20/12/2011 02:23:54
Le Cameroun a mal son Eto'o
La rue gronde. Les Fans menacent. La Fécafoot de marbre.(Dossier)
Le Messager
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Poussé vers la sortie...

La commission d’homologation et de discipline a eu la main particulièrement lourde. 15 matches de suspension pour le capitaine de la sélection nationale, Eto’o Fils, deux pour son vice-capitaine et un million Fcfa d’amende pour leur coéquipier, Benoît Assou-Ekotto. Par cette décision, la Fécafoot manifeste sans doute son désir de reprendre la main dans une tanière où le désordre a fait son lit. Dans cette perspective, on ne peut que louer un tel réveil, car il est urgent que les fauves de la forêt, grands absents de la joute continentale en janvier prochain  chez leurs voisins gabonais et équato-guinéens, reprennent du… poil de la bête.

Rien moins qu’un bon coup de pied dans la fourmilière qu’est devenu le vestiaire camerounais. Mieux, chercher à faire toute la lumière sur le rendez-vous manqué d’Alger (les joueurs avaient refusé de disputer la rencontre contre l’Algérie, exigeant le payement de leurs primes de présence, ndlr), en établissant clairement la chaîne des responsabilités, apparaît à cet effet comme une action de salubrité publique.

Mais justement, c’est là où blesse le bât. La décision de la commission de discipline offre trop facilement le flanc aux critiques. Son officialisation vendredi dernier a levé un nouveau front anti-Fécafoot (lire article ci-contre). Tout semble indiquer que la  Fécafoot tente, insidieusement, de mettre Eto’o Fils hors-jeu. Si on en restait là, l’actuel capitaine (il a fait annoncer qu’il ne relèvera pas appel, ndlr), ne revêtira la tunique tricolore que vers début 2014, pratiquement à la veille de la coupe du monde brésilienne. Autant dire une improbabilité pour le joueur âgé de 30 ans. Le symbole n’aurait-il pas été fort si on l’avait suspendu d’un match ou comme le recommande Bell Joseph Antoine, si on lui avait retiré le brassard ?

C’est, en tout cas, l’interprétation que beaucoup, à commencer par des observateurs avertis, donne à cette affaire.  Il y a déjà cette partialité manifeste. Puisque selon la Fécafoot, Eto’o et Enoh Eyong seraient les seuls coupables du match avorté contre la sélection algérienne (Assou-Ekotto n’avait pas honoré la convocation, ndlr). Aucun des membres de la fédération, eux aussi assujettis au même règlement intérieur sur lequel s’est basée la commission de discipline pour prononcer ses sanctions, n’est touché. Est-ce à dire qu’ils sont blancs comme neige dans cette affaire ?

Malgré toute la bonne volonté du monde, difficile de l’accepter. David Mayébi, président du Syndicat national des footballeurs camerounais par ailleurs vice-président de la Fécafoot, ne passe pas par quatre chemins pour dénoncer une cabale contre les joueurs sanctionnés : « ... Cette décision traduit une volonté manifeste de la Fécafoot de se disculper dans cette mafieuse affaire, afin de faire porter aux joueurs la responsabilité du forfait qui a jeté une honte sur le Cameroun ».

Outre cette justice à double vitesse, la Fécafoot semble elle-même avoir perdu toute légitimité au sein de l’opinion. Roger Milla, ambassadeur itinérant évoque le cas d’un « règlement de comptes. Les membres de la fédération ont compris que les joueurs de l’équipe nationale ne les supportent plus et ne sont plus avec leur manière de fonctionner », a-t-il déclaré chez notre confrère Le Jour.

Et s’il ne s’agissait que d’une manœuvre pour se venger de l’arrogance du seul joueur capable de mettre en danger les magouilles qui ont cours à la Fécacfoot ? Tout n’est pas dit. On attend la réaction du nouveau ministre des Sports, mais aussi, celle de Puma, sponsor de l’équipe nationale et dont l’une des égéries mondiales n’est autre que… Samuel Eto’o. La firme allemande acceptera-t-elle facilement la mise à l’écart de l’une de ses plus belles vitrines ? On ne perd rien à attendre. Mais déjà, des Camerounais se prononcent pour ou… contre.

