23/12/2011 04:33:30
Cameroun : Réveillons-nous
Ll est temps de sortir de notre long sommeil pour écrire au quotidien notre histoire, l’histoire de notre famille, de notre village, de notre arrondissement, de notre département, de notre région et de notre pays. Il n’y a pas d’inquiétude à avoir par rapport à l’avenir si chacun se réveille et avance droit devant avec la conviction d’un soldat au front.
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La présidentielle est derrière nous, les défis du devenir de chacun d’entre nous, jeunes moins jeunes, adultes, séniors, travailleurs comme chômeurs de longue durée. Voilà pourquoi il est temps de sortir de notre long sommeil pour écrire au quotidien notre histoire, l’histoire de notre famille, de notre village, de notre arrondissement, de notre département, de notre région et de notre pays. Il n’y a pas d’inquiétude à avoir par rapport à l’avenir si chacun se réveille et avance droit devant avec la conviction d’un soldat au front.

Nous avons l’habitude de dire que le mal de notre pays, nous le connaissons, le diagnostic a été fait, cette déclaration me rappelle celle d’un de mes fils qui tous les soirs me dit « papa, j’ai un devoir mais je l’ai déjà fait et je connais ma leçon » mais au final il n’a jamais la meilleure note et très souvent doit se battre pour ne pas être le dernier de sa classe. Il n’aime pas la compétition ! Tous les jours je lui demande de ne pas être prisonnier de la fatalité, il doit d’ailleurs à son âge la refuser. Ce conseil est aussi valable pour nous tous, la souffrance des camerounais qui manquent de tout ne doit pas être une fatalité.

Tenez, tout cela va en augmentant, les coupures d’électricité dans la cité capitale par exemple depuis quelques semaines vont au-delà de 7h par jour et ceci même dans les quartiers résidentielles. L’eau potable sortie d’un robinet est de plus en plus rare, les puits dans les villages sont à sec, et les petits points d’eau potable qui autrefois permettaient aux enfants d’être utiles aux parents à la sortie des classes sont devenus de vastes marécages. Que dire de nos hôpitaux, dans les différentes régions, en commençant par la première d’entre toutes ! Ils sèment mort à tout vent ! Les médecins ne savent plus à quel saint envoyer leurs doléances. Tous les services publics se privatisent sans pourtant que les services aux publics s’améliorent. Cette vision apocalyptique n’est pas seulement de la faute de ceux et celles qui nous gouvernent. Loin de là. Chacun de nous a sa part de responsabilité. Il faut accepter de l’assumer pour que le réveil soit total. 

 C’est ensemble que nous devons dire non à l’immobilisme, si nous voulons nous redresser et surtout si nous voulons redresser la situation de ceux et celles que nous disons aimer à longueur de journée. Ceux et celles-là, ce sont nos parents et nos amis mais aussi ceux et celles qui ne sont point liés à nous par ce que les sociologues appellent la solidarité mécanique. Au nom de la commune humanité nous devons nous sentir un tout petit peu responsable les uns des autres.

J’ai entendu le Chef de l’Etat dire que le chômage n’est pas une fatalité camerounaise, en cela il a raison mais il se trompe juste après parce qu’il n’est pas sans ignorer qu’au Cameroun près de six (06) actifs sur dix (10) sont au chômage, que dans certaines villes de notre pays 70% des habitants de tous les âges sont au chômage. Le Cardinal Christian Tumi en parle dans son dernier ouvrage Ma foi : un Cameroun à remettre à neuf et voit dans la promiscuité qui découle de cette pauvreté ambiante la source de plusieurs abus dont notamment les abus sexuels sur les enfants au sein même de leurs familles. Oui huit (8 Camerounais sur (10) se lèvent le matin sans véritablement savoir à quoi ils vont occuper leur journée et surtout ils ne savent pas s’ils pourront avoir un repas de la journée. Très peu de voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer cet état de chose, celles qui osent sont disparates ou alors noyées dans la course au ndolé national. Oui seul compte le bien être individuel et égocentrique.

Le malheur de mon voisin fait mon bonheur

Dans cette logique, notre pays se vide de toutes les forces qui auraient pu le construire, le mettre sur les rails. Notre économie n’existe pas, nos ménages sont à bout de souffle et pourtant ! Oui pourtant nous laissons faire ! Nous nous fermons les yeux et pointons sans cesse le doigt accusateur sur le voisin ou sur nos dirigeants et jamais nous ne prenons notre part de responsabilité. D’ailleurs nous adorons, nous sommes à genoux devant tout ce qui nous rend ridicule.

Ainsi en est-il de toute cette génération des laissés pour compte qui croit dur comme fer que c’est un petit génie camerounais qui est l’inventeur de la carte SIM, oui ! Un certain SIMO ! Il en est de même de cette autre franche de l’opinion qui qui croient dur comme fer que le viol des camerounaises par ceux qui ont une parcelle d’autorité sur elles, est tout simplement le fait de la légèreté des mœurs comme des tenues de ces dernières ! Que dirions-nous alors de ces tenues que nous croisons dans les rues des autres pays et où il y a moins de viol que chez nous ? Pourquoi pendant qu’on y est, n’habillons pas nos filles dans ces tenues des islamistes ? Elles se feraient moins violer ou alors cacheraient encore mieux ceux-ci !

