20/12/2011 04:41:26
Selon le gouverneur de la Béac. Le Fcfa ne sera pas dévalué
Lucas Abaga Nchama l’a confirmé au sortir de la réunion du Comité de politique monétaire
Le Messager
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Ajustement monétaire. La rumeur sur la dévaluation du Fcfa est infondée

Cette assurance a été donnée par le gouverneur de la Beac, Lucas Abaga Nchama, au sortir de la dernière réunion annuelle du comité de politique monétaire, le 16 décembre 2011 à Yaoundé.

Depuis quelque temps, suite à un article paru dans la presse ivoirienne, article ayant causé l’emprisonnement de son auteur pour diffusion d’information mensongère, des rumeurs persistantes font état d’une dévaluation prochaine du Fcfa. Se voulant plus précis, l’article incriminé avançait même la date de janvier 2012. Le sujet n’était pas inscrit à l’ordre du jour de la 4ème  réunion du comité de politique monétaire tenue dans la capitale camerounaise vendredi 16 décembre 2011 pour le compte de l’année qui s’achève.

Lucas Abaga Nchama

Mais le gouverneur de la Banque centrale a tenu à en faire une communication spéciale pour éclairer l’opinion, « compte tenu de l’importance de cette question et des risques que de telles rumeurs font peser sur la stabilité monétaire et sur la confiance des opérateurs économiques dans le système monétaire de la Cemac », dira-t-il d’entrée de jeu aux journalistes. Le patron de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac), soutient qu’au regard du niveau actuel des indicateurs macroéconomiques des pays de la Communauté des Etats de l’Afrique centrale, (Cemac), « rien ne peut justifier aujourd’hui une quelconque dévaluation du Fcfa».

Il souligne que contrairement à la période qui a précédé la dévaluation du franc cfa en 1994 (l’unique dévaluation intervenue depuis que cette monnaie a été créée en 1959), les économies de la Cemac sont caractérisées depuis quelques années par une bonne tenue des cours des principaux produits d’exportation (pétrole, cacao, café, manganèse, coton) ; une croissance soutenue ; des excédents budgétaires importants ; un système bancaire solide ; une balance commerciale fortement excédentaire ; un niveau très confortable de réserves de change, couvrant plus de 5 mois d’exportations et un taux de couverture extérieure de la monnaie se situant autour de 100%.

Fondamentaux économiques au vert

En définitive, on retient que les fondamentaux économiques de la sous-région sont actuellement au vert. Et que la dévaluation n’est pas d’actualité ici. Or en 1994, rappelle Lucas Abaga Nchama, des déséquilibres économiques et financiers profonds apparus dans les pays africains de la Zone franc au cours de la seconde moitié des années 80, imposaient une dévaluation, après l’échec des tentatives d’ajustement réel. A partir de 1992, le solde du Compte d’opérations de la Beac auprès du Trésor  public français était devenu débiteur et le taux de couverture extérieur de la monnaie a chuté en-dessous du seuil statutaire de 20%.

En d’autres termes, ajoute le gouverneur de la Beac, « entre 1992 et la dévaluation de 1994, la couverture en devises d’une partie des transactions extérieures de la Cemac (importations, services de la dette, etc.) était assurée par le Trésor public français ». Et pour cause, à partir de 1985, le retournement des cours des principales matières premières exportées par les pays africains de la Zone franc, conjugué à la dépréciation du dollar (monnaie dans laquelle sont cotées et facturées l’essentiel des matières premières) a mis fin à une longue période de croissance soutenue. Et entre 1985 et 1992, les termes de l’échange se sont dégradés pour l’ensemble de ces pays de la Zone franc de 45% environ.

Les recettes à l’exportation se sont ainsi fortement contractées, provoquant une chute des recettes budgétaires, très dépendantes des taxes sur le commerce extérieur. L’incapacité des gouvernements à réduire les dépenses budgétaires qui avaient sensiblement progressé en période de conjoncture favorable s’est traduite par un creusement des déficits publics. De surcroît, plusieurs pays ont continué de recourir à l’endettement extérieur, afin de financer l’achèvement de projets lancés au cours des années précédentes.

Dévaluation avantageuse de l’Euro

Ce, alors qu’à la fin de 1993, se souvient Lucas Abaga Nchama, les économies de la Cemac étaient déjà caractérisées par une forte récession économique ; un déficit abyssal et structurel des budgets des Etats ; un déficit de la balance des paiements, consécutif, en particulier, à la baisse drastique des prix des matières premières exportées par les pays de la Cemac ; un délabrement du système bancaire, la quasi-totalité des banques étant virtuellement en faillite etc. Face à l’échec des mesures d’ajustement réel donc, les institutions de Bretton Woods ont suspendu leur aide aux pays africains de la Zone franc, et ont préconisé un ajustement monétaire.

En janvier 1994, la dévaluation du Fcfa avait ainsi pour principaux objectifs le rétablissement de la compétitivité externe des économies de la zone franc et le redressement des balances commerciales, la reprise de la croissance, et le renforcement de la stabilité monétaire. Aujourd’hui, « tous les fondamentaux économiques des pays de la Cemac montrent que ni les Etats membres de la Cemac, ni la Beac, ni leurs partenaires extérieurs n’ont un quelconque intérêt à dévaluer le franc cfa. Par conséquent, il ne doit être accordé le moindre crédit à ces rumeurs qui proviennent de personnes n’ayant aucune maîtrise des questions économiques et financières », conclut le gouverneur de la Beac qui pense que même le problème de soutenabilité des dettes publiques de certains pays de la zone euro (problème ayant  provoqué la crise financière actuelle) ne s’aurait avoir un impact sur le franc cfa.

Bien au contraire, il explique que si jamais cette crise débouchait sur une dépréciation de l’euro, ce serait à l’avantage du franc cfa dont beaucoup d’analystes s’accordent à dire qu’il est arrimé à une monnaie très forte, qu’est l’euro. Toutes choses qui ne favorisent pas les échanges commerciaux de l’Africain et partant,  l’essor des économies de la zone franc. Une dévaluation de l’euro, induirait des ressources supplémentaires pour les pays africains de la zone franc, indique le gouverneur, tout en souhaitant néanmoins que la situation économique et monétaire qui prévaut en Europe se stabilise.

Marie-Noëlle Guichi

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