F.B.

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A Yaoundé… La rue gronde, les fans menacent, la Fécafoot reste de marbre

Du simple amoureux du ballon rond aux fans du footballeur le plus payé de la planète, les avis restent sensiblement les mêmes. Si tous sont unanimes sur le fait que la sanction est exagérée, on n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi le capitaine des Lions paye tout seul un aussi lourd tribut.

Lundi 19 décembre 2011. Il est 12h 30. Nous sommes au siège de la fédération camerounaise de football (Fécafoot) au quartier Tsinga (Yaoundé). Entre petites intrigues et insolites en langue vernaculaire, les vigiles qui sont postés à l’entrée du portail métallique de l’édifice savourent à leur manière la pause déjeuner. Dans la cour intérieure, quelques véhicules sont garés. Pas besoin d’être un démiurge pour remarquer la luxueuse et imposante Land Cruiser de couleur noire garée à moins de dix mètres du perron. Il s’agit bel et bien de celle de Tombi à Roko Sidiki, le secrétaire général de la Fécafoot. Preuve qu’« il est bel et bien là bas en haut dans son bureau. J’espère que vous avez un rendez vous ! Si c’est le cas, adressez vous d’abord à sa secrétaire et elle vous conduira à lui », lance, dans un français approximatif, un jeune homme vêtu d’un boubou de couleur verte et d’une chéchia. Ce dernier répond ainsi au reporter du Messager qui a voulu savoir s’il est possible de rencontrer le sg.

Le hall de l’immeuble est presque désert. Pas l’ombre d’un employé. Normal. « Ils sont partis à la pause depuis midi », renseigne une jeune dame transportant une importante pile de documents avant d’engager les escaliers. Sur le babillard, pas de quoi se mettre sous la dent si ce n’est des communiqués à n’en plus finir : convocation des membres de la nouvelle ligue de football professionnel à un séminaire de recyclage avant le démarrage de la prochaine saison sportive, communiqué sanctionnant la fin de formation des entraîneurs et encadreurs de football à un stage qui s’est tenu il y a deux semaines au Centre technique de la Fécafoot à Odza…

En sillonnant les quelques bureaux ouverts, force est de constater que les rares employés qui y sont restés ont visiblement le cœur à l’ouvrage. En témoigne leur assiduité dans la façon de travailler. Il faut attendre quarante minutes plus tard pour voir débarquer en petites files une quinzaine d’employés. L’objet des conversations tourne autour de l’actualité sportive ; non pas celle relative à la (lourde) sanction infligée à Samuel Eto’o ; mais plutôt celle en rapport avec le sacre du Fc Barcelone la veille (dimanche 18 décembre) à la coupe du monde des clubs.
On dirait que le sujet sur le capitaine des Lions indomptables fait peur ou alors a été purement et simplement interdit dans cette enseigne. Même certains dirigeants de clubs de première division rencontrés sur place craignent de s’y étendre. De quoi ont-ils peur ? Là est toute la question.

Marche pacifique annoncée

Pour savoir à quel point le sujet exaspère les fans de l’équipe camerounaise, il faut se rendre dans les services du préfet du Mfoundi. Ici, un collectif de fans du capitaine des Lions indomptables  a pris d’assaut l’institution administrative dans le but de « déposer une demande à manifester ». Pour quoi en faire ? « Nous souhaitons organiser une marche pacifique dans les artères de la ville dès mercredi. C’est pour nous une façon de nous inscrire en faux face à cette sanction que vient d’infliger la commission d’homologation et de discipline à notre « pichichi national ». Cela n’a rien d’un acte de révolte, mais plutôt une marque de solidarité à l’endroit de Samuel», explique Bruno T, l’un des chefs de file.

