forme ». Pendant son procès, Ernest Ouandié est enchaîné, pieds et poings. Il aura été sauvagement torturé plus de six mois durant par Jean Fochivé . Son dos est « balafré de blessures ». Il ne se défendra plus. Contrairement aux allégations du régime, il n’introduira pas de recours en grâce après sa condamnation à mort. Le 15 janvier 1971, jour de son exécution, il refuse de se faire bander les yeux.

D’après la revue  Afrohistoram, trois caractéristiques émergent de tout portrait d’Ernest Ouandié : l’universalité de ses convictions ; la fidélité à ses engagements, un exceptionnel courage politique et physique. Inlassablement, il plaide le dossier kamerunais, affirme le sens de son combat contre le néocolonialisme et l’impérialisme. Moins d’un an après l’assassinat du président Moumié à Genève (3 novembre 1960), il rejoint clandestinement le Kamerun en 1961 pour relancer la lutte d’une Upc à la recherche d’un second souffle, jusqu’en 1970, année de son arrestation. Ahmadou Ahidjo, pour mieux truquer l’injuste procès qu’il intente à Ouandié, refuse à ses avocats le visa d’entrée au Kamerun, en infraction des accords bilatéraux entre la France et le Kamerun.

Ossendé Afana : Tenant du deuxième front de l’indépendance

Ces théories maoistes ont atrocement déplu au régime du système néocolonial inauguré par Ahidjo.

ll y a quarante cinq ans le brillant économiste et le plus maoïste des upécistes était abattu dans les batailles  du deuxième front près de la frontière du Cameroun avec le Congo. La légende veut que  sa tête  tranchée fût  ramenée à Ahidjo qui la voulait. En rapport certainement avec la  sollicitation pressante de Salomé et de sa Hérodiade, épouse de Hérode, Jean-Baptiste, qui donna le baptême à Jésus, fut décapité. Histoire vraie ? Toujours est il que peu ou mal connu des jeunes générations, Osendé Afana fait partie d’une suite   de révolutionnaires qui ont payé de leur vie leur engagement et leur détermination à libérer le Cameroun et l’Afrique du colonialisme et du néo-colonialisme.

Ossende Afana

Né en 1930 à Ngoksaa, Osendé Afana réalise très tôt  qu’il faut lutter pour se faire entendre. L’église catholique façonne son éducation, mais n’accepte pas sa liberté d’esprit. C’est sans surprise qu’il est renvoyé du grand séminaire, à cause de ses idées jugées subversives. Il s’inscrit au lycée général Leclerc de Yaoundé, où il obtient son baccalauréat en 1952. Cette année-là, il fait partie des meneurs de la grève organisée dans le lycée par les élèves Noirs, pour revendiquer de meilleures conditions de vie à l’internat. Avec ses camarades de classe, il ne cède pas aux menaces, et met en pratique les principes défendus par l’Union des populations du Cameroun (Upc), dont il n’est pas encore membre. C’est à Toulouse, en France, où il poursuit des études supérieures en économie,qu’il décide de militer dans le parti nationaliste camerounais. Il est l’un des fondateurs du comité de base de l’Upc de Toulouse et anime dans la même localité la section de l’Association des étudiants camerounais (Aec).

Savoir-faire

En 1954, Osendé Afana représente l’Association des étudiants camerounais (Aec) à la commission d’attribution, à la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (Feanf). En 1956, il fait partie du comité de rédaction du journal, “ L’Etudiant d’Afrique noire ”, de la Feanf. Il en devient rapidement le directeur et fait désormais partie du comité exécutif de la fédération.

L’année suivante, il devient trésorier de la Feanf et s’installe à Paris. Mais le journal qu’il dirige gêne les autorités françaises, à cause d’une ligne éditoriale très engagée. Osendé Afana quitte clandestinement la France en 1958 pour le Caire, en Egypte, la direction de l’Upc en exil.  Il devient, après l’assassinat de Ruben Um Nyobè, un collaborateur important de Félix-Roland Moumié, d’Ernest Ouandié et d’Abel Kingué. Il est nommé représentant de l’Upc au secrétariat permanent afro-asiatique au Caire.

Aux côtés des trois dirigeants de l’Upc, Osendé Afana apporte son savoir et son savoir-faire pour faire avancer la cause nationaliste. Il a le privilège de faire partie de la délégation qui est allée défendre aux Nations unies la thèse de l’indépendance du Cameroun, comme une exigence et une nécessité immédiate. Osendé Afana ne quitte pas les membres du comité directeur de l’Upc en exil lorsque le siège du parti se déplace du Caire pour Conakry, en Guinée.

R. N. T.

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