19/12/2011 02:39:08
Le remaniement gouvernemental : une inaction en Afrique postcoloniale
...L’élite africaine doit se reconstituer afin de décrédibiliser toute considération sur la damnation de l’Afrique, son enfance jusqu’ici inachevée et donc la nécessité de s’en occuper. L’Afrique est proche de l’objectif visé par ses visionnaires du premier âge. Elle doit, se doit, et va l’atteindre. Mais cela passe par le printemps africain. Il sera, et devra être, pacifique.
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« L’heure est à l’action », comme dirait l’autre. On ajouterait aisément que le temps est au dynamisme et au travail immédiats. Cela est tout à fait bien pensé et actuel pour le continent africain qui, plus que jamais, a besoin de prouver au monde sa prise de conscience collective et singulière non seulement de son retard multidimensionnel, mais aussi de son devoir de prégnance sur le présent – et le futur. Des discours sont tenus tous les jours sur ce sujet mais le quotidien donne à voir un décalage écœurant d’avec ces vœux pieux de nos décideurs. À la limite, on pourrait bien se poser la question « de qui se moque-t-on ? »

Au-delà de simples fanfaronnades, il apparaît que l’Afrique souffre encore d’un mal essentiel : ses fils sont loin, jusqu’ici, de porter avec forte conviction, le bel héritage que leur ont légué Samory Touré, le Roi Amador de São Tomé, Chaka Zoulou, Tchimpa Mvita, et, plus proches de nous, Soundjata Keita, Patrice Lumumba, Cheikh Anta Diop, Um Nyobé, Thomas Sankara ou Mongo Beti. Cet héritage portait sur la dignité et le devoir de responsabilité vis-à-vis du bien-être collectif. Oui, le mot est lâché : le Collectif. Combien sont-ils, nos leaders politiques, qui y pensent résolument ?

La question mérite d’être posée de nos jours. Après chaque « élection », - il faudrait peut-être se souvenir que ce mot signifie, étymologiquement, choix – les nombreux dirigeants africains brillent souvent par une attitude outrecuidante qui consiste à donner la conviction qu’ils ne sont aucunement en osmose avec les aspirations nouméniques des populations les ayant porté au pouvoir. C’est dire que cette indifférence vis-à-vis de cet électorat est la preuve qu’ils ne tiennent pas leur pouvoir, encore moins leur légitimité, du peuple, mais bien d’eux-mêmes et de leur égoïsme, pour le moins inavoué.

Très vite donc, le peuple berné lors des simulacres d’élections, se souvient de sa naïveté au moment de la constitution du gouvernement. Il suffit juste de regarder ce qui se passe en Afrique pour comprendre ce grand complot contre la masse prolétaire. On compte à peine des technocrates rompus à la tâche dans ces véritables concerts de loups de finances et de luxe. Ils sont là pour se servir et non pour servir. La preuve en est que chaque année, des centaines de milliards sont détournés des destinations supposées infrastructurelles pour celles personnelles. Le Collectif a ainsi cessé d’être d’actualité pour laisser la place à l’Individuel.

Il apparaît donc évident que la raison majeure du retard économique de l’Afrique n’est pas à rechercher dans la crise financière internationale, mais dans la crise managériale où le cynisme des puissances égocentriques se rassemble dans un dessein de satisfaction de vulgaires envies. Du coup, « l’action » dont on parle semble être celle de la mal gouvernance. L’Afrique est donc victime d’un complot fomenté par ses propres fils qui se comportent en étrangers dans leur continent. Ils ont choisi de mettre un STOP à l’histoire et de créer le vide. La vacuité de leur politique et la vacance de tout projet de société crédible donnent à penser qu’ILS ont choisi l’autre versant de l’existence : celui de l’abjection, de la fainéantise et de l’inertie.

L’on sait très bien avec quelle peine l’éléphant tarde à dynamiser sa gestuelle – du fait de son excédent de poids. Pourtant, c’est dans des effectifs pléthoriques que se constituent les gouvernements en Afrique. Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir qu’hier encore, de telles formations gouvernementales se mobilisent pour soi-disant faire face au défi quasi continental, à savoir : favoriser l’émergence des pays dans les encablures des années 2030-2035. Comment y parvenir avec des gouvernements entièrement constitués de politiciens et flagorneurs plutôt que de personnes rompues au souci de créer, initier et OSER à travers leur jeunesse et leur africanité nationaliste ? Il s’avère prétentieux de vouloir penser en la faisabilité de cela quand on sait que les ministres en question ne sont rien d’autres que des invités à la table du souverain.

Ceci n’est pas un pamphlet mais juste un croquis laconique qui devrait donner à méditer. Évidemment, dans un contexte où la tromperie est érigée en sacerdoce et où la filouterie politique est consacrée en idéal ou en programme électoral, toute idée contraire à cela n’est perçue que comme subversive. Heureusement que c’est dans la diversité des sons et accords que le piano s’est fait original comme instrument. La variété des sons produits par celui-ci crée une harmonie nécessaire à la partition voulue. Du coup, les voix divergentes dans la pensée humaine devrait aider l’espèce à mieux s’interroger sur elle-même afin de construire cette société idéale où l’injustice, chaque jour grandissante, sera portée à son propre essoufflement/évanouissement. Cela signifie donc que les Africains doivent apprendre à flirter avec la Vérité, la Dignité et la quête du Bien-être général à travers une politique humainement nantie d’acteurs intègres. Ceux-ci doivent sortir de la médiocrité foncière qui les caractérise actuellement pour s’illustrer par un réel besoin de s’inscrire dans l’histoire et la mémoire de la marche, tête haute, de l’Afrique vers son destin.

« L’heure est à l’action », discours creux, discours puéril, discours trompeur, discours pour le discours, discours insolite du fait de son timbre irréaliste et, de facto, mort-né ? En tout cas, l’élite africaine doit se reconstituer afin de décrédibiliser toute considération sur la damnation de l’Afrique, son enfance jusqu’ici inachevée et donc la nécessité de s’en occuper. L’Afrique est proche de l’objectif visé par ses visionnaires du premier âge. Elle doit, se doit, et va l’atteindre. Mais cela passe par le printemps africain. Il sera, et devra être, pacifique. Il se veut intégral parce que prenant en compte l’éduction des masses à l’esprit critique à travers l’éclosion de la culture et du  bonheur pour tous. Fin aux régimes dont les suffrages tournent autour de 80% et dont l’inefficacité et l’inopportunité font retarder la trajectoire souhaitée. Oui aux régimes qui ont pour projet de société la révolution du système, des institutions et des mentalités.

Claude Éric OWONO ZAMBO

Enseignant-Chercheur

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