Seul hic à cette initiative, « personne ne veut nous recevoir. On nous fait savoir que le moment est mal choisi pour organiser des manifestations dont nous ne saurons gérer les conséquences », indique l’un des manifestants. Dans la foulée, l’on annonce qu’un autre collectif de femmes, fans du goléador basé dans l’arrondissement de Yaoundé 4, prépare une opération similaire. Pour eux, la commission d’homologation et de discipline de la Fécafoot n'est pas un tribunal, et par conséquent n’a pas qualité de mettre fin à la carrière d’un footballeur aussi légendaire que Samuel Eto’o. Affaire à suivre…

C.T

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Contre-attaque. La sanction d’Eto’o lève un front contre la Fécafoot

Contrairement à leurs habitudes de fustiger l’avant-centre des Lions Indomptables, des personnalités importantes du mouvement sportif camerounais s’insurgent contre la fédé.

Qui l’eut cru ? Samuel Eto’o Fils, le bien aimé, le « pichichi », le footballeur le plus payé au monde suspendu par le Fécafoot. Par ceux-là mêmes qu’une certaine opinion camerounaise accuse souvent de « manger dans sa main ». Le capitaine des Lions Indomptables vient d’écoper de 15 matches de suspension. Cela voudrait dire qu’on ne le reverra plus avant 2013 avec l’équipe nationale. Du moins si l’on s’en tient au calendrier officiel. La fédération camerounaise de football vient ainsi de marquer un grand coup, puisqu’on la soupçonnait d’être à la botte de certaines personnes comme Samuel Eto’o.

Mais, comme à son habitude, l’attaquant camerounais sait se trouver des « alliés » en pareil circonstance. Et cette fois, ils se comptent parmi les plus insoupçonnables. Exemple : Albert Roger Milla, une autre icône du football camerounais et africain. L’ambassadeur itinérant estime clairement qu’il s’agit d’un règlement de compte. Une prise de position qui dénote avec le traitement acerbe dont Eto’o Fils a souvent bénéficié de la part du vieux Lion. Mais, il s’agit de bien comprendre Roger Milla : pour lui, c’est l’occasion où jamais de mettre de côté le comité exécutif de la Fécafoot. Les Camerounais en ont effectivement marre de cette fédération qui fonctionne comme un Etat dans un Etat. Et Roger Milla le dit sans ambages dans les colonnes de notre confrère Le Jour : «  Avec le concours des joueurs, nous avons enfin la possibilité de faire tomber ce comité exécutif (…) pour y mettre de nouvelles têtes ».

Autre grande pointure à monter au créneau : Joseph Antoine Bell. On le sait, cet ancien sociétaire des Lions Indomptables est une grande gueule. Pour lui, la sanction d’Eto’o Fils est dramatique. Pour le joueur, et aussi pour l’équipe. L’ancien gardien des Lions Indomptables estime qu’il faut plutôt poser les bonnes questions. « Dans cette affaire, je note deux choses. La première, c’est que tout le monde se focalise sur l’attitude des joueurs qui est une réaction à une situation, personne ne va à l’origine de cette situation-là. Qu’est-ce qui a poussé les joueurs à ne pas jouer ? Voilà la vraie question. Et pourquoi cela est-il arrivé ? », s’interroge-t-il. 

David Mayébi, président du syndicat national des footballeurs camerounais a adressé une lettre aux joueurs sanctionnés. Il rassure les deux capitaines de l’équipe nationale du soutien inébranlable du Synafoc « dans ce combat de la vérité pour l’honneur et la dignité du football et du footballeur ». Lui aussi estime que cette sanction est une volonté manifeste des dirigeants de la fédé de se disculper dans cette « mafieuse affaire », afin de faire porter aux joueurs la responsabilité du forfait qui a jeté une honte sur le Cameroun. Le jeu des responsables de la Fécafoot serait donc ainsi démasqué.

Même Jean Paul Akono, entraîneur de Samuel Eto’o lors de la campagne de Sydney 2000 avec les espoirs, est retourné contre la fédération. Même s’il y met du bémol quand il dit qu’il « doit y avoir certains éléments de cette affaire qui nous échappent. Les auditions ont eu lieu à huis clos », on sent chez cet autre ancien Lion Indomptable une volonté de demander à la Fécafoot de mettre définitivement fin à la mafia qui s’est installée dans ses locaux.