Le Cameroun est secoué par une vague d’incompétence depuis des décennies, les universitaires camerounais refusent des débats entre eux et préfèrent à cette joute intellectuelle, se tirer dessus dans un véritable concert d’alléluia de délation ! Ainsi en est-il de cette affaire de plagiat qui oppose les professeurs Maurice Kamto et James Mouangue Kobila et dans une moindre mesure Jean-Claude Tcheuwa. La presse est là pour compter les coups et pendant ce temps le pays sombre !

Non je ne suis pas partisan de la non information, admirateur et étudiant de Bourdieu je me méfie autant du pouvoir des médias que de leur non-pouvoir qui est encore pire que la manipulation de l’information pour plonger voire maintenir le peuple dans l’ignorance la plus totale. C’est un peu ce que nous vivons au Cameroun et ceci à grande échelle. Très peu de journalistes acceptent de poser les bonnes questions ! Très peu de bonnes informations sont portées à la connaissance de ceux et celles qui ont la chance de savoir lire et écrire et par conséquent capables aussi d’une critique rationnelle et enrichissante pour la société toute entière.

Quand Lucas Abaga Nchama le gouverneur de la BEAC dit que la dévaluation du CFA « n’est pas à l’ordre du jour » il est dans sa posture de responsable de l’institution économique et financière de l’Afrique Centrale devant rassurer les politiques mais il n’y a personne pour lui apporter la contradiction.

Où sont donc passé les Thiérry Amougou le macro-économiste dont nous avons fêté la thèse à travers les différents réseaux sociaux ? Où sont passés Eugène Nyambal libéré depuis 3 ans de ses obligations à la Banque Mondiale, Babissakana et les autres ? Enfin où sont les politiques pour rassurer le marché intérieur, le panier de la ménagère ? Où sont les hommes politiques camerounais quand un des leurs Enoh Meyomesse disparait un jour de la planète Cameroun sans laisser de trace ? Où sont les Camerounais quand un groupe de 50 estropiés manifestent devant le Premier Ministère pour revendiquer leur place sur la fameuse liste des 25 000 jeunes du recrutement spécial ordonné par le Chef de l’Etat ?

Où sont les Camerounais quand depuis 25 ans devant le Ministère des Finances qui a lui-même changé de nom au moins 7 fois en 25 ans, manifestent des déflatés de la Fonction Publique, des Sociétés d’Etat, de l’ONCPB, MIDEVIV, FONADER, FOGAP et autres ? Mais enfin où sont donc passés toutes ces corporations qui manifestent sur le même site sans jamais se croiser ?

Les gouvernements se succèdent au Cameroun avec des feuilles de route très souvent identiques, des missions semblables, mais où s’arrêtera la chute ?  Je n’accepte pas que le Cameroun face à ses partenaires, n’ait pas une véritable défense de ses intérêts, n’ait pas sa propre vision, ne soit pas capable d’un leadership dans la sous-région. Je n’accepte pas que l’on travestisse les concepts les plus nobles par exemple de la science politique, que la désignation du fils du premier président de la République comme ambassadeur itinérant soit considérée comme un « fait politique majeur » et qu’il soit de facto considéré comme membre du gouvernement par différents analystes. Pas un seul analyste politique ne crie à l’imposture intellectuelle !

Dr Manassé Aboya Endong dont on connait par ailleurs la rigueur intellectuelle y va de sa petite phrase ! Un coup politique nous dit-il dans la parution de Mutation du 12 décembre 2011. Mais au final il ne nous dit pas en quoi un ambassadeur itinérant est un coup politique ! Le Cameroun semble devenu politiquement ingouvernable et socialement invivable et ceci à cause de nous tous et si je dis personne ne s’en préoccupe, je souhaite que l’on me démontre le contraire. L’Etat tel que défini par ses concepteurs et constructeurs, au Cameroun a perdu les moyens d’agir, de se régénérer. Les services publics sont de plus en plus faibles voire en agonie. Les ménages sont aussi vides qu’un soufflet ! 

Personne aujourd’hui ne semble vouloir ni du côté des peuples, ni du côté de l’Etat, ni même du côté des gouvernants, personne ne semble vraiment vouloir donner au pays les moyens de résister. Pour faire coexister dans un même territoire 256 tribus, transformer celles-ci en citoyens d’un pays, ce n’est pas évident. Tout semble confisqué au Cameroun y compris la respiration ! Tout le monde agite des épouvantails pour faire peur au voisin afin que celui-ci se terre pour lui laisser à lui seul le peu de lumière encore disponible. Voilà pourquoi la compromission l’emporte aujourd’hui sur les convictions. Ce n’est pas l’idée que je me fais du Cameroun ni de ses peuples ! Notre révolution doit pourtant avoir lieu, sans flatterie ni calcul, ni mensonge.

C’est au bout de cet unique regard sur nous-mêmes que se présentera à nous le choix d’une société, la société dans laquelle nous voulons vivre. C’est cela l’esprit de liberté que nous aurons voulu recevoir en héritage de nos ainés mais à défaut de cet héritage nous pouvons nous le construire nous-mêmes. Voilà pourquoi j’ai dit dans les premières lignes de ma prise de parole que nous devons nous réveiller, oui effectivement réveillons-nous les uns pour les autres.

Dr Vincent-Sosthène FOUDA

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