Les réactions fusent donc. Le colonel Kalkaba Malboum, président du Comité national olympique et sportif du Cameroun (Cnosc) estime qu’on aurait pu sanctionner sur de bases certaines. Donc, selon lui, la Fécafoot a tout simplement voulu cacher le vrai problème qui est sa gestion scabreuse de l’équipe nationale. C’est le même sentiment lorsqu’on écoute Michel Kaham, lui aussi ancien international camerounais. Si pour lui c’est une humiliation faite à Eto’o Fils, Michel Kaham estime que le football camerounais a marqué là un point négatif.
On le voit bien, les réactions sont plutôt acerbes à l’encontre de la fédération camerounaise de football. Et plus que jamais, l’opinion pense qu’il est grand temps que les autorités de ce pays se penchent sérieusement sur la gestion de notre football. L’enquête commandée par la présidence de la République fera-t-elle encore tâche d’huile ? On ne perd rien à attendre...

Alain NOAH AWANA

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Nul n’est prophète chez soi... Le Cameroun a mal à son Eto’o
 
Multimilliardaire à 30 ans, à la tête de quelques trusts naissants, impliqué dans  la spéculation foncière et le mécénat sportif,  frasques, fortune, et fantasmes en tous genres  font de Samuel Eto’o un footeux pas comme les autres, à  l’égo surdimensionné.
 
Il y a des clichés qui marquent : Samuel Eto’o à genoux et en pleurs après avoir raté un penalty dans les rangs des Lions Indomptables.  Samuel Eto’o s‘interposant entre l’entraîneur et son coéquipier Choupo-Motting qui devait être remplacé. Eto’o donnant le coup de poing pour punir un journaliste. Eto’o insultant le public madrilène à l’issue d’une finale victorieuse contre le Réal. Eto’o sur la plus haute marche du podium barcelonais.  Eto’o à la tête d’une fronde des joueurs à Casablanca.  Eto’o…

Jamais footballeur camerounais n’a été aussi adulé. Autant que Biya en politique, des effigies à son nom, des rues et carrefours Eto’o, des chansons à la gloire du footballeur le mieux payé de la planète. Eto’o a fait reculer les frontières de la notoriété des Lions Indomptables et du Cameroun.  A côté de lui, Roger Milla ressemble désormais à un boy-scout.

Belle revanche pour le frêle petit garçon à cheval entre l’insalubrité de New-Bell et  le résidentiel de Bonapriso, à qui la vie a volé son enfance pour en faire une machine à sous pour agents, sponsors, dirigeants de clubs huppés et accessoirement quelques agents véreux de la Fécafoot et du ministère des sports qui s’accrochent souvent à ses basquets comme les pique-bœufs sur le cuir frissonnant des bovidés.

De Kadji sport academy à l’aventure européenne,  Samuel, en rupture d’école, s’est investi pour échapper à la misère d’un championnat national sans spectateurs donc sans rentrée financière susceptible de subvenir à une jeunesse sportive nationale qui tire le diable par la queue. 

Pour combler ses rêves de footballeur, l’étalon fougueux a mis son talent au service de ses ambitions, afin d’attirer la reconnaissance de ses employeurs et des supporters de plus en plus nombreux sur la planète terre et ses environs. Eto’o, c’est du vif argent. Milla s’amusait avec le ballon en tentant timidement de se faire rétribuer, ce qu’on lui rendait bien en monnaie de singe. Eto’o est professionnel jusqu’au bout des ongles, le talent en plus et les frasques en sus. Footballeur indocile, qui sait se faire respecter, il est également le repère des joueurs du monde entier. La preuve ? Son transfert à Anzhi a fait basculer le richissime club russe dans une nouvelle dimension.

La Russie éternelle de la Vodka et de la perestroïka compte aujourd’hui  sur le  pouvoir d’attractivité de l’attaquant camerounais pour convaincre les grands joueurs de rejoindre le pays phare de l’Eurasie. « Je me moque de ce que les gens pensent. Tout le monde veut travailler et être payé à sa juste valeur. Dans mon cas, Anzhi a fait une offre à la hauteur de mon talent et me paye par rapport à ce que mon talent vaut selon eux », expliquera-t-il dans un entretien accordé à la Cnn.

En signant dans le club russe d’Anzhi, le buteur camerounais est devenu le footballeur le mieux rémunéré de l’histoire du sport avec 20 millions d’euros de salaire annuel, soit la somme mirobolante de 1,20 milliards Cfa par mois. Avec ce chiffre, aucune frontière ne peut être fermée au footballeur. Aucune barrière humaine ne peut résister à l’ouragan  Eto’o. Même si ses admirateurs sont aussi nombreux que ses détracteurs…

La preuve est sur la table du football camerounais. L'un des meilleurs attaquants au monde, le seul joueur à remporter deux triplés (Championnat-Ligue des champions-coupe) consécutifs en Espagne,  le ballon d'or africain des années  2003, 2004, 2005 et 2010, meilleur buteur de l'histoire des Lions indomptables et meilleur buteur de l'histoire de la coupe d'Afrique des nations vient d’écoper de 15 matches de suspensions avec les lions indomptables pour…indiscipline.

Aussi exagérée que la sanction puisse être, elle traduit le mal être des dirigeants nationaux face à la personnalité de Eto’o, imperméable aux magouilles, sourd aux sollicitations mafieuses et grande gueule au sein des Lions indomptables où la peur, le refus d’assumer et la cupidité font bon ménage.

Tout comme Bell Joseph Antoine hier qui demandait le payement des primes des joueurs lors d’une coupe du monde, Samuel Eto’o s’est élevé en rempart contre les manipulations obscènes de la fortune publique, au détriment de ceux qui produisent argent et gloire pour notre beau pays, qui a mal à ses enfants comme la Fécafoot a mal à son fils  d’Eto’o… Décidément, nul n’est prophète chez soi.
 
Edouard KINGUE

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Samuel Eto’o suspendu. Un couteau à double tranchant

La fédération camerounaise de football est dans la tourmente. De mémoire de journaliste et de féru de sport, jamais fédération sportive ne s’est trouvée au centre d’un tumulte aussi affligeant.

Il eut certes qu’en 1970, le football camerounais fut plus ou moins secoué par la tentative de détribalisation engagée par un certain Michel Njiensi, ministre de la Jeunesse et des Sports d’alors, mais l’autorité politique qui se rendit compte de l’inopportunité de son action ne trouva d’autre forme de procès que de l’abandonner. Et le fait que son initiative n’ait pas rencontré l’adhésion populaire, le ministre Njiensi sera tout simplement révoqué par le président Ahidjo. Dès lors, le football camerounais apparaîtra comme un long fleuve tranquille, au sein d’une fédération ayant elle-même fière allure et se posant de plus en plus comme une institution de valeur et digne de considération aux yeux du public sportif. On se situe dans les années 70-80.

Enormes fissures

Le départ de la Fécafoot en 1988 pour la Caf de Issa Hayatou (le jeune dernier) a-t-il enclenché la déchéance de la Fécafoot ? On pourrait répondre par l’affirmative, au vu de la réputation et de l’image que traîne aujourd’hui l’instance faîtière du football camerounais. L’édifice est menacé d’effondrement et « l’affaire Eto’o » pourrait bien être la fissure de trop qui conduirait, inéluctablement, à cet effondrement. Au fil des ans, la Fédération camerounaise de football a cessé d’être cet endroit contenant des valeurs réelles qui rendent l’homme meilleur, plus apte à prendre conscience et à jouer son rôle de citoyen responsable dans la société, pour se transformer en une sorte de caverne avec des gens qui essaiment plutôt notre football. La dernière randonnée de l’équipe nationale au Maroc a achevé de dévoiler, s’il en était encore besoin, le fait que des individus dont l’amour pour le football est sujet à caution, en ont fait la vache à traire à tout prix. L’on est davantage préoccupé des frais de mission que des résultats probants.

Fuite en avant

On s’accapare des chambres au détriment souvent des joueurs qui doivent nicher deux si ce n’est trois par chambre. Et comme si ça ne suffisait pas, on distrait les primes de ces derniers qui doivent plutôt réclamer ce qui leur revient de droit. Samuel Eto’o, il y a quelques mois de cela, s’était fendu d’une déclaration qui avait résonné, tel un coup de tonnerre, sous le ciel du football de chez nous. « Je paie moi-même mon billet d’avion quand je viens jouer. Je n’ai jamais eu mes primes ». Emoi partout ; à la Fécafoot et au ministère. L’enquête ordonnée pour savoir dans quelles poches se sont fondues les primes du capitaine est demeurée sans suite. Désabusés, sans doute par la manœuvre récurrente dont ils sont l’objet, les joueurs se sont résolus à crever l’abcès, à mettre le doigt dans la  plaie. D’un commun accord, Samuel Eto’o et ses coéquipiers ont déclaré forfait au match d’Algérie. Ces derniers auraient-ils voulu exprimer leur ras-le-bol qu’ils n’auraient pas réagi autrement. Auraient-ils voulu attirer une fois pour toutes l’attention de la plus haute hiérarchie de la République sur cette question qui commence à trop durer, qu’ils n’auraient pas procédé autrement.


S’étant pratiquement retrouvés dos au mur, les responsables de la Fécafoot, aveuglés par l’appât du gain et comme pris de panique, ont voulu faire diversion. En prenant une décision aussi farfelue ( 15 matches de suspension), ces derniers qui pourtant sont à l’origine de la situation, veulent se disculper en jetant l’anathème sur le capitaine des Lions Indomptables.

Qu’adviendrait-il si à la suite d’une  décision aussi impopulaire qu’incongrue l’ensemble de l’équipe, solidaire de son capitaine, décidait que la sanction devrait concerner aussi chaque élément de l’équipe ? Qu’adviendrait-il si la firme Puma, sponsor des Lions Indomptables et dont Samuel Eto’o est l’égérie, se retirait du fait de la suspension du capitaine des Lions Indomptables. Qu’adviendrait-il si, face à une situation aussi confuse qui traduit, à n’en point douter, une gestion à l’emporte-pièce, l’Etat trouvait la nécessité de dissoudre une Fécafoot dont la réputation aujourd’hui n’est pas sans mettre à mal la crédibilité du football camerounais, afin de rebâtir une fédération nouvelle dépouillée de toutes carences et tares ? En prenant une décision falote, qui cache mal une certaine rancœur pour des raisons imaginables, la chambre de discipline de la Fécafoot semble tenir un couteau à double tranchant.

Cas Isolés

Tout compte fait, une sanction comme celle dont Samuel Eto’o a été l’objet, on n’en connaît pas beaucoup dans l’histoire du football mondial. Qui plus est à l’encontre d’un joueur de haute valeur.

Joseph Antoine Bell pour avoir déclaré que l’équipe du Cameroun ne prendrait pas moins de 4 buts lors du match d’ouverture contre l’Argentine du Mondial 1990 en Italie et « incitation à la rébellion », est suspendu de la compétition et devra son séjour en Italie que grâce à ses coéquipiers qui durent supplier le ministre Joseph Fofé de ne pas le renvoyer au pays.

Paul Bahoken est radié des Lions Indomptables après un match livré et gagné à Abidjan (Côte d’Ivoire) pour avoir eu l’outre-cuidance de dire au médecin de l’équipe qu’il aurait d’abord dû s’occuper des cas de joueurs blessés avant d’aller faire ses emplettes. On est en 1984.

Simon Tchobang (feu) est radié des Lions Indomptables en 1986 pour des raisons de primes

Cantona (France) est suspendu de l’Equipe tricolore pour inconduite vis-à-vis de l’arbitre.

Samuel Eto’o vient compléter le tableau de ces sanctions on ne peut plus spectaculaires.

Germain Koumyo Ekwè

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